ENQUÊTE/CI/ PROXÉNÉTISME DES MINEURS ET PROSTITUTION DANS LES MAISONS CLOSES

Quand la dépravation des moeurs est érigée en règle d'or

Le proxénétisme des mineurs n'est pas développé en Côte d'Ivoire. Par contre la prostitution des mineurs et celle dans les maisons clauses a pris de l'ampleur ces dernières décennies en Eburnie. Incursion dans cet univers dans lequel la nuit tombée tous "les chats sont gris". 

L'âge des prostituées mineures à Abidjan varie entre 10 et 15 ans. Une exploitation sexuelle qui a pris de l'ampleur ces dernières décennies en Côte d'Ivoire au vu et su des autorités compétentes. Ces "nourrissons", qui n'ont même pas atteint l'âge de la puberté vendent leur corps à 1000FCFA aux fins de subvenir à leurs besoins personnels et à celui de leurs familles.
La crise politico-militaire qui a secoué la Côte d'Ivoire, ces dix dernières années pendant laquelle il y a eu un fort taux de mouvement de personnes du nord au sud, en est l'une des causes fondamentales.
Des conditions de vie précaire, un seul et maigre repas par jour pour une famille qui a triplé voire quadruplé. Une extrême pauvreté qui pousse ces mineurs à se livrer à la prostitution corps et âme sans sourciller.
Une récente enquête menée du 21 au 31 Juillet 2011 par la présidente de l'ONG Siloe, Troh Thérèse Diane dans le cadre de la lutte contre l'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales(Esec) est édifiant. Voici en substance les résultats du rapport :
Résultats

- 84 ,8% affirment avoir connaissance de l'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales ;
- 32,36% des enfants reconnaissent être -mêmes des victimes (prostitution enfantine et tourisme sexuel) du fait de la pauvreté et des dysfonctionnements familiaux ;
- 46,25% des victimes se trouvent dans le milieu scolaire et 32,1% travaillent dans les bars, les night club, les restaurants ;
- Toutes les victimes, nourrissent le désirent d'arrêter ;
- Du point de vue de la classification, la commune de Yopougon est en tête avec 43,72% des cas déclarés, Marcory-Zone 4 vient en deuxième position avec 35,4% et Adjamé 16 ,88% en troisième position. 

Du 7ème ciel à la Police judiciaire

La pauvreté est un facteur déterminant qui pousse les enfants à s'engouffrer dans le monde de la prostitution. Le proxénétisme des mineurs, pratiqué sous d'autres cieux demeure un réseau difficile à démanteler en Côte d'Ivoire et particulièrement à Abidjan. Cependant, la nuit tombée, des mineurs dont l'âge varie entre 9 et 15 ans deviennent les "reines" des chaudes soirées endiablées de la capitale économique. L'alcool, le tabac, la drogue, le sexe (naturellement) etc. tout y passe, avec des adultes. Moyennant espèces sonnantes et trébuchantes.
Une incursion à la fameuse "rue princesse à Yopougon", vers 18h30mn achève de convaincre les plus sceptiques. Au premier carrefour à gauche en provenance de la pharmacie bel air, nous sommes hélés par des gamines dont la moyenne d'âge oscille autour de 10 ans. « Mon vié, les fraichnie sont là. Tous les ressorts sont en place (entendez, mon vieux, la chair fraiche est là)», nous lance une gamine de 10 ans à peine. Regroupées à la lumière du lampadaire à la rentrée d'un couloir au fond duquel il y a des chambres de passes, vous pouvez entamer la discussion. Ici on ne parle pas d'heure. La question évoquée c'est la jouissance. 1000 FCFA pour une jouissance. Si le marché est conclu, vous payez 500 FCFA pour la passe cela revient à 1500 FCFA. Il y a tous les prix. La pipe à 500 FCFA, se fait dans le couloir non éclairé qui mène vers les chambres de passe. Non sans danger. « Il y a des gens qui sortent souvent du couloir nu», nous explique un tenancier de maquis dont le bar est à quelques mètres du couloir. Je veille avec ces filles ici. « Si vous êtes intéressé, il est préférable de prendre une chambre d'hôtel en face », nous conseille t-il. En effet, juste à l'opposé de la voie qui mène à "la rue des princes" (rue située à l'opposé du boulevard principal, passant par la pharmacie bel air jusqu'au "complexe Jessie Jackson", il y a un hôtel, en plein quartier (Selmer). Ici, la sécurité est au mois, de mise.
Il n'y a donc, pas de personnes qui tirent directement des dividendes de la prostitution de ces mineurs en ce lieu.
Par ailleurs, elles ne sont pas là comme « des poulets sans propriétaires ». Ces prostituées sont « sécurisées» dans leurs différents périmètres par de gros bras. A qui elle verse chaque jour, 1000 FCFA. Peu importe la recette que fera la belle de nuit. Retirés dans les pénombres de la nuit, aux encablures des lieux où ces filles jubilent à la recherche de clients, ces anges-gardiens suivent les pas, mouvements et gestes de ces dernières. A la moindre dispute, le client en sort dépouillé de tous ces biens.
Aussi, n'est-il pas rare de se voir proposer du chanvre indien en ces lieux où l'alcool, le sexe et autres dérives se côtoient et s'entremêlent.
Malgré cette vie dans laquelle il est difficile de trouver ces jeunes prostitués dans un état de lucidité, les mineurs gardent une certaine sérénité doublée d'un intelligence ( ?) qui finit par payer. Ce sont elles qui imposent les préservatifs (qu'elles ont pris le soin de percer » aux clients. La plupart du temps le client, qui arrive dans un état d'ébriété et qui n'a pas le temps de faire la part des choses, se prête volontiers à l'offre( ?) Ce n'est qu'après, qu'il est mis au banc des accusés. Pour « avoir sali » la prostituée. Du couloir, l'affaire finit devant la Police judiciaire (Pj) où elles posent le plus souvent plainte. Non sans avoir dépouillé l'infortunée de tous ses biens en complicité avec « les gros bras ». « Ce sont des cas que nous réglons régulièrement à nos bureaux », soutient un agent de cette police
Comme les fillettes et leurs accompagnateurs sont des personnes qui n'ont rien à perdre, c'est avec beaucoup de tact que ce genre de problème est réglé à la Police judicaire.

