Le Hacking : une Renaissance façon 21ème siècle?

Quelle injustice! Quand on parle des hackers, ces bidouilleurs informatique, on pense au détournement, au piratage, aux virus et à toutes sortes de comportements illégaux. Pourtant le hacking est bien plus que cela. On lui doit les plus belles entreprises, les technologies les plus utiles. Apple, la plus importante capitalisation boursière au monde, les jeux vidéo, première industrie culturelle de la planète et l’internet, un réseau qui représente 20% de la croissance économique mondiale sont des enfants du hacking. Sans parler tout simplement du micro ordinateur. Vous en doutez? Un livre, un ebook, retrace cette histoire incroyable du 21ème siècle. Hackers : bâtisseurs depuis 1959, publié par Owni et signé Ophélia Noor et Sabine Blanc. Elles sont nos invitées cette semaine.


 

Depuis trois ans, Ophélia Noor et Sabine Blanc suivent le dossier du hacking pour Owni. On leur doit une couverture fort utile, car rare, de ce mouvement en Europe et dans le monde. C'est également grâce à elles que des évènements comme le HackThePress et l'OpenBidouilleCampont pu voir le jour.

 

Dans cet ouvrage, elles s'efforcent de retracer l'histoire du hacking dont elles placent, "arbitrairement" le commencement à la fin des années 50 au MIT. Elles rappellent, par ailleurs, les liens entre ce courant de pensée et l'émergence des technologies qui ont changé le visage du monde: l'ordinateur personnel, l'Internet, l'opensource, les FabLab...

Vous pouvez, en cliquant sur ce lien, lire les 18 premières pages du livre. Vous pouvez devez aussi vous rendre sur le site d'Owni pour l'acheter. Son caractère numérique en fait une mine de liens intéressants ou essentiels pour mieux connaître le hacking ainsi que les organisations et courants culturels qui en découlent.

 

 

Lors d'une récente conférence TED, l'excellent Andrew Blum terminait en citant cette phrase "les gens câblés ont devoir de s'y connaître en câbles". A la fin de la lecture du ebook d'Ophélia et Sabine, on finit par se demander si, dans un monde "hacké", on n'a pas intérêt à mieux connaître l'histoire du hacking, cette Renaissance discrète mais efficace façon 21ème siècle.

 

Ci-dessous, vous trouverez le texte de présentation du ebook posté sur Owni

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Aujourd’hui, la porte d’entrée grand public dans l’univers des hackers, ce sont les reportages racoleurs au JT de 20 heures sur les “vilains-pirates-chinois-qui-en-veulent-à-votre-CB”. Hackers = vilain, et puis c’est tout. Ces mêmes JT seront aussi diffusés en replay sur Internet. En toute contradiction.

Car sans les hackers, il n’y aurait pas d’Internet. Il n’y aurait pas d’ordinateur non plus. Avant d’en arriver à nos PC connectés à 5 megabits/seconde, il y a un demi-siècle d’histoire du hacking.Stricto sensu, le hacking n’est rien d’autre que l’usage créatif des techniques, l’art de démonter les systèmes – hacker signifie mettre en pièces en anglais – pour mieux en reconstruire d’autres, en fonction de ses envies, ses besoins, son simple plaisir. Autrement dit, sous le clavier de Jude Milhon, “St. Jude”, patronne des hackers, morte en 2003 :

 

Le contournement intelligent des limites imposées, qu’elles le soient par votre gouvernement, vos propres capacités ou les lois de la physique.

 

Si la littérature sur le domaine n’est pas inexistante, elle est malheureusement trop souvent en anglais. Il faut lire Hackers: Heroes of the Computer Revolution, l’ouvrage référence de Steven Levy, pour se plonger avec délice dans les prémisses du hacking moderne, au Massachusetts Institute of Technology, le prestigieux MIT. Une histoire qui commence dans un club de modèle réduit de train, à une époque où les ordinateurs font passer le bahut normand de grand-maman pour une table de chevet.

Nous ne parlons pas que de technique dans notre eBook. La richesse extraordinaire de ces gens ingénieux est indissociable d’une éthique : libre accès aux machines et au code, liberté de l’information, et donc partage des connaissances, éloge du code comme véritable art, primauté de l’horizontalité contre la pyramide hiérarchique, des actes et non des grands discours incantatoires, ce qu’on appelle la do-ocracy.

Historiquement centrés sur le logiciel, le software, les hackers exercent maintenant aussi leur curiosité et leur inventivité sur les objets, le hardware. Les années 2000 sont celles d’un retour au physique, avec l’explosion des lieux de travail collaboratifs qui gravitent autour de cette sphère : hackerspaces, makerspaces, fab labs, etc. Récemment, on observe même un effet de mode autour du DIY, le do-it-yourself, “faites-le vous-même” : il suffit de bidouiller trois LED et une imprimante 3D pour se revendiquer hacker.

De la cave au Parlement européen

En soi, le hacking est donc éminemment politique, au sens noble du terme, qui renvoie étymologiquement à l’organisation de la cité : il est un pied de nez permanent aux systèmes fermés et oligarchiques, toutes tentatives de confiscation du savoir. Ces “sorcières” modernes, pour reprendre l’expression de l’e-zine underground Phrack, sont prises en chasse dès les années 70, et la chasse s’intensifie au fur et à mesure qu’un écosystème se développe autour de l’informatique et de l’Internet. En face, la communauté se mobilise, “l’hacktivisme” se structure, avec par exemple la création de l’Electronic Frontier Foundation (EFF) en 1990.

Politisés, certains hackers sont carrément entrés dans la danse politique “classique”, avec le Parti Pirate, né de la lutte du site de téléchargement The Pirate Bay. Somme, c’est un système qu’on peut bidouiller comme un autre, nous l’avait expliqué l’élu berlinois Pavel Mayer, proche du Chaos Computer Club, l’influent collectif allemand :

La machine politique du Parlement a des boutons, des leviers, que vous pouvez contrôler, vous devez comprendre ce qui se passe si vous les actionnez. On modifie la machine quand on sait exactement comment elle fonctionne.

En théorie, l’esprit du hacking s’applique à tout domaine. Mais le système politique, coriace, se laissera-t-il détourner ? À moins que ce ne soit lui qui hacke les hackers…


Voir le diaporama de l’ebook, ici. Photographies par Ophelia Noor.
“Hackers, bâtisseurs depuis 1959.” (105 pages, 4,49 euros) est disponible au format “epub” sur Immatériel, la FNAC (Kobo) et Amazon (Kindle), ainsi que sur OWNI Shop au format .PDF etepub, sans marqueur ni DRM.

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Ziad Maalouf est journaliste, producteur de l'Atelier des médias RFI

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