Il y a quelques mois, ici, j'avais écrit la note "On a marché sur Twitter!". Manière déjà de souligner combien la presse française dans son ensemble tardait à comprendre le phénomène des réseaux sociaux et plus globalement des outils du web 2.0. C'était en mai 2009, et déjà à travers radio et télé... les pauvres.
Hé bien, presque 10 mois plus tard, je peux carrément reprendre ce même titre pour ces 10 derniers jours de février 2010. A croire que les puissances ineptes se sont données le mot, car jamais on avait autant concentré de vides et superficialités au sujet des réseaux sociaux et du web. Un peu comme si, là, en cette semaine, la presse tombait du lit et se réveillait d'un coup au sujet des nouvelles technologies et du 2.0.
Il y a eu comme un crescendo, où la radio a largement pris sa part. Petit récapitulatif, pour ne pas perdre le fil :

- Radio France joue à Facebook et Twitter : lundi 1er février démarrait l'opération "Huis Clos sur le Net", montée par les radio publiques francophones. Soit 5 journalistes français, belge et suisse, 5 jours enfermés dans un gîte du Périgord, avec seulement Facebook et Twitter comme source d'info et un blog pour commenter. En est sorti 5 jours de banalités à pleurer pour se rendre compte finalement que FB et Twitter, "c'est pas suffisant pour informer, mais qu'il faut quand même les utiliser"... D'où mon réflexe à un moment, de tweeter qu'"il vaut mieux en rire"! Et puis surtout l'opération "Les 24h du Sans", que nous avons lancée sur LeWebLab.com. En 2010, en effet, il est plus que temps!

- Europe 1 joue au live-tweet : pas de répit pour nos zygomatiques! Mercredi 3 février, on enchainait avec l'expérience #E1Fillon, en rapport au mot clé utilisé sur Twitter pour répertorier les échanges de cette opération. Laquelle? Une invitation pour une vingtaine de blogueurs et twitteurs influents, à tweeter live en parallèle à l'interview par JP Elkabbach du premier ministre François Fillon sur Europe 1. Résultat : un four, des twitteurs sous exploités, une interview encore plus convetionnelle qu'à l'habitude... Les suites et debriefs sont explicites sur ce plan.

- Canal Plus découvre ceux qui découvrent Twitter : annoncé, dès la fin de semaine, la boucle est bouclée avec la réception le 8/02 des "5 du Périgord", sur le plateau du Grand Journal. L'échange bref reste superficiel, et pour cause. Je me suis amusé à une petite vérification sur la présence des chroniqueurs de l'émission sur Twitter : 2 sur 11 seulement! Quant à Mouloud Achour qui y est bien lui, il me répond sur Twitter un très capillo-tracté : "Certains y sont bien présent mais restent discret et opèrent en simple consultation". Or course. On sait jamais, des fois que ça mordrait ou que ça tacherait...

- Arte rameute 8 "cadors" en colère : c'est pas fini! vous êtes plié en deux de douleurs au ventre, mais ça continue. Le 9/02, en une soirée spéciale sur l'information menacée, la chaîne a invité 8 grands journalistes à dire, face caméra, ce qui les met en colère. Résultat : un enfonçage de portes ouvertes et poncifs à nul autre pareil, que Pierre Haski a très bien rapporté sur Rue89. Le débat de conclusion qui suivait en plateau avec 2 autres vieilles barbes (anglaise et allemande), bien que sympathique, achevait de confirmer l'impression : un monde journalistique barbotant dans le formol, qui ne voit pas l'univers changer autour de lui... et croit en la survie des vieilles recettes et ficelles. Le présentateur terminera même la soirée sur un "et vive le journalisme!". No comment.
Points communs à ces quatre évènements : une impression de bocal médiatique bien hermétique, qui se fait plaisir; de journalistes en retard de plusieurs trains, mais mettant en scène leurs découvertes tardives; d'ignorances crasses érigées en posture prudente valeureuse... On nage en pleine auto-satisfaction! La nouvelle technologie qui manque vraiment à la presse française? Une machine à baffes, avec option coups de pied au derrière. Vite.
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