Une autre forme de proxénétisme qui a fait feu de tout bois dans les cités "U" et dans des Clubs privés

Cependant, pendant les dix ans de crise, la prostitution a atteint les cités universitaires, et a même été érigée en règle d'or dans campus. « On proposait des étudiantes avec qui ont partageaient certaines confidentialités à nos gourous, de hautes personnalités de ce pays et le coup est joué », se rappelle un membre influent de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (Fesci) qui a requis l'anonymat. Une pratique qui, selon lui les permettait de garder de bons contacts avec de hautes personnalités, et à rentrer dans leurs cercles fermés et vicieux. « Il y a des bars climatisés, des lieux privés où on allait avec ces filles les attendre, mais comme le régime est tombé, tous ces lieux ont baissé pavillon et nous ne contrôlons plus rien », regrette l'étudiant. Dont la majorité de ses « boss » travaillaient à la présidence. J'ai des amis qui avaient pour client des directeurs généraux, des élus et hauts cadres. « N'interprétez-pas cela en termes de parti politique. C'est en termes de moyens financiers colossaux ; parce qu'en même temps que ces messieurs qui s'occupaient de ces filles, ils faisaient face à nos besoins financiers », explique K.R de la cité universitaire ("U") de Toit-rouge Cocody. Une pratique qui selon lui se faisait dans toutes les cités. Pour joindre l'acte à la parole, il appelle l'une de ses « copines» sur le dos de qui il s'est beaucoup sucré. « Frère, as-tu un plan pour moi ? (il met son cellulaire portable sur haut parleur), s'interroge la fille de l'autre côté du bout du fil. « Non juste un bonjour, et garder le contact», répond-il pour nous assurer des relations qui existent entre lui la prostitué de luxe. « C'est la plupart de ces filles qui ont des voitures de dernières marques et qui habitent dans des quartiers huppés de la capitale», soutient le Fesciste. Selon notre interlocuteur, seuls des étudiants ne s'adonnaient pas à cette pratique ; il y a des personnalités sous le couvert de mouvement de soutien de l'x-parti au parti au pouvoir qui se faisaient de l'argent dans cette « honteuse » pratique. « Il y a un monsieur qui le jour était défenseur indécrottable du président Gbagbo à travers son mouvement de soutien à ce dernier, mais la nuit tombée, il devenait un proxénète haut de gamme, dans son Club privé à Cocody. Comme il avait une entrée facile au Palais, il se déplaçait régulièrement dans les différents bureaux de ces bosses avec ces filles et invitait ces derniers à son lieu privé. Une fois au rendez-vous la nuit tombée il prenait soin de filmer tout ce qui se passait à ces yeux et faisait du chantage. Il avait des amitiés avec des artistes, des stars, des journalistes etc. Je ne veux pas désigner quelqu'un, mais comme vous êtes journaliste vous pouvez deviner, puis qu'il a déjà changé de camp, même s'il n'a pas encore relancé cette activité». Un témoignage qui achève de convaincre que le vers est dans le fruit. Et ce ne sont pas tous ceux qui roulent carrosse, tiré dans des dernières tendances qui sont de bonnes mours.

Treichville, Zone4, Cocody des maisons closes ou l'amour à ciel fermé, couleur arc-en-ciel

Les quartiers comme Treichville, Zone4, Cocody sont réputés pour les Club privés et autres bars climatisés. Dans ces lieux de luxe, il y a des prostitués de classe et de luxe.
En zone4 par exemple, dans certains Club privé et même des bars climatisés, on n'attend pas la tombée de la nuit pour faire l'amour à des prostitués. Le jeu de jambe en l'air se fait aux yeux des clients qui, la plupart sont autour d'un pot en pleine discussion avec leur cliente. Ce, dans une atmosphère où l'éclairage laisse la place aux jeux de lumière, couleur arc-en-ciel. Dans cet autre univers où seuls les plus nantis peuvent s'y hasarder, « les veilles-mères » n'y ont pas leur place. Et pour cause, c'est apparemment nue comme un ver de terre que les filles se promènent. Elles mettent alors en valeur toutes les rondeurs qui captivent les clients. Entre midi et deux, il n'est rare de croiser des « boss » en ces lieux. « Nous gagnons facilement notre pain à la sueur de nos fesses», nous rétorque, Lydie qui n'a cessé de nous suivre dans nos actes et mouvements. « Nous fixons nos prix à la tête du client », nous indique t-elle. En effet, une partie de jambe en l'air va de 10 à 100 000 FCFA.
La prostitution se présente à Abidjan comme un véritable fléau auquel le gouvernement gagnerait à y faire face.

SERIBA KONE, source lebanco.net
seriba67@yahoo.fr

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Balises : ABIDJAN, BAR, CLIMATISE, PRINCESSE, PROSTITUTION, RUE, TREICHVILLE, ZONE4, cocody

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