En sortira-t-on un jour ?

« Seule lavérité est révolutionnaire ». Antonio Gramsci

Plus besoin de se mentir. La situation du peuple haïtien devient de plus en plus complexe ces jours ci. Bien avant la réalisation des joutes électorales du 28 novembre 2010, des questions fusaient de partout ; particulièrement des lèvres de la grande catégorie : celle qui partage, depuis le douze janvier, son quotidien entre la misère et la déception, la honte et la peur, l’incertitude et la désillusion. Cependant un seul fait ponctuait  la réalité. Aujourd’hui encore, tout le monde parle d’élection même s’il s’apprête à commémorer la mémoire des victimes de la catastrophe de janvier 2010. Et, de tous ces discours s’articulant autour de la course, la question reste imminente : en sortira-t-on un jour?

Depuis la publication du décret présidentiel en date du 24 juin 2010, habilitant le conseil électoral provisoire (C.E.P) à réaliser les élections présidentielles et législatives sur toute l’étendue du territoire national, c’était le calme plat. A peine avait-t-on enregistré certaines manifestations organisées dans la zone métropolitaine par certains secteurs de la vie nationale pour dire non au mépris du gouvernement à l’endroit de la population haïtienne aux abois. Des actions revendicatives qui n’inquiétaient et ne faisaient trembler personne. Pendant ce temps, les politologues, les ministres et même l’exécutif pensaient avec la tête froide. Les membres de la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH) se contentaient d’approuver des projets. Les envoyés de la communauté internationale observaient. Les candidats, venant de divers partis et regroupements politiques, faisaient campagne. C’étaient la priorité de l’heure. Tout le monde pouvait comprendre. Et, le peuple, quant à lui, n’a pas cessé d’attendre et d’espérer.

La rentrée des classes s’annonçait en beauté cette année là. Elle offrait à plus d’uns la possibilité de revoir leurs amis, de dire, de raconter où ils avaient passé les vacances, rencontrer des amis-camarades perdus de vue pendant environ un mois. C’était également la grande occasion pour des directeurs de construire un capital économique au dépend des parents. Des parents soucieux, rêvant d’assurer l’avenir de leurs enfants. Qu’il pleuve, tonne, grêle et neige, les élèves devaient rentrer en classe puisqu’il faut respecter les décisions étatiques. Il faudrait qu’ils s’y rendent même lorsqu’ils ne trouvaient que des trottoirs encombrés de décombres, d’immondices, de marchands, de tentes etc.… Les élèves ont été à l’école, question de trouver une activité capable de leur  faire oublier le réel.

Sur ce même territoire, où, également toutes les conditions étaient déjà réunies pour se faire pendre, un autre groupe rêvait de reprendre cette expérience. Il voulait se rendre à l‘école. Car, estimait-il, c’est sa seule porte de sortie. Mais, il n’y arrivait pas. Il s’était plutôt vuobliger de faire corps avec la misère, d’entonner un hymne à la résignation et de danser la danse macabre que le réel haïtien propose et impose quotidiennement. Tandis que, gouvernés et gouvernants parlent de liberté, d’égalité et de fraternité. Ils leur arrivaient même de parler de démocratie. Jamais ils n’osent évoquer la question de la souveraineté. Des mots qui, conformément à la réalité factuelle, renvoient à un flou conceptuel.

Face à de telles crises existentielles et de luttes acharnées pour la survie, ne devrait-on pas questionner sérieusement l’ordre naturel établi depuis la nuit des temps ? Aurait-il été juste de penser hiérarchie si cette dernière ne peut, dans une certaine mesure, réfléchir pour la collectivité ?

Toujours dans le domaine de l’éducation, un professeur avait trouvé la mort le 9 octobre 2010, suite à la tension qui montait devant les locaux du Ministère de l’Education Nationale. Il faisait partie d’un groupe de syndicalistes qui, à maintes reprises, essayait de tabler avec le gouvernement autour de la précarité de la chose éducative et du mauvais traitement des enseignants. Ce jour là, il manifestait en compagnie de ses camarades syndicaux. Un agent de la Police Nationale, pour rendre plus tendue la situation, lui avait offert en cadeau une bombonne de gaz lacrymogène dans la tête. C’était une affaire classée !

