Depuis plusieurs années, la Grèce est sur le devant de la scène médiatique en raison de sa dette publique, des mesures d'austérités imposées par la troïka ou encore la forte ascension d'Aube dorée - le parti d'inspiration néonazi - qui est, à présent, la troisième force politique du pays. Aujourd'hui, c'est le nouveau gouvernement de coalition gauche radicale/droite populiste qui est sur toutes les bouches. Afin d'en savoir plus, Céline Antonin, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économique (OFCE) et maître de conférences à SciencesPo Paris, répond à quelques questions.

Founé Diarra : Comment expliquer la formation d'une coalition de gauche radicale (Syriza) avec un parti de droite populiste (ANEL) ?

Cécile Antonin : Cette configuration s'explique essentiellement par le fait que ces deux partis sont hostiles à l'austérité et ils sont dans une position, une volonté de tenir tête à la troïka (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). C'est cette envie de mettre un terme à cette austérité et de retrouver une certaine souveraineté, si tentée que cela soit possible, qui unit la Syriza et l'ANEL.

Peut-on dire qu'il s'agit d'une alliance contre nature selon les dires de certains membres de la Syriza ?

Effectivement, sur l'échiquier politique on peut se dire qu'il y avait des partis qui en termes de positionnement à gauche étaient plus proches de Syriza que ne l'est le parti souverainiste. Du coup, c'est une alliance qui paraît peu naturelle, mais en même temps quand il y a une convergence d'intérêts, comme c'est le cas ici, cela n'est pas si étonnant.

La troïka (Union européenne, Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international) doit-elle s'inquiéter pour la Grèce au lendemain de la formation du gouvernement Tsipras ? 

La troïka et le nouveau gouvernement grec devront négocier de part et d'autre et il faudra voir comment cela va prendre forme. La Grèce est toujours engagée dans un plan d'aide qui lui ait accordé par ces trois institutions et dont elle  profite encore maintenant. Pour avoir cette aide, il y a bien sûr des contreparties, c'est que la Grèce doit mettre en place un certains nombres de réformes structurelles d'ajustements et donc, une politique d'austérité. Il est évident qu'elle ne peut pas s'abstraire du jour au lendemain de cette aide, car elle aura beaucoup de mal à se financer par ailleurs. Actuellement, le pays ne peut emprunter qu'à court terme sur les marchés et c'est insuffisant pour qu'elle puisse honorer l'ensemble de ses engagements. En ce sens, la troïka sait qu'elle dispose d'un pouvoir de pression sur l’État grec qui est quand même assez important. Et en même temps la Grèce - bien que cela soit très compliqué dans les faits - peut aussi décider de menacer la troïka pour un défaut partiel ou total. Je pense que des deux côtés, il faudra transiger de toute façon. À mon avis, la troïka est davantage en position de force que ne l'est la Grèce.

En France, deux partis, diamétralement opposés sur l'échiquier politique peuvent-ils s'allier en vue de composer un gouvernement ?

La situation grecque est très spécifique et en France, nous n'avons pas connu le même contexte économique, c'est-à-dire une baisse des richesses d'un tiers du produit intérieur brut en cinq ans, l'austérité que connaît les Grecs, avec le salaire minimum réduit de 25 %, des retraites divisées par deux pour certains, des salaires amputés de 30 % dans certaines professions libérales, nous ne sommes pas dans cette configuration. C'est vraiment une austérité très dure qui a été subit par la population et qui a permis à Syriza d'accéder au pouvoir. En France, il y a eu des mesures de rigueur, mais selon moi, ce n'est pas comparable. L'arrivée d'un parti comme Syriza au pouvoir en France me semble beaucoup moins probable et du coup, pour une telle alliance chez nous, je ne vois pas qui aurai pu s'allier avec qui. Le cas grec ne me paraît pas du tout transposable à la France.

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Journaliste au Point Afrique je suis toujours à la recherche de nouvelles collaborations.
Blog : founediarra.wordpress.com
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