Felipe VI: proclamation du nouveau roi d'Espagne

Felipe VI a été proclamé nouveau roi d' Espagne ce matin au Congrès des députés. Il sera en charge de mener une deuxième transition dans un pays en faillite politique et économique. L'image de sa famille a été sérieusement égratignée par plusieurs scandales et bien que l'on entendait les applaudissements des sympatisants de la monarchie dans les rues de Madrid, une autre Espagne émerge avec ses drapeaux républicains et indépendantistes qui auraient bien hué l'héritier d'une famille désavouée.

Juan Carlos et les républicains

Avant la crise économique de 2008 il y a avait deux secteurs presque inaperçus qui rejetaient la monarchie des Bourbons: la gauche républicaine et l'extrême droite. La première d'elles ne pardonna pas à ses leaders, dont Santiago Carrillo, un Georges Marchais espagnol, que le communisme eût voté pour une monarchie constitutionnelle menée par le protégé de Francisco Franco en 1978. À ses yeux, Carrillo aurait dû exiger une république à la portugaise. Puis, l'extrême droite, vainqueur de la guerre civile dès 1936 à 1939, avec amertume voyait comme le roi Juan Carlos démantelait le franquisme pour faire place à une gauche démocratique.

Cela ne fut jamais pardonné par ces deux groupuscules et pourtant ils eurent du mal à démolir l'image sacrée du roi Juan Carlos. Face à Felipe VI, le fils de celui - ci, ils vont encore essayer de décrédibiliser la monarchie et tout ce qu'elle a apporté depuis sa restauration.

Le PP et le Psoe

Ainsi les Espagnols depuis 1977 jusqu'en 2011 ont décidé de voter toujours pour la droite qui eut collaboré avec Franco pendant la dictature. Pendant trente ans l'aile conservatrice a été représentée par le Parti populaire (PP) et la gauche monarchiste l'a été par le Psoe (Parti socialiste ouvrier espagnol), un parti de centre gauche fondé en 1879. « Il faut soutenir le roi » était la consigne. Le bipartisme était la seule manière de sauvegarder la Constitution et d'empêcher que les radicaux en appelassent au revanchisme ou à la guerre.

Les journaux surtout le social-démocrate "El Pais" et le monarchiste l'ABC, aussi formèrent un bouclier pour que le roi fût le symbole d'une famille parfaite comme Valéry Giscard et sa femme le furent en France dans les années 70. Ce fut ce que l'on a appelé en Espagne "la Transition". Le roi Juan Carlos, n'étant pas un grand orateur, savait s'adresser au public. On n'oubliera jamais son interlocution télévisée du 24 fevrier 1981 . Il jouissait d'une énergie tandis que la presse le soutenait en cachant ses erreurs. Chacun faisait son devoir. Il fallait aussi laisser parler les républicains mais sans aucune médiatisation.  

El PAIS et l'ABC

Ces deux groupuscules, la Gauche républicaine et l'extrême droite, marginalisés par la loi électorale, en ont toujours appelé à la disparition du roi et de sa famille. Cela semblait inenvisageable en 2003. La presse, la radio, les intellectuels, le monopole médiatique, étant craintifs de la pagaille et la répression de la Deuxième République et le Franquisme de 1931 à 1975, faisaient des reportages et des éditoriaux pro - monarchistes. Chaque Noël à la télé, avant 2008, le roi Juan Carlos souhaitait ses vœux et les Espagnols le remerciaient qu'il eût osé adopter la Constitution et défendre la démocratie après la tentative de putsch de 1981.

Peu importait la couleur du chat s'il était capable de chasser des rats. Peu importait si la Constitution évoquait que le roi était au-dessus de la loi et qu'il jouissait d'une immunité comme chef de l'Etat.

L'Espagne: corruption et indépendance de la Catalogne

Trente ans plus tard, un détournement de situation vient de se passer. Les républicains de gauche et d'extrême droite ont vraiment poussé comme des champignons autour d'un arbre centenaire. La popularité du roi s'est écroulée après les scandales de corruption de son beau-fils.

Depuis 2008 son image d'homme d’État est plus discréditée que celle du président François Hollande en France. Juan Carlos a décidé d'abdiquer après les Européennes. Pour la première fois la droite et la gauche monarchistes ne rassemblaient plus la majorité de voix. Cela ne fut pas le pire. Le référendum indépendantiste de la Catalogne, antimonarchiste avant tout, se tiendra cette année-ci si personne n'entame pas un renouvellement. Le bipartisme, établi dans les années 80 et 90, est essoufflé et incapable de faire barrage aux partis antimonarchistes. La corruption et la crise les ont désavoué dans les urnes depuis 2008.

Proclamation du roi: Felipe VI

Ce jour de proclamation du nouveau roi, la police a décidé d'empêcher que les républicains s'approchassent de la parade militaire avec leurs drapeaux républicains. Il fallait faire semblant que l'Espagne encore soutenait la Famille Royale.

Felipe de Bourbon est né en 1968. Il rencontra Franco, pourtant il n'avait que 7 ans lors de la mort du dictateur. Pour un enfant, Franco était un vieillard qui avait élevé son père à contrecœur. Pourtant, les enfants et les petits enfants des soldats abattus par Franco le perçoivent comme presque l'héritier d'un système dépassé et lié à la corruption franquiste. Est-ce que Felipe de Bourbon et Grèce serait - il plus malin que son oncle Constantin de Grèce? Felipe VI est d'après la Constitution de 1978 aussi au - dessus de la loi et jouit aussi d'une immunité comme son père.

Pour ceux qui encore le soutiennent, iI faut mieux l'appeler Felipe VI et surtout supprimer son nom de famille "Bourbon et Grèce" dont les origines viennent de la France et la Grèce. Dans ces deux pays les rois furent évincés. Cependant les choses ne marchent pas mieux au - delà des Pyrénées. Ils n'ont plus de rois, et pourtant l'extrême droite antisémite n'y arrête pas de s'incruster dans le paysage politique.

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