France Soir : chronique d'une fin annoncée

Le 13 décembre dernier, le quotidien France Soir publiait son ultime numéro. On savait depuis le mois d’octobre 2011 que son propriétaire, le jeune héritier russe Alexandre Pougatchev, avait décidé d’abandonner la version papier pour se concentrer sur le web et internet. Reportage auprès des équipes du journal populaire.
 
Écoutez le reportage (34 min. et 13 sec.)

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Les salariés posent pour la presse devant le Sénat le 6 décembre 2001 (Céline Develay)
On le savait mais tout le monde avait du mal à y croire à la fin de ce journal. France soir c’est une grande et glorieuse histoire. Un journal né en 1944 dans la foulée des publications de la résistance. Premier quotidien national pendant les années 50 et 60 avec des tirages à 1.5 millions d’exemplaires. Un âge d’or qui prend fin dans les années 70, époque depuis laquelle les repreneurs et les plans de relance se succèdent. 40 ans plus tard, France soir se meurt et de manière assez discrète paradoxalement. C’est tout un symbole dans un pays, la France, où jusqu’à maintenant aucun grand titre de la PQN, la presse quotidienne nationale, n’avait cessé de paraître.
 
Opération coup de poing sur les Champs-Elysées à J-2 Occupation du siège de France Soir à J-2 (Céline Develay)
Après deux ans d’une gestion critiquée et malgré plus de 70 millions d’euros investis, le sulfureux milliardaire franco-russe, âgé de seulement 26 ans, a décidé de basculer France Soir au tout numérique. Son plan supprime 87 postes au sein de France Soir et 21 au sein de l’imprimerie Roto Francilienne qu’il possède. En d’autre temps, cette annonce aurait fait la une des journaux papier et télévisés. Or, France Soir papier a tiré sa révérence assez discrètement, sans avoir pu éditer son vrai dernier numéro (la fin du papier ayant été avancée par la direction).

 

Occupation du siège de France Soir à J-2 (Céline Develay)


On en a parlé évidemment dans les médias mais souvent sans grande émotion, de manière assez détachée. La personnalité de son propriétaire, jeune, inexpérimenté, et qui a pris position en faveur de Marine Le Pen pour les présidentielles, n’y est peut-être pas pour rien. Etonnant aussi de constater à quel point la presse s'est dispensé de s'interroger sur le sens et la portée d'une telle disparition. D'autant plus que la situation de France Soir n’est pas isolée. La Tribune, le quotidien économique indépendant, est aussi dans une situation très délicate. Et à de nombreuses reprises, les deux combats ont été liés, comme on l'entend dans le reportage.

 

De manifestation devant l'Assemblée Nationale ou le Sénat, en opérations coup de poing sur l'Arc de Triomphe ou dans les locaux de France Soir, chronique d'une lutte désenchantée et d'une fin annoncée

NB : la direction du quotidien a refusé de répondre à nos questions


Mise à jour du 26-07-2012. Ci-dessous, la lettre d'adieu publiée sur le site de France Soir par la rédaction au lendemain de l'annonce de la liquidation du titre, le 23 juillet 2012.

MERCI

Après le soir vient donc la nuit. Lundi 23 juillet, peu après 17h, le Tribunal de commerce de Paris a prononcé la liquidation judiciaire de France-Soir. Après des mois d'errance, parfois entrecoupés de maigres périodes d'espoir, le titre est mort. Vive France-Soir.

Cette liquidation était attendue. Son officialisation n'en est pas moins cruelle. Les salariés de France-Soir voient leur attente prendre fin. Malmenés par un actionnaire riche de millions et de couardise, trompés par un illusionniste repreneur entendant poursuivre l'activité en conservant six employés et en investissant 50.000 euros, ils rejoignent les « anciens », licenciés en décembre 2011 lorsque l'actionnaire pointait l'Eldorado sur l'horizon Internet. Ils se savaient en sursis, évidemment, depuis l'arrêt soudain de la version papier. L'espoir et l'envie n'en étaient pas moins grands.

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Au-delà des situations personnelles, c'est une œuvre collective qui disparaît. Le lien tissé entre une rédaction et son lectorat se coupe. Cette tribune est donc l'occasion pour la rédaction de France-Soir et l'ensemble de son personnel d'adresser un dernier message à ses internautes. Un « au-revoir » enrobé d'un grand « merci ».

Merci d'avoir été chaque jour plus nombreux à suivre l'actualité sur FranceSoir.fr. Merci d'avoir cru, comme nous, à la pérennité du titre sous son format numérique. Merci pour vos nombreux encouragements et témoignages. Merci enfin d'avoir lu, commenté, critiqué nos articles, nos reportages, nos vidéos. Cette première moitié de l'année 2012 aura eu son lot d'événements informatifs : l'élection présidentielle, l'Euro de football en passant par l'affaire Merah, le sacre de The Artist, la disparition de Whitney Houston, etc. À chaque fois, la rédaction a su répondre à l'exigence de l'information. À chaque fois, vous, internautes, avez répondu présents. Une réponse à une réponse. Pour cela encore : merci.

L'information ne meurt heureusement pas avec France-Soir. Pour ce titre historique, la nuit tombe, mais dehors le soleil luit.

Quelques liens pour aller plus loin:

La page Facebook de salariés en lutte

Clap de fin à France Soir dans Libération

L'avis d'un communicant sur la situation de France Soir

L'enjeu du passage au tout numérique. Débat dans Télérama

Le bilan en demi-teinte des quotidiens passés au tout numérique dans Les Echos

L'avis d'une chercheuse au CNRS sur l'avenir de la presse écrite

Petit explicatif sur le fonctionnement des aides à la presse

L'annonce de la diminution des aides à la presse dans le budget 2012 de la Culture

La situation inquiétante des journaux italiens menacés de fermeture faute d'aides d'Etat

Quand la presse cherche à se réinventer. Analyse et constat dans Libération

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Commentaires

  • LA DROIT QUI GAGNE

  • c'est terrible de constater que les journaux censés informer instruire et éclairer les lecteurs sur les réalités socioéconomiques soient confrontés à tant de difficultés socioéconomiques.comme quoi internet ne règle pas tous les problèmes mais il en crée d'autres.

  • Internet ne pourra pas, fort heureusement, remplacer le papier malgré son essor!

  • Internet a pris le dessus ce qu'on craignait est arrivé...

  • C'est dommage pour la presse écrite maintenant , après l' annonce de la fusion de RFI avec TV monde , voila encore que France Soir veut disparaître dans le papier . Et ces miliers de familles que vont ils devenir ? QU'elle est la décision de l'ETAT ?

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