Géopolitique de mes cellules

Depuis un mois je suis malade. C'est à cause de certaines petites cellules, très importantes pour une femme et qui normalement se trouvent à un endroit bien précis du corps qui, soudainement, ont décidé d'aller voir le monde. Elles ont commencé à s'installer un peu partout, là ou cela leur plaisait le plus. Et ça c'est leur droit. Toutefois, comme souvent cela arrive, le déménagement n'a pas changé en profondeur le comportement de ces cellules. Elles n'ont pas vraiment oublié d'ou elles viennent et à quoi elle servent. Elles ne se sont pas vraiment intégrées au nouveau contexte, aux nouveaux amis, à leur nouvelle maison. C'est pourquoi ces petites cellules, une fois par mois, font ce qu'elles sont sensée faire, comme si le déménagement n'avait jamais eu lieu. Sauf que dans ce nouveau contexte, leur activité est désormais inutile et inefficace, et, accessoirement, empêche à l'organisme qui les accueille (my poor self) de fonctionner correctement. Pendant des longues journées passées allongée sur le lit sous l'effet d'opiacées anti-douleur, j'ai eu le temps d'apprécier les analogies entre ce qui arrivait à mon corps et certains phénomènes globaux dérivés d'une utilisation particulière des NTICs et des réseaux sociaux. 

De retour à la vie (virtuelle) active, je tombe sur ça : http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/quelle-geopolitique-pour-les-tic , je trouve ça très intéressant et en ligne avec mes divagations cellulaires et, d'un coup, j'ai envie de partager mes réflexions. Donc les voila. 

Différents événements ayant eu lieu en 2011 on fait en sorte que les jeunes citoyens africains sont devenus aux yeux du monde des modèles d’expérimentation pour leur façon créative et innovante d’utiliser le peu d’outils à leur disposition afin de transmettre l’information, organiser des mouvements de masse et attirer sur eux l’attention internationale. Les pouvoirs politiques, économiques et culturels de ces pays portent desormais une attention particulière à leur jeunes citoyens et aux usages des nouveaux outils de communication qu’ils utilisent ; partis politiques, gouvernements, médias traditionnels et entreprises multiplient ainsi leur présence sur les Réseaux Sociaux, emploient des blogueurs connus et s’efforcent d’inventer de nouvelles stratégies numériques pour obtenir le consensus de cette frange active et connectée de la population. Cette nouvelle niche représente également la cible des grandes entreprises internationales telle que Google, qui soigne de plus en plus son image vis à vis des marchés africains, ou telle qu’Orange, dont l’offre de téléphones 3G débarque progressivement sur l’ensemble des territoires, minimisant (enfin?) l’impact de l’absence d’un réseau internet haut-débit sur le développement en termes de « connectivité » du continent.

Nairobi du futur? 

Alors que le continent africain connaît un développement sans précédent et commence à être identifié en tant que laboratoire d’innovation sociale, politique, technologique et culturelle (on parle déjà du Kenya comme de la "Nouvelle Silicon Valley"), les pays européens doivent faire face à une très grave crise économique. Les plus affectées par ce phénomène sont les populations jeunes (et notamment la « génération Y » des 20 – 30 ans. Moi, quoi.) dont les perspectives pour l’avenir  se présentent – pour la première fois depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale – plus pourries que celles de leurs parents. La crise économique retentit sur tous les aspects de la vie quotidienne des jeunes Européens : le taux de chômage de plus en plus élevé et le contraste entre le coût de la vie et le pouvoir d’achat effectif ralentissent toute forme (et envie) de changement chez les jeunes, qui s'accrochent à ce qu'ils ont au cri de "Piuttosto che niente, meglio piuttosto" (plutôt que rien, on garde le plutôt).

Si l'on fait un tour dans n'importe quel café italien et qu'on parle avec les gens, on se rend vite compte qu'il y a principalement deux façons distinctes de réagir à tout ça chez les jeunes Européens : certains, épuisés dans l’effort d’améliorer leur situation personnelle, se désintéressent des phénomènes sociaux, économiques et culturels pourtant à l’origine du malaise de leur génération, en refusant de s’informer et en construisant leur processus de consommation des médias et des nouveaux médias avec l’objectif d’y trouver du divertissement et des contenus «légers» (et vas-y que je deviens accro de Happy Farm sur FB et que je harcèle les gens pour qu'ils m'aident à donner à manger à mes cochons. J'ai d'ailleurs une question: est ce que Happy Farm peut être considéré un jeu haram? ;-).

D’autres, au contraire, inspirés par les révolutionnaires du monde arabe, multiplient leurs sources d’information et essayent d’utiliser les nouvelles technologies et les réseaux sociaux pour organiser leur contestation. Ces efforts engendrent toutefois souvent de la frustration car les interlocuteurs à mobiliser (jeunes adultes ayant grandi à l’ombre des «vieilles» démocraties et dont les droits fondamentaux n’ont jamais été mis en discussion jusqu’à nos jours) ne sont pas toujours aussi réactifs et sensibles que leurs jeunes homologues ayant grandi sous une dictature et goûtant pour la première fois à la démocratie et à la citoyenneté.

Comme mes petites cellules nomades, donc, des stratégies et des outils ayant prouvé leur pertinence dans un lieu perdent presque une partie de leur efficacité si importés tels quels dans un environnement (Francis Pisani dirait "écosystème") diffèrent.

Les technologies offrent d'énormes opportunités, ça c'est un fait. Mais c'est l'intelligence - toute humaine - de les adapter de façon pertinente à un contexte spécifique et en vue d'un objectif spécifique, qui fait la différence. Le global doit être en harmonie avec l'hyper local ou il va bientôt finir allongé sur un lit, bourré d'opiacés pour oublier la douleur. 

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Commentaires

  • Merci! Malgré les cellules vagabondes je suis à nouveau debout et je me prépare à partir pour le Maroc...on verra qui c'est qui voyage le plus, moi ou elles! ;) 

  • Quel joli billet Sara! Je te souhaite un prompt rétablissement et je dis à tes cellules vagabondes de rentrer chez elles!!! Il n'y a que pour quelqu'un comme toi que je suis prêt à tenir ce genre de discours of course!

    Plein de baci et à très vite

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