Etre fillette en Haïti : Un fardeau sous-estimé

Pour cette somme grossissante de Célianise.

Je regrette qu’elles ne puissent pas connaitre

Jacques S. Alexis, Rimbaud, Diop, Trouillot…

 

« Des treize enfants de ma famille, il y a un garçon qui ne sait pas lire ! »

À sa première lecture, cette phrase peut vous laisser flottant bien que sa syntaxe soit convenable. Ici, le contexte est plus qu’incontournable. Nous sommes en Haïti. Plus précisément à Marchand Dessalines, 140 km de Port-au-Prince, au nord. Une jeune fille de seize ans laisse échapper ces mots, dans un dispensaire, pour répondre à la que

stion suivante : « Sais-tu lire ? »

Mais, là encore, il se peut que ta perplexité demeure. Derrière cette réponse se cache beaucoup plus de consternations que l’analphabétisme. Tout un monde de noirceurs s’y bourgeonne, grandit et s’enracine chaque jour davantage.

De quoi s’agit-il ?

Après l’obtention des maigres services de soin, la petite Célianise décida de m’éclaircir les idées dans les coulisses.

« Ecrire son nom, chez moi, est un luxe auquel tout le monde ne connait pas le gout. Je suis la cadette d’une famille qui n’a pas vraiment les moyens pour vivre. Mes huit sœurs, moi et MEME un de mes frères ne savent pas comment ouvrir un livre. On a trop à faire d’ailleurs. », déclare Célianise, sur un ton ingénu et résigné.

Avec la répartition sexiste du travail de la famille, Célianise et ses sœurs sont confinées à de lourdes tâches ménagères, socioéconomiques et autres. Figurez-vous ! Depuis ses six ans, elles doivent, tous les jours, s’occuper de l’entretien de la maison ; de l’achat des aliments ; de leur cuisson ; la séparation du manger ; la lessive ; la vaisselle. Par ailleurs, elles participent activement aux cotés de leur parents dans la culture de la terre, la vente de l’excédent de la récolte…

Mais, le plus terrifiant dans cette histoire est ce non-dit sauvage. Aujourd’hui encore, dans une ville où l’on s’expose sur Facebook, Twitter ; où l’on se repère au GPS, où l’on discute de Machiavel, de Keynes, du congrès américain, de la mondialisation, des enfants ne sont pas scolarisées pour la simple et bonne raison qu’elles sont des fillettes.

Par ailleurs, même si l’on doit reconnaitre des avancées sur ce sujet au niveau des villes, bien des parents (père et/ou mère) continuent de reproduire des logiques sexistes, machistes à l’égard de leurs fillettes.

Tout compte fait, dans un pays où des responsables peinent quotidiennement à justifier l’utilisation des fonds colossaux, le souci des enfants est tout simplement absent. Les structures de politiques publiques et les initiatives privées sont quasiment défaillantes ou très limitées.

Dans cet état de fait, n’est-on pas en droit de demander à quand la fin des Célianise ? Ou plutôt, comment finir avec cette mode de vie des Célianise?

Envoyez-moi un e-mail lorsque des commentaires sont laissés –

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Articles mis en avant

Récemment sur l'atelier

mapote gaye posted blog posts
4 févr.
Mélissa Barra posted a blog post
La Côte d’Ivoire veut s’attaquer aux dysfonctionnements que connaît l’enseignement supérieur public…
18 janv.
Plus...