Facebook, le géant des médias a dix ans

Comme il est loin le trombinoscope de Harvard qui devait permettre à Mark Zuckerberg, en 2004, de mettre en contact étudiants et étudiantes de son université. Facebook est aujourd’hui un géant, une porte d’entrée de l’Internet, qui compte plus de 1,2 milliard d’utilisateurs par mois, dont près de la moitié qui se connecte tous les jours, une part qui a progressé de moitié l’an dernier, ce qui semble démentir l’idée d’un déclin inéluctable. Le virage de la mobilité a été pris et bien pris puisque les recettes issus des appareils mobiles étaient au quatrième trimestre "presque aussi importantes que la totalité de nos recettes publicitaires du quatrième trimestre de l'année précédente", selon la numéro deux du groupe, Sheryl Sandberg, cite par l'AFP.

Mieux, ses revenus ont crû de 55% en 2013 pour atteindre 7,9 milliards de dollars et son bénéfice se monte à un 1,5 milliard. Quant a l'action, elle est passée de 38 dollars à 62,5 dollars depuis l'introduction de Facebook en Bourse, au Nasdaq, en mai 2012. Tout va donc pour le mieux, et pourtant, le réseau doit de plus en plus surveiller son image et défendre sa pertinence. On le dit moins fréquenté par les adolescents qui lui préfèreraient des lieux qui ne grouillent pas de parents comme Instagram ou Snapchat, deux sites que Facebook a rachetés ou voulu racheter.

Récemment, une étude de deux chercheurs de l’université de Princeton a prédit une fuite massive de ses utilisateurs à l’horizon 2017 en s’appuyant sur une analyse épidémiologique et des données de Google. Ce à quoi des spécialistes employés par Facebook ont répondu que c’était plutôt la fin de Princeton qui était proche, en se fondant sur le nombre d’internautes qui cliquent sur le bouton « j’aime » de cette fac et sur le nombre d’articles élogieux. En France, Facebook est aussi très critiqué pour ne pas respecter la confidentialité des internautes, pour faire un commerce illimité de leurs données et pour échapper à l’impôt. Au même titre que Google, il est accusé de capter les recettes publicitaires des médias grâce à la connaissance intime qu'il a de ses utilisateurs sans pour autant contribuer en retour à la création des œuvres audiovisuelles dont il peut tirer profit à travers les options de partage (Facebook se contente d'un partage de revenus avec l'ayant droit)

Même le rôle positif du réseau dans les printemps arabes (on se souvient de "thank you Facebook" écrit sur les murs de Tunis après la Révolution de janvier 2011) paraît aujourd'hui hors de propos, un peu comme si on cherchait à expliquer la révolution russe par l'invention du téléphone.

Mais le réseau est aussi de plus en plus étroitement associé aux médias, comme le montre sa nouvelle application « paper » pour smartphones et tablettes qui est une sorte de magazine en ligne pour suivre des sujets d’actualité, partager des articles et des vidéos dignes de confiance. La plateforme a aussi signé à la rentrée des accords avec NBC, CNN ou ABC aux États-Unis, TF1 et Canal+ en France, pour favoriser la conversation autour des programmes télé. Facebook livre ainsi aux chaînes des données en masse sur l’âge, le sexe et la localisation des internautes qui commentent leurs programmes. Faire appel aux télés est assez malin, car la timeline, ce fil qui est d’abord ouvert au récit de soi, peut finir par lasser une fois qu’on a vu la sempiternelle pizza de son « ami » Facebook. Quoi de mieux que des contenus médias de qualité pour inciter l’internaute à revenir sur sa page où les vidéos publicitaires se mettront en route sans même que l’on clique dessus. À n’en pas douter, Facebook engage une nouvelle bataille sur ce que le patron de TF1 appelait le « temps de cerveau disponible ».

L’actu des médias, les médias dans l’actu : tel est le propos de la chronique d’Amaury de Rochegonde, rédacteur en chef adjoint à Stratégies, qui se propose de décrypter ce qui change les médias à l’ère numérique. Les évolutions technologiques, la crise des modèles classiques, les nouveaux vecteurs d'information... Tels sont quelques-uns des éléments qui seront explorés sur la planète média. Tout en couvrant les grands événements «médias» qui touchent la France. Une attention particulière sera accordée à l'actualité internationale des médias, notamment intéressant les pays du Sud. La chronique pourra revenir aussi avec un regard critique sur la façon dont les médias couvrent certains évènements et sur la façon dont les médias sont eux-mêmes transformés par une actualité qui leur est propre.

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Amaury De Rochegonde
Journaliste, rédacteur en chef-adjoint à Stratégies, spécialités Médias et RH, chroniqueur @RFI

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