La question pourrait paraître être un affront dans le contexte où les journalistes sont formés à utiliser un ordinateur portable et smartphone.

Ce dimanche 18 septembre, je me suis surpris en train de regarder la rubrique protestante de l'émission de France 2 consacrée aux religions. Je crois que je me suis arrêté sur la chaîne publique française parce qu'elle diffusait le portrait de deux femmes, rédactrices en chef du journal Réformes, Dominique Guiraud et Nathalie Leenhardt. L'objectif de l'élément était de montrer comment elles réussissent à tenir l'hebdomadaire et comment elles comptent le maintenir à flots.

L'une des rédactrices en chef a expliqué que le journal comptait encore sur les abonnements (7 000), mais que le nombre de lecteurs en ligne augmentait très bien. Ils sont 300 aujourd'hui contre 200 en 2015. Une bonne nouvelle, a-t-elle semblé dire. Ces 300 abonnements représentent également une partie des récettes de l'entreprise. C'est ridicule, mais c'est pas mal pour un papier confessionnel.

Du NewYork Times en ligne en passant par Politico, de Médiapart en passant par le site web du Monde, le web s'est imposé comme l'avenir de la publication pour de nombreuses maisons occidentales. Par une translation somme toute logique, il apparaît également que l'Afrique est le prochain horizon du développement des sites web d'actualité. Il suffit pour s'en convaincre de jeter un coup d'œil à ce que font par exemple Le Monde et Le Point.

Mais au-delà de ces grandes marques internationales, y a-t-il un horizon en ligne pour des pure-player made in Africa ?

Il faut comprendre. L'univers des médias en Afrique est trop souvent chaotique, sans organisation véritable. Les entreprises ne sont pas souvent rentables même si certains patrons de presse ne croupissent pas dans la même misère que leurs journalistes. Chaque jour est un chemin de croix dans une grande partie des rédactions du continent.

Dans ce contexte, une idée tend à se répandre selon laquelle le web pourrait permettre de relever le secteur. Nombre de médias, surtout des journaux, ont créé des sites web il y a 10 ans. Un effet de mode. Mais au fil du temps, ces plateformes cosmétiques sont devenus des gouffres à sous pour les rédactions et tendent à être le fardeau du secrétaire de rédaction chargés de "pousser" les articles de la version papier en ligne.

Les personnes qui ont réussi à trouver un moyen de faire de l'argent en ligne doivent bien garder leur secret. En réalité, il me semble que les médias en Afrique vont vers le web comme le mouton va à l'abattoir : sans objectif.

Que cherche-t-on quand on créé un média web en Afrique ? Combler le gap que ne peuvent couvrir les messageries en charge de la distribution, faire face au coût élevé du journal, relancer les ventes, permettre aux patrons de presse de faire des économies, contourner la pression du gouvernement ?

Jusqu'ici, je ne sais pas si on peut affirmer que le journal papier est arrivé au bout de sa logique dans un contexte où il n'a jamais vraiment connu un développement à l'abri des pressions.


J'entends souvent dire que l'Afrique est un paradis pour les smartphones et qu'il s'agit de supports idéaux pour diffuser des nouvelles. Des nouvelles gratuites sans doute et sans grande valeur ajoutée à la fois pour le lecteur et pour l'entreprise . N'est-il pas temps de faire la promotion d'entreprise de qualité, robuste et innovante - pas seulement en termes de start-up numériques - afin de relancer des médias de journalisme en Afrique ?

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