Dans une tribune publiée sur sa page Facebook, Nicolas Sarkozy, le prédécesseur de François Hollande à la présidence de la République française, a annoncé le 19 septembre dernier son retour à la vie politique à travers l’officialisation de sa candidature à la présidence de l’Union pour le mouvement populaire (UMP). Cet acte, lequel constitue de facto un pas considérable vers une éventuelle candidature à l’élection présidentielle de 2017, rappelle les désespérantes tentatives de Valéry Giscard d’Estaing de briguer un autre mandat à la magistrature suprême après avoir été battu le 10 mai 1981 par le socialiste François Mitterrand.

Comme Valéry Giscard d’Estaing

Quelques similitudes rapprochent, curieusement, le parcours politique de Nicolas Sarkozy à celui de l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing. Primo, les deux hommes n’ont jamais été des gaullistes authentiques. Seul un heureux concours de circonstances, à défaut de prétendant capable de conserver le pouvoir face à un candidat unique de l’opposition, leur a permis d’accéder à la présidence de la République française. Secundo, à l’issue de leurs mandats respectifs, les deux présidents en exercice ont perdu les élections en faveur de la gauche socialiste. Tertio, à l’instar de Valéry Giscard d’Estaing, à travers la mise sur pied de l’Union pour la démocratie française (UDF), Nicolas Sarkozy veut à tout prix reconquérir la présidence de l’UMP pour saborder ce parti politique au profit d’une nouvelle structure à la virginité sans faille. L’histoire confirmera-t-elle sa nature d’éternel recommencement ? Seul l’avenir le dira.

Le piège africain

De toute évidence, l’éventuel retour de Nicolas Sarkozy à la tête de l’UMP ne pourrait faire l’économie de l’immixtion des affaires africaines dans la politique intérieure de la France. En effet, au moment où la France peine à reprendre la place de choix qui était la sienne sur le continent africain, d’aucuns n’hésiteraient pas à jeter de l’huile sur le feu en soulignant les différents rôles, de surcroît néfastes, de Nicolas Sarkozy dans la déstabilisation de la Libye – et par ricochet dans l’instabilité du Mali –, ainsi que dans la schizophrénique situation en cours en Côte d’Ivoire à la suite de « l’installation d’Alassane Dramane Ouattara au pouvoir au détriment de Laurent Koudou Gbagbo ». Au moment où les Africains commencent enfin à oublier le maladroit discours de Dakar sur « l’Homme africain », le retour de Nicolas Sarkozy au premier plan dans l’échiquier politique français augurerait les difficultés immenses dans les relations de la France avec un bon nombre de pays d’Afrique.

Les non-dits

Au-delà des arguments évoqués supra, d’aucuns s’interrogent sur les véritables raisons ayant poussé Nicolas Sarkozy à faire son come-back surtout après avoir affirmé la non-ingérence dans la vie politique en cas de défaite à l’élection présidentielle de 2012. Pour la plus grande majorité de Français, au moins 55 % d’entre eux, les raisons judiciaires représentent la principale cause de cette décision. De plus, Nicolas Sarkozy compte endosser les habits du leader de l’opposition rien que pour politiser, au point de l’apparenter à de l’acharnement, toute action judiciaire contre sa personne. Doit-on conclure qu’il s’agit purement et simplement d’une démarche égoïste, n’ayant aucun lien avec des convictions étatiques ?

Quelques observateurs avertis évoquent également l’hypothèse de l’appauvrissement de la classe politique française, qui plus est en proie à une pénurie de leadership ayant une réelle vision des enjeux politiques à la fois nationaux, européens et mondiaux. De nos jours, dans un pays comme les Etats-Unis d’Amérique, un ancien président de la République battu ne pourrait jamais revenir de nouveau aux affaires au vu du nombre considérable d’hommes et de femmes de talent qui émaillent la classe politique américaine. Dans l’absolu, le peuple français devra savoir ce qu’il veut. A-t-il envie de progresser, en offrant à la France des perspectives nouvelles, ou alors de traîner les pieds en entretenant la nostalgie ? De toute évidence, en France, personne n’a su jusqu’à présent rentrer, à gauche comme à droite, dans les habits de Charles de Gaulle ou de François Mitterrand.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko


© Oeil d’Afrique

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Commentaires

  • Le problème de la France est qu'elle pense toujours que "c'était mieux avant", et que donc chaque prédécesseur était finalement mieux que l'actuel...

    Mais les véritables problèmes de fond demeurent toujours:  chômage, insertions, réinsertions, délocalisations des entreprises à l'étrangers etc.

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