Oui, pourquoi pas?! Il serait en effet  possible de constituer son propre portefeuille de données et tirer bénéfice de leur commerce en vendant par exemple ses données de brossage à un fabricant de dentifrice, son génome à un laboratoire pharmaceutique, ou en révélant sa géolocalisation en échange d'une ristourne au restaurant du coin. Sur le coup, l'idée paraît tentante mais sommes-nous prêts à échanger toutes les informations sur notre vie contre de l'argent?

C'est l'option trouvée en tout cas par des voix influentes comme celles de l'essayiste et chef d'entreprise Jaron Lanier ou du chercheur en Informatique Alex Pentland pour contrer le monopole des grandes entreprises comme Facebook et  Google qui collectent à grande échelle les traces laissées par les internautes sur les sites et qui font preuve d'ingéniosité pour connecter tous les objets du quotidien et ainsi augmenter le produit dont eux ils disposent comme bon leur semble.

Cette information est révélée dans un article intitulée "De l'utopie numérique au choc social" paru dans le dernier numéro du Monde Diplomatique (soit dit en passant, vous devrez vraiment -sérieusement- vous abonner à ce journal. Je ne peux que vous donner l'aperçu d'un article parmi tant d'autres), écrit par Evgeny Morozov. Celui que plusieurs considèrent comme technophobe  émet plusieurs réserves sur cette position de Jaron Lanier et Alex Pentland.

Selon le chercheur, l'idée des données comme une propriété privée ne fera qu'accentuer l'"internet des objets" et donc la place des grands groupes numériques.

En effet, Google continuera à insérer dans nos maisons des gadgets qui en réalité ne servent en priorité que ses intérêts économiques puisqu'il nous aurait simplement convaincus de leur utilité  . Le seul élément qui viendra troubler le géant américain c'est la concurrence commerciale et non un semblant d'éveil moral quant à l'importance de disposer soi même des informations qui nous concernent.

La concurrence étant une règle dans le système néolibéral américain, l'information sera donc plus que jamais réduite à une marchandise alors qu'il faudrait tenter de l'extraire. (Je ne sais pas vous mais je n'apprécie pas beaucoup en ce moment de recevoir dans ma boite aux lettres postale des publicités de site sur lesquels j'ai jamais donné mon adresse)

Comment sommes-nous arrivés donc là? Au point où tout le monde accepte cette situation et semble ne rien vouloir caché?

Pour Evgeny Morozov, cette situation proviendrait de l'omnipotence accordée à la technologie par les politiques. Ce pouvoir accordé aux nouvelles technologies aurait poussé les Etats à fournir des données aux entreprises du secteur afin de leur permettre de se développer. Ainsi, avec la limitation du rôle de l'Etat au fil des années, de nouvelles entreprises qui font partie du même cercle financier et anarchiste que Google et Facebook font leur entrée et prônent une nouvelle "économie du partage" sans intermédiaires. C'est le cas par exemple des services comme Uber et AirBnb qui bousculent la stabilité du secteur de l'hôtellerie et des taxis.

"Dans leur système, le travailleur, radicalement individualisé, ne bénéficie que d'une protection sociale symbolique; il assume les risques qui pesaient auparavant sur les employeurs; ses possibilités de négociation collective se réduisent à néant".

dit-il.

En terme plus simple, tous les utilisateurs de ces services travaillent en quelque sorte pour l'entreprise de médiation qui fait donc moins de dépenses et plus de marges. Cependant, je dois reconnaître que tous ces nouveaux services stimulent, créent de l'émulation et de l'innovation au cœur des secteurs traditionnels.

Dans ce monde autorégulée par le marché, que dis-je d'avis d'utilisateurs (je me corrige avant que vous ne me traiter de gauchiste ..), la loi a de moins en moins sa place et Evgeny Morozov se demande pourquoi on ne s'en débarrassera pas alors.

Ce dernier va même plus loin en disant que  l'économie de partage tend à devenir une norme de nos jours, norme qui risque de mettre à l'écart tout ce qui ne veulent pas s'y conformer à l'avenir.

Tenez la dernière fois, j'ai traité une amie de dépensière parce qu'elle préfère prendre un billet de train à 145 euros que de voyager en covoiturage à seulement 35 euros. (Bon en réalité, je lui ai sortis des arguments écologiques  aussi mais je pensais surtout que c'était un gaspillage de sa part...)

Alors quels sont les limites de cette économie de partage? Qu'à t-on le droit de partager ou non? Pourquoi faire ces choix? Avec qui partageons nous ces données?  Sommes nous informés de l'utilisation qui en est faite?

Je sais, ces questions ne sont pas nouvelles mais les moyens et outils mis en œuvre pour nous soutirer toujours plus de données le sont par contre et sont à juste titre ou pas considérer comme un progrès de notre société alors que dans le même temps Douglas Merill, cofondateur de ZestFinance affirme:

"Toute donnée personnelle est pertinente en termes de crédit"....

Affirmation à laquelle Evgeny Morozov répondra à la fin de son article en disant:  

"On se retrouve à débattre de la manière dont un écran d'Ipad conditionne les processus cognitifs de notre cerveau, au lieu de comprendre comment les données recueillies par notre IPhone influencent les mesures d'austérité de nos gouvernants".

Je vous recommande vivement d'acheter l'article en entier ici  mais surtout de vous abonner au Monde Diplomatique.

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