Vendredi minuit : en consultant le site de Libération, je tombe par hasard sur un article relatant l’arrestation de l’ancien directeur du quotidien ; le texte se termine sur ces mots:"Laurent Joffrin, PDG du journal et directeur de la rédaction, s'exprimera demain samedi dans la page consacrée par le quotidien à cette arrestation, sans précédent dans les annales judiciaires."L’émotion suscitée est forte, l'article est le plus consulté du site.Mais une mention indique que Libération n’a pas ouvert les commentaires. Une occasion manquée de laisser s'exprimer l'attachement des lecteurs à leur journal ?Je m’interroge ; si l’équipe de Libération avait laissé cette canal interactif accessible, aurait-elle seulement compilé soutiens ou critiques ? N’aurait-elle pas pu recueillir des éclairages intéressants ?Pour en avoir le cœur net, j’ai fait une veille pendant le WE aussi bien à travers les réactions des sites médias que dans les blogs et leur commentaires respectifs. Force est de constater que Libération s’est mis à l’écart d’un formidable conversation enrichissante.Ainsi la réaction de maître Eolas ; toujours aussi savant de la chose juridique, il rapporte l’évènement avec son humour habituel.Le juge d'instruction n'étant pas en état de recevoir l'intéressé à 6h40 du matin en raison d'une confrontation en cours avec son oreiller, il est légitime que la police le conduise au commissariat. Néanmoins, c'est dès son interpellation que le mandat aurait dû être notifié et délivré en copie, puisque c'est en vertu de l'obéissance due à ce mandat que M. de Filippis devait suivre les policiers. Or ce ne serait donc qu'une fois arrivé au commissariat que M. de Filippis a eu connaissance et s'est vu délivrer copie du mandat d'amener. Il y a là un hiatus d'une demi heure qui est anormal.[...]Deuxième irrégularité. Cette fouille corporelle est, je le crains aussi illégale qu'usuelle en ces lieux.[...]Car devinez quoi ? La loi est aussi sourcilleuse sur l'inviolabilité du domicile que des orifices corporels même si, pudique, elle se contente d'être muette là-dessus. Mais c'est en vain que vous chercheriez un quelconque texte normatif donnant aux forces de l'ordre le pouvoir de s'assurer quand elles le désirent que vous n'avez vraiment mais alors VRAIMENT rien à cacher.Je parcours avec grand intérêt les commentaires de la communauté des commentateurs de blog de Maitre Eolas. Il y en a pas moins de 400 : quand un commentaire l’intéresse, le bloggeur y répond et les commentateurs, se sachant écoutés, sont motivés pour apporter de l’eau au moulin du maître des lieux Je ne me trompe pas et je trouve mention du blog d’un connaisseur du milieu policier qui tient un blog dans le journal Le Monde (à ne pas confondre avec les blogs de journalistes).Commissaire principal honoraire de son état, Moreas explique que Vittorio de Filippis avait au préalable fait l'objet d'un mandat de comparution … habituellement délivré par un huissier :"Si tel est le cas, et s’il n’a pas déféré à cette pièce de justice, il a eu tort. Et du coup la réaction du magistrat devient légitime.L’ex-patron de Libération a alors bénéficié du droit commun : arrestation, menottes dans le dos, fouille à corps… On peut juger ça excessif, mais c’est le régime appliqué à monsieur tout le monde. Seule l’introspection anale reste équivoque."Dans ces commentaires je détecte également une information importante sur la fouille de sécurité :On a bien compris que la fouille de sécurité est souvent pratiquée de manière systématique. Le seul problème, et il est de taille, est que ce n’est pas parce que c’est dans les habitudes que c’est légal.Et quand on travaille dans le milieu judiciaire, la moindre des choses est quand même de respecter les lois qui encadrent sa profession avant de demander des compte aux autres.En l’occurrence, la circulaire du 11/03/03 relative à la garantie de la dignité des personnes placées en garde à vue (disponible à la fin de ce rapport :http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/Garde_vue_long.pdf),Un petit coup d’oeil dans la recherche de blog de Google me révèle un billet particulièrement mordant de Sébastien Fontenelle paru sur un blog de bakchich.info. Ben ouais, ma couille : ça se passe en France au petit matin, ça