Audrey Tang est une activiste taïwanaise spécialisée dans la programmation informatique. À 13 ans seulement, elle se plonge dans les rouages du World Wide Web. Cette programmeuse taïwanaise a choisi de mettre son talent au service de la démocratie de son pays en créant plusieurs outils qui favorisent, entre autres, sa transparence. En mars dernier elle était invitée au Personal Democracy France, le rendez-vous des technologies civiques et politiques. Nous avons profité de sa venue en France pour la rencontrer et vous dresser le portrait de cette surdouée de l’informatique.

Elle crée son premier programme informatique à 8 ans et prend sa retraite à 33

Audrey est née à Taïwan, en 1981. Avec sa famille, elle déménage en Saar-Lor-Lux (une euro-région composée de la France, du Luxembourg, de la Belgique et de l’Allemagne) où elle passe son enfance et “grandit parmi des exilés de Tienanmen”.
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À l’époque, son père est doctorant et étudie les mouvements étudiants de Tienanmen (manifestations contre la corruption chinoise en 1989 à Pékin) auxquelles il a participé. C’est lui qui lui transmet cette curiosité pour les questions relatives à la société civile, au concept de révolution et à la démocratie dans son sens le plus fort, étymologique (le pouvoir du peuple). Fascinée par les mathématiques et la musique, elle se lance dans la programmation informatique à l’âge de 8 ans et crée son premier programme... sur du papier !

« J’ai commencé à écrire et à composer très jeune et j’ai toujours vu l’ordinateur comme une feuille blanche pour écrire ces musiques et ces poésies.»


Quatre ans après, en 1994, Audrey retourne vivre à Taïwan. À 13 ans elle participe au tissage du World Wide Web (le web) et quitte définitivement l’école qui ne la satisfait pas.

«J’ai découvert que peu importe ce que j’apprenais à l’école ou même à l’université, ça avait toujours 10 ans de retard... J’avais l’impression de vivre 10 ans dans le futur rien qu’en collaborant avec des chercheurs sur Internet.»


Audrey Tang commence donc à travailler à l’âge de 13 ans. Face à notre étonnement elle répond tout naturellement que “ça va, c’est légal”. La première startup dans laquelle elle s’investit une maison d’édition, “The Informationist”. Elle y publie le livre “Roads to Cyberspace”. À 15 ans elle fonde sa première startup, MoeDict, un moteur de recherche dédié au mandarin. Tout ça c’était en 1996, lorsque sur le web, tout était à inventer. Puis elle s’investit de plus en plus dans les communautés en ligne, en particulier dans les communautés de développeurs open source. Audrey Tang est aussi connue pour avoir coordonnée le projet Pugs. Pugs est une sorte d’interprète du langage Perl 6. Il permet ainsi de rendre plus lisible, plus accessible et donc plus facilement réutilisable, l’architecture des réseaux.

«J’ai travaillé sur Pugs, qui est une nouvelle exécution, une remise à niveau du langage informatique Perl. Le langage Perl est un des premiers, si ce n’est le premier, de ce que nous appelons un langage de script, qui est le langage utilisé pour construire des sites web.»


Comme elle le raconte à Rue89, Audrey part vivre dans la Silicon Valley où elle mène une carrière d'entrepreneur. Elle rentre ensuite à Taïwan et décide de prendre sa retraite à 33 ans pour “laisser la place aux jeunes sur le marché” nous raconte-t-elle. Elle continue quand même à faire du conseil pour le secteur privé, pour Apple par exemple. Indéniablement précoce, Audrey a appris vite, a travaillé vite, et a créé beaucoup.


À Taïwan l’Internet est né en même temps que la démocratie

Le contexte politique de Taïwan est fortement lié à l’intérêt que porte Audrey pour les questions de citoyenneté. Internet est né seulement trois ans après la fin de la loi martiale, qui donnait au président chinois le pouvoir de contrôler Taïwan et ainsi d’empêcher toute opposition de s’exprimer. Les premières élections taïwanaises au suffrage universel direct n’ont lieu qu’en 1996, avec l’élection de Lee Teng-Hui. En fait, à Taïwan, l’Internet est né en même temps que la démocratie. Pour Audrey, c’est cela qui fait toute la différence entre un digital native européen et un digital native taïwanais.

«C’est la même génération qui a voté pour les premières élections et qui a participé à la création du web mondial.»

Fin 2012, Audrey lance avec des hackeurs le mouvement g0v zero :

«En fait tous les sites gouvernementaux taïwanais finissent par “gov. tw”. L’idée c’est simplement qu’en changeant le “O” de gov en zéro (0) sur son navigateur, on arrive sur une sorte de site web gouvernemental fantôme qui montre les mêmes informations mais d’une manière plus lisible, plus agréable, avec des visualisations interactives. C’est comme une super structure qui englobe toutes les initiatives de hacking civique à Taïwan.»

Crédit : chine.blogs.rfi.fr

Avec g0v zero, Audrey s’est impliquée dans le Mouvement Tournesol des Étudiants de 2014, qui s’est traduit par l’occupation du Parlement pendant 22 jours afin de protester contre la ratification d’un traité commercial avec la Chine.
Elle a profité de cet évènement pour créer, avec les autres hackeurs de la communauté, un site où les discussions qui se tenaient au Parlement étaient retransmises en direct et ainsi rendues accessibles à des millions de personnes en ligne.

«G0v zero a servi d’outil à l’échelle nationale et internationale pour la traduction et la logistique de ce mouvement d’occupation. L’idée était d’atteindre au moins la moitié de la population à Taïwan. Et d’ailleurs, un demi-million de personnes ont manifesté dans les rues en soutien à cette cause. Après cela, le paysage politique tout entier a changé.»

En France, elle s'est principalement faite connaître grâce à l'évènement La Nuit des Idées, une soirée de débats et de rencontres avec des femmes et des hommes du Quai d’Orsay.

Quant au mouvement français Nuit Debout, même si elle ne s’y est pas encore rendue physiquement, Audrey Tang dit être “heureuse de voir que la commission numérique de Nuit debout a adopté plusieurs outils mis en place pendant le Mouvement des tournesols”. Quand on lui demande ce qu’elle pense de la mobilisation en ligne de Nuit Debout, elle répond : “c’est comme si je vous demandais si les votes blancs étaient suffisants... C’est un bon début. C’est comme cliquer sur le bouton “j’aime” d’un réseau social.

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Le scri
pt de l'interview



“Vendredi 20 mai, la nouvelle présidente de Taïwan, Dr Tsai Ing-wen, a officiellement pris ses fonctions. Le premier ministre sortant, Simon Chang, était un ingénieur de Google non affilié à un parti. Son successeur, l’économiste Lin Chuan, est également un indépendant. Les deux hommes se sont mis d’accord sur un transfert transparent du pouvoir, avec publication en ligne des documents des différents ministères.
[Lire la suite de l'article d'Audrey Tang pour lemonde.fr]

Le Medium d’Audrey Tang

Son compte Twitter

La présentation d'Audrey Tang du 1er mars à l'occasion de Personal Democracy France

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