Les traditions et pseudo coutumes camerounaises me dépassent. La semaine dernière je vais à une veillée mortuaire. Je ne connais pas le mort, mais il s’agit du presque beau père d’un ami. « Presque beau-père » signifie que mon ami a failli épouser sa fille. Bon! Pour parler simplement, ils ont vécu ensemble (euphémisme pour dire forniquer) de longues années, eu un enfant, avant de se rendre compte qu’ils n’étaient pas faits l’un pour l’autre. En réalité c’est mon ami qui a décrété cet état de choses, mais là n’est pas le sujet.

Nous nous rendons donc à la veillée. Il a plu ce soir là. Patinage artistique dans la boue du chemin. Arrivée dans la cour du deuil. Nous sommes quatre. L’ex qui ne semble pas éplorée tant que ça nous montre des sièges. La cour est bondée. Soudain, deux gaillards se dirigent vers notre petit groupe.

Bonsoir mon beau !

Mon ami répond poliment. Une conversation bizarre s’engage. Les types prétendent être les cousins de la fille. Ils demandent à mon ami pourquoi il ne vient jamais les saluer, pourquoi on ne le voit jamais, pourquoi il a perdu tout ce temps à leur « sœur » avant de lui signifier son refus de l’épouser. A ce stade de la discussion, je commence à sentir une légère gêne. Comme celle qu’on éprouve à Mokolo quand les sauveteurs vous observent vous faire soutirer votre portefeuille sans rien dire.

Mon ami répond effrontément que la perte de temps est réciproque. A peine formule-t-il cette réponse que les deux gaillards se jettent sur lui. Quatre autre gaillards se sont matérialisés derrière nous.

Enlevez-lui ses chaussures!

En un tour de main, le type est déchaussé. Je fais mine d’ouvrir la bouche, d’un regard il me fait signe de me taire. Je la boucle. Il se retrouve pieds nus dans la boue, subissant les quolibets de la foule qui se régale. Je n’y comprends rien !

Soudain, quelqu’un hurle : déchaussez ses frères !

C’est nous les frères !

Les « cousins » fondent sur nous tels des vautours. Deux membres de la bande parviennent à s’enfuir. D’habitude, je suis rapide sur le plat, mais là il s’agit d’une course d’obstacles. Je ne suis pas Liu Xiang, je ne suis pas chinois. Je butte sur une chaise, parvient à me relever, zigzague autour du feu de bois allumé au centre de la cour, manque de m’étaler dans une flaque avant de me faire ceinturer par un malabar qui me soulève du sol tandis que les autres me retirent mes boueuses mais précieuses italiennes.

J’ai envie de leur crier que ce n’est pas mon frère, que c’est un ami qui m’a laissé tomber bien des fois, que mes chaussures n’ont rien à voir avec ses vieilles espadrilles, que je ne sais même pas ce que je fais à la veillée d’un inconnu. Pour ne pas paraître plus ridicule que je ne le suis déjà, je me tais.

J’ai passé plus d’une heure, les pieds dans la boue, à attendre que l’ex fiancée négocie auprès de ses frères le retour de nos chaussures. Finalement il a fallu que nous les rachetions au prix d’un casier de Castel qu’il burent arrogamment devant nous.

Quand j’ai enfin desserré les dents au retour, ce fut pour demander à mon « ami » la signification de tout ce manège.

C’est la tradition Beti. Jai vécu pendant de longues années avec leur sœur et fille. Je lui ai fais un enfant et puis je me suis barré. Ils sont en droit de me demander des comptes. L’enlèvement des chaussures est symbolique. Je paie juste un tribut à la famille.

Tradition ? Escroquerie oui ! Va parler de symbolique à mes vêtements boueux, à mes genoux écorchés et mon nez qui suinte. Je t’en foutrai moi du symbolique !

Je me souvins que c’était la deuxième fois que je me faisais avoir pour une histoire de coutume et de tradition qui ne me concernait pas et, ce soir là , tout en faisant une lessive improvisée, honteux, confus et enragé, je jurai, mais un peu tard qu’on ne m’y prendrais plus.

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Commentaires

  • MAGNIFIK! on te reconnait bien là! toujours dans les histoires ouf!

  • "Je ne suis pas Liu Xiang, je ne suis pas chinois"

    Oh mais quel humour :)

  • hi hi, vous avez passé un mauvais moment mais permettez moi de rire...

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