L'immeuble de France Télévisions (Photo: DR)

France Télévisions est aujourd’hui mise en cause pour ses liens noués jusqu’en 2013 avec la société Bygmalion fondée par l’un de ses anciens dirigeants, Bastien Millot.

 

299 000 euros : c’est le montant de la plupart des 58 fausses factures adressées à l’UMP par la société Event & Cie, de Bygmalion. Comme le révèle Médiapart, le comptable de cette société, fatigué sans doute d’indiquer pour chaque facture un montant imaginaire à la virgule près, a fini par copier-coller cette même somme quasi-rondelette de 299 000 euros. Au total, près de 15 millions d’euros, ainsi imputés à l’UMP, auraient servi à financer les dépassements des comptes de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012. Ces fausses factures, qui sont entre les mains l’office central de lutte contre la corruption, c’est ce qu’on appelle l’affaire Bygmalion.

 

Cette affaire, on le sait, a abouti à la démission du président de l’UMP Jean-François Copé.  Mais voilà qu’une autre affaire, une affaire dans l’affaire pourrait-on dire, se profile avec la mise en examen pour favoritisme de Patrick de Carolis, le président de France Télévisions de 2005 à 2010. Celui qui est aussi le présentateur de Des Racines et des ailes et qui a dû renoncer récemment à toute émission, avait pour directeur de la stratégie et de la communication Bastien Millot le cofondateur de Bygmalion. C’est d’ailleurs pour créer cette société que cet ancien directeur de cabinet de Jean-François Copé à Meaux, a abandonné en 2008 sa place enviable à France Télévisions.

 

Pour faire quoi ? Officiellement de la communication et du conseil stratégique.  Le souci, c’est que Bygmalion récupère des missions en e-réputation ou en communication politique auprès de France Télévisions directement et ce 2008 à 2013. Ce n’est pas illégal de passer un contrat avec un ancien cadre mais est-ce possible de le faire sans appel d’offres alors que les sommes portent sur 1,2 millions d’euros avec le groupe ou, comme l’a révélé le Canard enchaîné, sur plus d’1 millions d’euros avec la régie publicitaire de France Télévisions ? Tout dépend de l’interprétation que fera le juge Van Ruymbeke d’une ordonnance européenne de 2005.  

 

Le directeur des ressources humaines du groupe, Patrice Papet, affirme qu’à partir de septembre 2010, date de l’arrivée du président Rémy Pflimlin et de Martin Ajdari, son directeur général aux finances, les contrats de France Télévisions ont été progressivement tous soumis à des procédures d’appels d’offres. Les contrats passés avec Bygmalion n’auraient donc été que poursuivis jusqu’en 2013. Ceux signés par France Télévisions Publicité (FTP), qui portaient sur l’ouverture du capital de la régie ou sur l’accompagnement de son image, n’étaient pas soumis à autorisation du président Rémy Pflimlin, toujours selon France Télévisions. Philippe Santini, directeur général de FTP, était en effet mandataire social et non tenu de faire appel au marché concurrentiel.

 

L’affaire touche quoiqu’il en soit  l’actuel président de France Télévisions, dans la mesure où il a prolongé une partie de ces contrats sans les mettre en concurrence. Mais elle montre surtout les liens incestueux existants entre la télé publique et la politique. Bastien Millot a fait valoir sa relation avec Jean-François Copé qui, à la tête d’une commission sur l’audiovisuel public, a sauvé la publicité en journée sur  France Télévisions en 2009. Il devenait ainsi incontournable pour les dirigeants du groupe public qui lui ont ensuite confié des contrats jugés en définitive « sans intérêt » par Daniel Saada, le successeur de Philippe Santini à la tête de la régie publicitaire. Si cet argent est allé financer une caisse noire à l’UMP, la boucle est bouclée. 

L’actu des médias, les médias dans l’actu : tel est le propos de la chronique d’Amaury de Rochegonde, rédacteur en chef adjoint à Stratégies, qui se propose de décrypter ce qui change les médias à l’ère numérique. Les évolutions technologiques, la crise des modèles classiques, les nouveaux vecteurs d'information... Tels sont quelques-uns des éléments qui seront explorés sur la planète média. Tout en couvrant les grands événements «médias» qui touchent la France. Une attention particulière sera accordée à l'actualité internationale des médias, notamment intéressant les pays du Sud. La chronique pourra revenir aussi avec un regard critique sur la façon dont les médias couvrent certains événements et sur la façon dont les médias sont eux-mêmes transformés par une actualité qui leur est propre.

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Amaury De Rochegonde
Journaliste, rédacteur en chef-adjoint à Stratégies, spécialités Médias et RH, chroniqueur @RFI

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