Médias le magazine (Crédit: Nathalie Guyon/FTV)

 

A l'occasion de la journée internationale de la femme, je m'interroge cette semaine sur la place des femmes dans les médias.

 

Faut-il comme le présentateur du journal télévisé du soir de France 3, Louis Laforge,  aller jusqu’à se barioler de rouge à lèvres en direct pour montrer sa solidarité avec la cause des femmes ? Jeudi soir, celui qui coprésente Soir 3, avec Patricia Loison, n’a pas craint de forcer le trait, et peut-être aurait-il mieux valu pour lui qu’il fasse ressortir avec éclat une autre réalité : l’absence criante de femmes dans les sujets et sur les plateaux des JT du soir.

Car, ce qui frappe, c’est que si les femmes sont désormais présentes en nombre en tant que journalistes ou présentatrices à la télévision, elles sont désespérément absentes quand il s’agit de commenter, de rapporter ou d’expliquer un événement devant un micro ou une caméra. C’est cette espèce de suprématie de la parole experte de l’homme, qui se vérifie dans huit cas sur dix en 2013, selon l’Institut national de l’audiovisuel, qui apparaît comme l’un des plus grands freins à l’émancipation médiatique des femmes.  Le chemin est laborieux. En un an, selon l’INA, on est passé de 18,8% de femmes présentes dans les journaux télévisés du soir à 19%, soit un gain quasi nul de 0,2% de visibilité. Et en presse écrite, ce n’est guère mieux : les personnes interviewées ne sont des femmes que dans 15% des cas, selon le Collectif de journalistes Prenons la Une.

Alors que faire ? La BBC, au Royaume uni, s’est attaquée à ce problème en créant une base d’expertes afin de diversifier ses sources et d’introduire de la parité à l’antenne. Le groupe britannique organise même de séances de coaching pour faire émerger des championnes des débats. France Télévisions, de son côté, s’est fixé pour objectif d’atteindre 30% d’expertes à la fin de cette année. Le CSA, qui a été chargé par le législateur de faire respecter la parité, compte bien s’inspirer de cet objectif chiffré pour amener les chaînes à 30 puis 40% de femmes dans les débats.

 

Les choses vont-elles donc changer?  Auprès du CSA, presque tous les groupes audiovisuels promettent de veiller à la place des femmes. Il n’empêche qu’il reste encore un très long chemin à parcourir. Dans les divertissements et notamment les émissions de télé réalité ou les vidéos clips, la femme est souvent représentée comme un objet de désir, ce qui est l’envers d’une tendance à ne pas voir en elle une experte.  Dans la fiction, France Télévisions s’efforce aussi dé dépasser le cliché « victime, témoin ou salope » pour donner enfin aux femmes des rôles moins caricaturaux. Un rôle à l’égal des hommes comme le veut la loi sur la parité.



L’actu des médias, les médias dans l’actu : tel est le propos de la chronique d’Amaury de Rochegonde, rédacteur en chef adjoint à Stratégies, qui se propose de décrypter ce qui change les médias à l’ère numérique. Les évolutions technologiques, la crise des modèles classiques, les nouveaux vecteurs d'information... Tels sont quelques-uns des éléments qui seront explorés sur la planète média. Tout en couvrant les grands événements «médias» qui touchent la France. Une attention particulière sera accordée à l'actualité internationale des médias, notamment intéressant les pays du Sud. La chronique pourra revenir aussi avec un regard critique sur la façon dont les médias couvrent certains événements et sur la façon dont les médias sont eux-mêmes transformés par une actualité qui leur est propre.

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Amaury De Rochegonde
Journaliste, rédacteur en chef-adjoint à Stratégies, spécialités Médias et RH, chroniqueur @RFI

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