Je me suis intéressé hier sur Les Médiaboliques au cas Christine Ockrent et à la question de ses émoluments dispendieux (310.000 euros/an de salaire fixe, ndlr) à la tête du pôle RFI/France 24/TV5 Monde.

Impossible d'évoquer cette affaire sans revenir plus en détails sur la question des salaires hauts de gamme dans la presse, tout court. Et surtout sur leur corollaire. Evoquer cela, et on vous taxera de populiste ou de révolutionnaire... Parler de réformer la question, et on vous traitera d'idéaliste... Prononcer les mots "partage", "redistribution", et on vous qualifiera de communiste... Or ces situations sont bien celles d'un Ancien Régime de la presse, d'une aristocratie des médias qui voudrait coûte que coûte maintenir son pouvoir et ses prérogatives, alors qu'un Nouveau Monde des médias est en train de se former... Il se nomme web 2.0, social média, logiciel libre, etc. Il est fait (en théorie) de partage de connaissances, de mise à égalité, de transparence et de sobriété. Il porte l'espoir d'une meilleure démocratie de l'information, et donc d'une meilleure démocratie tout court.Mais tous ces chiffres nient cela et sont aussi complètement à l'opposée de la pingrerie manifeste affichée, à l'autre bout de la chaîne salariale, dans... le paiement des piges par exemple! Variable de correction managériale qui fait naître la catégorie de pigiste pigeon, et dont j'avais donné un exemple en presse économique magazine, etc. Un cran au-dessus, pour les postes salariés, c'est un peu la même chose. Une sorte de salaire maximal symbolique est en train de se dessiner, coincé entre 2000 et 3000 euros brut par mois, quoiqu'on fasse, quelques responsabilités qu'on assume, quelque ancienneté qu'on ait. Et toujours le même commentaire : "Vous comprenez, on a des budgets serrés pour ce slot...".Or cette façon d'envisager le monde journalistique appelle quelques questions :- un salaire commençant à peser plus de 20 fois un SMIC brut et 7 fois un salaire moyen de la grille correspondante (source SNJ), peut-il encore comprendre la société dans laquelle il évolue? quel paradigme personnel utilise t-il pour saisir ses contemporains?- une telle inégalité salariale est-elle compatible avec la transparence induite par une société régie par les nouvelles technologies de l'information?- peut-on être une presse qui en appelle justement à ce concept du "social média" et se comporter de façon complètement... anti sociale?- une caste de "supra salarié", de "méta barons" de la presse devrait-elle être reconnue de facto? avec une carte de presse spéciale "gold member" ou "platinium club"?- de tels niveaux de salaire sont-ils compatibles avec des politiques de compression budgétaire, licenciement de personnels, etc menées dans les mêmes médias?

Les règles de l'ancien monde journalistique buttent sur le fait que ce métier sera de moins en moins :- des armées mexicaines blindées de chefs et top managers sur-payés; nos économies nationales n'en ont plus les moyens : cf. la traque aux coûts superflus qu'on découvre dans des empires comme TF1... pourtant généreuse pour ses cadres de direction elle aussi!- des projets financés à fonds perdus par des capitaines d'industrie, pour flatter leur égo et financer le train de vie de quelques divas et vedettes;- des univers professionnels fermés où l'on ne discute de rien, ne sait rien, ne révèle rien sur ses propres pratiques;- des gestions opaques où se pratique la loi du plus fort et du plus âpre; ainsi que l'omerta...Pour ne pas rester qu'au niveau critique, mes propositions pour en sortir tiendraient en 3 points :-1/ créer des commissions de déontologie salariale, nationale et/ou dans chaque région, qui étudieraient les dossiers extrêmes et moraliseraient à terme les pratiques : en seraient membres syndicats, commission de la carte, sages et experts;-2/ créer des blogs d'échange et de réflexions sur les questions de rémunération et de gestion financières des entreprises de presse et médias;-3/ pousser la formation des journalistes sur les thèmes de la gestion d'entreprise, des sujets financiers, des questions et de l'éthique de management;
Envoyez-moi un e-mail lorsque des commentaires sont laissés –

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Commentaires

  • Je partage à 100 % cette analyse. Et les larmes de crocodiles de certains responsables qui nous envoie leurs discours sur "oui, si mon journal meurt, la démocratie est en danger" a du mal à m'émouvoir...

    La question crucial est à mon sens celle-ci : où un média met-il l'argent qu'il gagne. Dans de l'opérationnel : un meilleur éditorial, un meilleur marketing, un meilleur produit, une meilleure distribution, un meilleur fidélisation des abonnés

    Ou dans la représentation : plus de "signatures", plus de "stars"

    Un exemple tout bête..

    Si vous prenez le salaire annoncé de Laurence Ferrari, 70 000 euros par mois, cela permettrait de financer le travail de 17 journalistes payés très correctement. Ca fait quand même un peu réfléchir...

    Sur la dernière partie de votre analyse...

    Il y a des pratiques intéressantes. Je pense à celle du magazine Alternatives Economiques qui publie chaque année sur plusieurs pages un état de ses comptes, avec ses orientations stratégiques passées et à venir... Evidemment, ça ne concerne que les médias qui souhaitent se lancer dans cette exercice de transparence.
This reply was deleted.

Articles mis en avant

Récemment sur l'atelier

mapote gaye posted blog posts
4 févr.
Mélissa Barra posted a blog post
La Côte d’Ivoire veut s’attaquer aux dysfonctionnements que connaît l’enseignement supérieur public…
18 janv.
Plus...