George, le Pakistanais


Il y a cinq ans, un citoyen anglais s’est intéressé à la vie de ceux qui roulent carrosse et des autres qui n’ont rien au Pakistan. Trois années après, il rentrait en Europe, emportant sessouvenirs avec lui. Entre temps, ce catholique pratiquant était devenuune célébrité au Pakistan, le pays où l’islam est roi.


L’histoire de l’immigration ne dit pas qu’avec un peu de chance, il est possible de connaître la gloire en partant vivre dans un pays pauvre. George Fulton fait partie de ces rares personnes qui ont tiré legros lot dans le tiers monde en gardant leur éthique. En 2005, ce jeuneproducteur de la BBC part au Pakistan pour mettre au point un programmetélévisé. C’est un voyage de courte durée et peu excitant durant lequelil n’a aucune intention d’aller au fond des choses. Au même moment, lachaîne pakistanaise Géo TV, qui cherche à réaliser la première émissionde télévision réalité de l’histoire du pays, est à la recherche d’uncobaye. Les producteurs ont vent de la présence de George au Pakistan etlui proposent d’être la pièce maîtresse d’un jeu très sérieux. Ils’agit de découvrir le Pakistan en trois mois et à la manière d’unlocal. A l’arrivée, un vote des téléspectateurs décidera si le rosbifpeut devenir poulet tandoori. George ka Pakistan : George, lePakistanais.


Les ministres, les bureaucrates et les riches Pakistanais que Georges rencontre n’ont eux aucune idée de l’état dans lequel se trouve le pays. Les règles qu’ils instaurent semblent stupides. Dans les hôtels deluxe de Karachi, où George commence son périple à la manièreoccidentale, les serveurs sont des Pachtounes qui viennent du Nord dupays. Ils sont appréciés par les étrangers et par les Pakistanais aisés.Leur type européen rassure. Etrange, lorsque l’on sait que les talibanssont majoritairement Pachtounes…

Qu’il soit face à un Afro-Pakistanais du Baloutchistan, appliqué à une partie de golf à laquelle le ministre du commerce l’a invité ou en pleine discussion avec un journaliste de Lahore, George annonce toujoursla couleur. « Comment puis-je devenir Pakistanais ? » demande-t-il àses interlocuteurs. Une question sur le gain et la perte d’identité qui,loin d’être originale en Angleterre, paraît extrêmement pertinente auPakistan, un pays où la culture régionale séculaire est très forte.


Un Anglais peut-il accepter les valeurs d’un Pakistanais ? Lors d’un jeu télévisé organisant des rencontres matrimoniales, George doit répondre à des questions ordinaires pour le commun des Pakistanais. «Aquelle caste devra appartenir votre future épouse ? Est-ce que lesfemmes à la peau foncée vous posent un problème ? ». George n’aévidement pas d’avis et il se garde bien d’expliquer qu’il fréquentedéjà une Pakistanaise. La chose sera révélée bien plus tard.


A la fin des trois mois, les spectateurs ont affirmé à 66% que George avait toutes les qualités requises pour devenir un vrai Pakistanais. L’intéressé décida alors de rester au Pakistan et épousa la jeunejournaliste pakistanaise qu’il fréquentait. Ensemble, ils montèrent untalk show sur une chaîne concurrente de Géo TV. Quelques mois après lafin de George Ka Pakistan, le gouvernement donna la nationalitépakistanaise à George. L’Anglais devenu Pakistanais ne fut pasinquiété pour son union contraire aux règles de l’Islam. Son ourdoudevenu impeccable et sa frimousse de gentil loser ont eu raison de laloi qui veut qu’une femme pakistanaise ne se marie pas avec un nonmusulman. Malgré son succès, George est redevenu George Fulton lorsqu’en2008, il décida de rentrer en Angleterre avec son épouse. Il parlaalors de raisons personnelles, d’une fatigue chronique chez l’un de sesparents, de problèmes familiaux à régler… Evidemment, la cause de sondépart était plutôt à chercher derrière la montée de l’extrémisme auPakistan et la peur d’être attaqué en tant qu’étranger. Etranger ? Ilétait pourtant Pakistanais!
Les étoiles ne brillent pas éternellement et George est aujourd’huiredevenu un journaliste anonyme en Angleterre… et un Pakistanais enexil.

Envoyez-moi un e-mail lorsque des commentaires sont laissés –

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Commentaires

  • Encore un très joli billet. Merci Lou
This reply was deleted.

Récemment sur l'atelier

Houda Belabd posted a photo
Le bosqueño est un fromage gaditano au rhum vieilli. Lors de la dernière édition des World Cheese A…
Dimanche
Houda Belabd posted a photo
Photo: droits réservés.Situé dans la municipalité d’Olvera dans la province de Cadix en Andalousie,…
22 juin
Houda Belabd posted photos
6 juin
Houda Belabd posted a photo
En ce mois de mai où le moindre mètre carré ensoleillé est cherché à la loupe, flâner dans les vest…
4 juin
Plus...