Déclaré mort dans sa cellule à la prison centrale de New-Bell, on ignore toujours où se trouve le corps sans vie du français. Enquête sur une affaire qui s’apparente à celle Luc Macaire Ebe, ex casier de l’Université de Douala.

 

La nouvelle, comme une traînée de poudre, s’est répandue dans la ville de Douala. Jacques Dubuisson est mort à la prison centrale de New-Bell. Il s'agit probablement d'un suicide, après plusieurs tentatives manquées. Près du corps inerte, à croire les informations relayées jusque là, se trouvait ses vêtements, des objets personnels, des comprimés (lesquels ?) et une lettre dont le contenu reste inconnu.

Il se dit que la découverte macabre a eu lieu aux environs de 9 heures 30 ce mardi 8 janvier 2013. L’homme écopait, depuis le 18 septembre 2012, de 20 ans d’emprisonnement ferme infligés par le Tribunal de grande instance du Wouri pour avoir assassiné Marie Thérèse Ngo Badjeck, son épouse.

Comme Thomas, le disciple de Jésus, il faut voir la dépouille pour croire. Mais où ? Direction la maison d’arrêt de New-Bell. Les doutes sont persistants. « Je ne peux pas vous donner une réponse claire du lieu où se trouve le corps de Dubuisson. Je suis de service depuis le matin mais je n’ai pas vu le corps encore moins des photos. Je ne sais pas si elles ont été prises lorsqu’on l’a découvert. Seul le régisseur peut vous répondre », indique sous anonymat un gardien de prison. Quelques heures seulement après la nouvelle, une de ses collègues dit avoir entendu que le corps a été transféré à la morgue de l’Hôpital Laquintinie de Douala. Aucune confirmation ou infirmation n’a été apportée par le régisseur de la prison, Dieudonné Engonga Mintsang, visiblement très occupé. Nous l'avons joint au téléphone : « Je suis en réunion à la Pj, rappelez-moi plus-tard ». Les autres tentatives seront vaines. A Laquintinie, le flou persiste. « Personne de ce nom ne figure dans mon cahier. Il n’y a pas eu de corps venant de New-Bell…», répond étonné, entre deux bouchées de koki, le croque-mort présent.

Pourtant, Me Abel Longa, l’un des avocats du défunt, a déclaré sur les antennes de Canal 2 que le corps a été transféré à la morgue dudit centre hospitalier. Et que l’hôpital aurait refusé de l’admettre invoquant une panne d’électricité. « C’est encore une autre entorse aux droits humains notamment à la dignité ; mêmes au corps. Il y a une division qui voulait que le corps vienne ici pour être mis à la disposition de la justice pour une autopsie d’un médecin légiste. Jusqu’au moment où je vous parle, ce corps est sous main de justice. On arrive ici, les morguiers n’acceptent pas le corps pour la chambre froide. C’est vrai qu’il y a eu une panne d’électricité. Mais, c’est une procédure administrative. Les papiers peuvent attendre. Le corps est en plein soleil. On ne l’accepte pas. C’est choses que nous ne comprenons pas », déplorait-il. Mais aucune image du corps gisant au soleil n’a été présentée aux téléspectateurs. Une allégation qui désole davantage le croque-mort rencontré à nouveau pour éclaircissement le lendemain : « Maintenant on nous accuse hein ? Je vous dis qu’on n’a pas eu de panne d’électricité ici. Nous fonctionnons normalement depuis et les corps qui sont gardés ici dedans n’ont pas de problème. On n’a pas reçu le corps de ce monsieur ». Que ce soit à la morgue de l’Hôpital militaire ou de l’Hôpital général de Douala où nous nous sommes rendus, aucun corps au nom du défunt n’a été gardé durant au cours des 24 dernières heures la justice camerounaise ou quiconque. Hum… ! Du vrai mystère à l’africaine.

Comme… Luc Macaire Ebe ?

Dans les rues et cagotes de Douala, ça spécule à chaque seconde. « Toutes les télévisions nous ont parlé de la mort de ce type et personne ne nous montre le cadavre. Même les spécialistes dans les faits divers ? Ça ressemble à de la fiction », pense Madame Zambo Emilienne, tenante d’une cagote à Akwa. Patrice Dika, rencontré vendredi 11 janvier 2013 devant un kiosque à Deïdo, rapproche cette mort à « celle de l’ancien caissier de l’Université de Douala qui était mort et personne n’a vu son corps ». Détenu préventif dans le même geôle pour détournement de deniers publics, l’ex caissier de l’Ud, Luc Macaire Ebe, avait été aussi déclaré mort par pendaison dans sa cellule. Le corps n’avait jamais été vu par qui que ce soit. Si ce n’est aussi des mystérieux.

« Les collègues qui s’étaient rendus à l’hôpital Général pour la mise en bière, officiellement prévue à 10 heures, s’étaient entendus dire que c’était plutôt à l’hôpital Laquintinie, mais rendu à cet endroit, on leur a dit que les choses se sont déjà passées à 5heures du matin. Ceux qui ont accouru au village, n’auraient pas eu accès au corps non plus, se faisant dire que le genre de la mort, ne permettait pas de conserver le corps. La veuve de l’ex caissier, qui travaille dans les services de l’université, ne présenterait pas une attitude de femme éplorée (...) En tout état de cause, la commission qui exprime ses plus fortes réserves face à de telles rumeurs, exige néanmoins qu’une enquête très sérieuse soit menée par vos services, avec exhumation et test ADN », exigeait du Délégué général à la sureté national, le Dr Shanda Tonme, le président de la Commission indépendante contre la corruption et la discrimination (Comicodi). Mais hélas ! Toujours pas de suite. On ose croire que l’enquête ouverte par la police judiciaire et le parquet va se refermer et dissiper (enfin) tout mystère qui plane autour de la dépouille et de la cause exacte du décès de Jacques Dubuisson. A suivre !

Frank William BATCHOU

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