Gerard Ryle & MagicPill (à l'Arsenal de Metz) - Crédit photo: Hadia Laghsini

 

Aujourd'hui, 5 novembre 2013, Gerard Ryle, le "Julian Assange des paradis fiscaux" est le grand invité des Assises Internationales du Journalisme 2013. Selon lui, à une époque où le modèle économique du journalisme est annoncé "en échec", son travail, de pair avec les autres journalistes membres de l'ICIJ, International Consortium of Investigative Journalists, a réussi à incriminer de responsables politiques coupables de détournement de millions. Là, précisément, où des institutions ou des médias considérés comme plus légitimes échouent.

 

Un "conte de fées" journalistique

 

"Mon histoire, commence-t-il, est presque un conte de fées. Un jour, une entreprise australienne FirePower Inc., a mis un produit sur le marché, une pilule magique. Cette pilule magique, littéralement « MagicPill », était censée réduire la consommation de carburant, et donc réduire la pollution tout en protégeant de l'usure les moteurs des véhicules. »

 

Cette entreprise passait pour florissante, profitable et jouissait du soutien public et privé à l’unisson. La 'success story' a laissé place, après l’enquête de Ryle, alors journaliste au Canberra Times, à une escroquerie politico-financière à l’échelle de l’Australie, de la Russie et de la Grande-Bretagne réunis, sur fond de paradis fiscal basé aux Îles Vierge et orchestré par l’homme d’affaires Tim Johnston.

 

Peu de temps après, pour citer Ryle lui-même, «  les bonnes histoires attirant les bonnes histoires », il reçoit par courrier un disque dur à l’aspect on ne peut plus banal mais au contenu explosif.

Dedans, des millions de dossiers révélant des montages financiers qui dépassaient cette fois l’Australie pour incriminer des responsables politiques et d’affaires à l’échelle mondiale, photos, numéros de compte et de passeport à l’appui. C’est à ce moment qu’il s’est tourné vers l’ICIJ, International Consortium of Investigative Journalists, afin de mettre ces dossiers entre les mains de ses journalistes et de les analyser en commun.

 

Les Watchmen du journalisme d’investigation

 

capture d'écran du site icij.org

 

Assistés par un logiciel assez puissant pour analyser les documents, ils parviennent à consolider les informations et à les rendre plus compréhensibles.

Un travail qui va connaître son aboutissement avec la publication le 4 avril 2013 en  simultané des désormais légendaires « Offshore Leaks ».  De la fille d’Imelda Marcos, au fils de l’ex-président sud coréen, en passant par l’ex-ministre Jérôme Cahuzac, la liste des « victimes » du tremblement de terre Offshore Leaks est longue et fameuse. Une première dont nous vivons encore les conséquences dans la sphère politique et financière et qui vient remettre en question plusieurs idées établies sur le journalisme.

Gerard Ryle, devenu en 2011 le directeur de l’ICIJ, décrit des journées qui « commençaient très tôt pour pouvoir parler à (ses) collègues européens et finissaient très tard pour joindre les collègues asiatiques ». Ils travailleront en secret et d’arrache-pied pour préparer la publication des résultats de leur enquête largement documentée dans douze pays.

 

Wikileaks, « non merci »           

 

Opposé au modèle Wikileaks, Gerard Ryle affirme le rôle toujours important du journaliste dans des affaires d’investigation. Mettre ainsi à disposition du public des documents majeurs est selon lui contre-productif. Premièrement, les documents sont difficilement lisibles pour le grand public et deuxièmement une fois publiés, ils peuvent mettre en danger des personnes.

 

Ryle, héros et héraut du journalisme? Absolument, mais pas de n'importe quel journalisme.

 

Un souhait important exprimé par Ryle et sur lequel il a insisté c’est une mutation plus rapide vers le « computer assisted journalism », journalisme assisté par ordinateur, qui dans une actualité mondialisée, facilite le travail au quotidien au sein des rédactions et le travail en commun de journalistes de pays différents. Pour lui, sans les nouvelles technologies, il n'y aurait jamais eu d' "Offshore Leaks" tant la quantité des documents était gargantuesque et l'éloignement géographique entre les journalistes de l'ICIJ important.

 

Gerard Ryle a enfin appelé à la mutualisation de l’information au sein des rédactions. La course à l’exclusivité et à la primeur de l’information cause selon lui beaucoup de mal à la profession.  

 

Le salut du journalisme, pour Gerard Ryle, ne se fera pas sans une mutation majeure des mentalités.

 

 

 

 

 

"Offshore Leaks: quels outils informatiques pour traiter les données ?" un article détaillé de Sciences et Avenir: http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/decryptage/20130423.OBS6749/offshore-leaks-quels-outils-informatiques-pour-traiter-les-donnees.html

 

Documentaire vidéo retraçant les début de l'aventure "Offshore Leaks"

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