J'entends depuis quelques jours cette emphase du débat sur les "
forçats de l'info", relancé par
Laurent Mauriac entre autres. J'y réfléchis : en fait j'y réfléchis depuis mon acte de guerre d'avoir créé
Les Médiaboliques, puis de porter le message de la nécessaire auto-critique du métier en d'autres terres online depuis 6 ans déjà.

Certains semblent se réveiller en 2009, découvrir la question, la traiter : on ne voit qu'eux, on les buzze et pas les autres. Ceci, déjà, en soi, est parfaitement exaspérant : le web est oublieux, focalisé sur l'instant présent, absolument incapable d'intégrer une dimension historisée de ses débats, évolutions et convulsions. Le sujet n'est pas éloigné.
Ceci étant, revenons à la question première, presse vs. web. Le problème me semble d'emblée mal analysé, mal abordé. Il ne s'agit pas de considérer la presse internet comme cet "autre monde" du journalisme n'ayant aucun rapport avec le premier, qu'on le nomme "ancien monde" ou "époque classique", ou l'"El Dorado perdu". Il ne s'agit pas non plus de clouer au pilori les uns, de brocarder untel, en fait ce que l'on ne comprend pas, ce dont on a peur. La presse française (et d'autres) n'a pas compris la révolution internet, l'a intégrée trop tard, la digère pour l'heure dans la douleur : point barre. La technologie apporte un plus mais aussi déstabilise, accélère : point barre. On doit toutes et tous s'y adapter, car on ne reviendra pas en arrière : point barre.
En-dehors de ces trois point barres, le problème est donc ailleurs et multiple :
- dans le rapport au changement, à la modernité : le journalisme est-il ou non capable de s'adapter à son temps
?- dans le rapport à l'outil : le journalisme est-il ou non capable de changer d'outils, ou plutôt d'étoffer sa panoplie originelle? est-il capable de se former mieux et plus régulièrement?
- dans le rapport à l'échange : le journalisme est-il ou non capable d'aller plus qu'un papier publié, un reportage monté, une interview diffusée? Et d'aimer le contact avec son public dans l'interactivité.
- dans le rapport à l'argent : le journalisme est-il ou non capable de faire son autocritique, pointer ses excès (star system, salaires de nabab indécents) et mieux répartir cet argent?
- dans le rapport au pouvoir : le journalisme est-il ou non capable de partager son "4ème pouvoir" avec les pouvoirs émergents? Mieux : est-il capable de ne plus penser en terme de "pouvoir" ni d'"influence" mais en terme de "plaisir" et de "complémentarité"?
- dans le rapport à l'humanisme : le journalisme est-il ou non capable de comprendre que le débat n'est pas de savoir si un navigateur web est inférieur à un terminal AFP, si un clavier vaut moins qu'un stylo, si une vidéo en ligne est indigne d'une diffusion? Mais qu'il s'agit de tout utiliser dans une attitude commune et humaniste : envers ses confrères, son public, ses partenaires, etc.
Ce sont les premières réflexions qui me viennent. Mais j'y reviendrai notamment sur les contradictions et hypocrisies de ce débat, chez les uns comme les autres. Inutile de donner des leçons sur ce sujet, mais plutôt d'ouvrir les yeux sur nos mauvaises pratiques de journalisme, commune à tous les supports, qui expliquent sans doute cette "envie d'autre chose".
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