 Contestée, mais attendue

 La journée du dimanche du 28 novembre arrive. Elle était très contestée, mais attendue.  Au début de la matinée, vers six heures, tout était calme. Malgré l’écho répandu à travers tout le pays surtout en ce qui concerne la non-crédibilité du Conseil Electoral Provisoire, la tension qui planait sur toute la nation, les nombreuses irrégularités, les cas de fraudes et quelques mouvements de protestations enregistrés au cours de la journée, massivement, la population s’était présentée aux urnes, dont chaque citoyen voulait remplir son devoir civique. Elle aspirait (la population) au changement.Aspiration qu’elle n’a de cesse quérir à chaque gouvernement qui accède au pouvoir depuis l’indépendance du pays, le premier janvier 1804.

Seize heures sonnaient à peine. C’était déjà la fin de la course pour le fauteuil présidentiel achevée sur fond de protestation et de manifestation. Le peuple a investi les rues de la ville tout en proclamant Michel Joseph Martelly comme successeur de René Préval. Pourtant, une seule entité avait la voix aux chapitres. Quatre heures plus tard, elle estimait que la journée électorale a été « bouclée et réussie », alors que, vers douze heures, une coalition de douze candidats exigeait l’annulation du scrutin.

Le suspens allait durer encore. Il a fallu attendre la publication officielle des résultats préliminaires du suffrage prévu pour le  7 décembre dernier. A la tombée de la journée, une seule voix retentissait dans tout le pays via les médias radios et télévisions du pays, celle du Porte Parole du CEP, Richardson Dumel. Sans perdre une seconde de plus, il s’est vite retiré du centre de presse. Depuis ce mardi soir, Haïti était devenue le théâtre de violents affrontements entre manifestant, forces de l’ordre et partisans du parti « inite ». Lesquels partisans de parti avaient donné la mort à plusieurs personnes habitant les aires du Champ de Mars des suites du séisme. Les portes d’Haïti ont été fermées à double tour. Les vols étaient suspendus. Des barricades de pneus enflammés, des poubelles, des pierres et d’immondices jonchaient les artères de la capitale. Des institutions sont parties en fumée, cassées et pillées. Le tout constituait le décor de ce pays qui proteste les résultats du vote.

Derrière leurs murs hautement sécurisés, les membres de la communauté internationale, sérieusement impliqués dans les affaires électorales estimées « réussies et bouclées » selon les propos du chef de la MINUSTAH, Edmond Mulet, en avaient pris leur distance en publiant une note stipulant que « le vote du peuple doit être respecté ».

La présidence ainsi que les différents candidats, ajoutés aux hommes politiques nationaux et internationaux n’ont pas manqué de dire leurs mots sur la crise. Même l’institution religieuse , pour calmer la tension, s’était mêlée de la partie comme entité morale du pays. Moralité. Un mot dont on ne peut percevoir facilement le sens. Un mot qui dit beaucoup.  Un mot qui devrait porter le peuple haïtien  à  voir la religion sous un autre angle. Aussi ne faudrait-il se demander de quelle moralité voulaient-elles parler, ces personnalités ?

Une réalité inégalable

En somme, c’est maintenant plus qu’une évidence. Rien ne peut égaler la réalité factuelle et actuelle du peuple haïtien. L’espoir ne fait que s’accroitre de jour en jour et, à chaque gouvernement qui arrive au pouvoir, c’est toujours le même refrain, les mêmes discours et les mêmes pratiques sociales politiques et économiques. Dommage, allant de coup d’état en coup d’état, au propre et au figuré, on attend toujours. Trouver une certaine amélioration de la condition de vie de l’haïtien reste une utopie. Plus de deux cents ans se sont écoulés de façon marginale. Monsieur « goudougoudou » arrive et offre une opportunité à la société  pour se reconstruire et sortir de son enlisement ethno-socio-historique. Jusqu’à présent, personne ne comprend ce qui se passe. Alors, faut-il, tout de même, continuer à espérer ?

 A cet effet, oser affirmer que l’espoir n’aura pas cessé de germer dans le cœur de cette population en errance, c’est peine perdue. En Haïti, les jours passent, se ressemblent et les mêmes inquiétudes persistent. La majeure partie de la population connait une misère atroce et brutale. Des millions et des millions ont été déjà investis. La présence massive et l’implication des ONG dans le pays confirme ces millions. Personne ne sait combien en investira-t-on prochainement. C’est sûr qu’il y a et en aura beaucoup plus surtout avec l’épidémiede choléra ayant déjà causé la mort à « 3 481 personnes », selon le site du ministère de la Santé publique, le 29 décembre de l'année dernière. L’incertitude plane encore. Dans les 15 années à venir, n’aura-t-on pas une Haïti faite uniquement de tentes et d’abris provisoire avec une population considérablement réduit? A quoi faut-il s’attendre exactement ?



Joe Antoine Jean Baptiste

jjoeantoine@yahoo.fr



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