Big Brother is Watching, par Andrea Roberts (Flickr/CC)

 

Les services secrets américains - la National Security Agency (NSA) en tête - ont mis en place un grand programme de surveillance des communications en ligne. L’information, qui tourmente le monde politique, la planète web et l'opinion publique américaine, a été révélée en fin de semaine dernière par le quotidien britannique The Guardian grâce à des documents fournis par Edward Snowden, employé d'un sous-traitant des renseignements américains. Que nous apprend ce scandale sur l'état du journalisme aux États-Unis? Mon analyse en trois points.  

PRISM est le nom donné à un vaste système de surveillance des communications électroniques, qui a été révélé par The Guardian. Selon ce journal, les services secrets américains surveillent toutes les communications électroniques sur le territoire américain, en recherchant en principe des cibles étrangères. Des grandes sociétés de l’internet seraient impliquées dans ce scandale : Google, Microsoft et Facebook, entre autres, seraient concernées.

 

Une affaire qui aide à comprend l’état du journalisme actuel

 

Les nombreux commentaires des spécialistes des médias autour de cette affaire nous en apprennent plus sur l’état actuel du journalisme aux Etats-Unis, et montrent à quel point cette affaire est contemporaine de nos problèmes actuels.

 

Le premier révélateur de ce nouveau climat journalistique réside dans la personnalité même de l’homme a l’origine de ces informations, Glenn Greenwald, un journaliste activiste, longtemps connu comme un blogueur. Il a utilisé son blog pour développer une marque personnelle, en travaillant sur les questions de surveillance. Réputé sur ce sujet, il a profité de sa communauté pour avoir accès à ces informations puisque que c’est vers lui que s’est tourné Edward Snowden, l’employé des renseignements américains auteur des fuites.

 

Pour les observateurs des médias, c’est la preuve que le débat qui oppose journalistes et blogueurs n’a plus lieu d’être.

 

La pression du temps réel

 

Ce scandale a également montré à quel point la pression du temps réel change la manière de traiter des gros scoops. Le Guardian n’a pas été le seul média à révéler le scandale des surveillances des communications électroniques, puisqu’il a été épaulé par le quotidien américain le Washington Post.

 

Seulement, le Washington Post a opéré quelques changements dans son reportage originel, entre le premier sujet mis en ligne et sa réédition, quelques heures plus tard. Ce qui a gêné certains observateurs, c’est qu’en réécrivant son enquête, le quotidien a réduit un peu la dimension sensationnaliste de son premier article, assurant que neuf sociétés Internet avaient sciemment assisté les services secrets américains.

 

On lui a aussi reproché de n'avoir qu'une source pour le Powerpoint incriminant la NSA et les sociétés Internet. Certains observateurs, comme Ed Bott sur ZDNet, considèrent qu’au nom du temps réel et de la pression d’être le premier à publier une information sur internet, une institution comme le Washington Post ne fait plus son travail de vérifier les faits.

 

La course aux clics ?

 

Dernier point intéressant : la dimension économique de cette affaire, qui impacte le travail de ces médias. Pour le Guardian, le lundi suivant la révélation de l'identité d'Edward Snowden a généré un record d'audience pour le site. Ce qui a immédiatement jeté le soupçon sur son effort journalistique : le site est-il motivé par le sensationnalisme pour des raisons économiques ? Ou a-t-il simplement su compenser une baisse des ressources pour investir dans l'investigation par le recours à des journalistes plus passionnés, plus activités, mus par leur passion personnelle pour faire un excellent boulot ?

 

Marie-Catherine Beuth est journaliste, spécialiste des nouveaux médias au Figaro. Elle est en ce moment Knight Fellow à Stanford aux Etats-Unis, où elle travaille au développement d'une application média qui doit modifier notre manière de nous informer en fonction du temps que nous pouvons consacrer à la lecture des actualités. Elle est l'auteure du blog 
Étreintes digitales. Chaque semaine, dans l'Atelier des médias, elle s'arrête sur l'un des aspects de la r/évolution des médias actuellement en cours.

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