se passe en France à midi, et ça se passe en France aux grands soirs de la réaction, fifille (à sa mémère) de la restauration du mois de mai 2007.et d'attaquer Libé sur le terrain politique avec la une du journal lors de l'arrestation de militant de l'utra-gauche.J’ai également été frappé par l’anecdote d'un ex collègue de Vittorio de Filippis sur sont blog. Denis Delbecq ancien rédacteur en chef adjoint du site Internet de Libération, blogue sur le développement durable après avoir lancé le cahier Terre de libération :"Ce matin donc, Vitto m’appelle. Et je lui dis “tu t’es encore trompé”. Précision: Vitæ a pris la mauvaise habitude de se tromper de ligne dans l’annuaire de son portable. 100% des fois qu’il m’appelle, il cherche à joindre l’autre “Denis”, le numéro deux de l’actuel Libé, ce qui me vaut le plaisir de brèves et sympathiques conversations. Vous vous demandez pourquoi je vous raconte cette histoire? Parce que c’est une histoire de fous."Le PS qui termine son billet offre peut-être une explication sur le fond de l'affaire : "PS: au fait, l’affaire c’était à cause du commentaire d’un internaute qui avait été oublié par les modérateurs. Alors faites gaffe à ce que vous écrivez ici. Moi j’ai même pas été PDG de Libé, alors si les flics débarquent à l’aube, j’imagine quel traitement ils me réservent."Informations d’ordre juridique, constats de dysfonctionnement judiciaire, croisement de témoignages, anecdotes personnelles, … la liste est trop longue pour que je la cite complètement.Mais il semblerait qu’en fermant sa boite de commentaires à un moment aussi critique, Libération s’est privé d’éclairages essentiels.Le site ne s’ouvre pas au débat et à la confrontation d’idée comme c’est le cas sur Backchich.En n’ayant pas de plateforme blog ouverte, Libération se prive également du soutien d’éventuels spécialistes comme ce commissaire honoraire.Le sujet spécifique des commentaires je renvoi à un billet de Julien Dorra « Commentaires médiocres et sans intérêts : les 5 erreurs de Libération à ne pas commettre » et un article à venir car ca bouge dans le domaine. La semaine dernière on apprenait la mise en production d’un prochain système social sur Le Figaro et sans doute aussi sur Libération..Un perte de chances ou d’opportunité : en temps ordinaire, les journalistes de Libération n’interviennent pas dans les commentaires. On considère souvent que cela en abaisse le niveau, pourquoi ? Les internautes parlent dans le vide. Comme les enfants qui découvrent le « téléphone yaourt » ou talki walki ils tentent de dire « pipi caca ». La conséquence est qu’ils se privent de commentateurs qui pourraient leur apporter une expertise comme on l’a vu sur le blog de Maitre Eolas ou sur le blog de notre commissaire honoraire qu’hébege la plateforme de blogs du Monde.Un risque supplémentaire sur un terrain strictement juridique en modérant a priori les commentaires, Libération en deviennent l’éditeur. La Loi leur permettrait d’être un simple hébergeur avec une simple obligation de moyen de retrait de contenu incriminé et stockage des coordonnées des auteurs.Ceci n’est que le résultat d’une veille pendant le WE, quelles études pourrait-on faire ? Quelques idées en vrac:Des nuages de tag pour donner une vision de la conversation sur chacun des grands médias comme ici sur un même article.Une volumétrie de ce qui est produit par les agences et les médias traditionnel sur les blogs et les commentaires. Sur les autres journaux on dépasse bien souvent le cap des 500 commentaires, 800 commentaires sur rue89.Et pourquoi pas utiliser des logiciels de détection du plagiat pour déterminer ce qui est original et la reproduction d’une même information.J’ai constitué un corpus et je suis ouvert à vos suggestions...
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Commentaires

  • bonjour jean!
    encore une fois felicitation pour tes recherches combien fructieuses que vous venez d'effectuer!!
    merci bcp et courage!!
    ce que vous venez de reveler la bas est tres correct, il faut etre quelqu'un d'intelligent pour le remarquer;
    vous aviez accompli le role d'un vrai journaliste, coup de chapeau!!!!

    le votre
    eric casinga.
  • Donc, si j'ai bien compris, quand on ne modère pas a priori, on est hébergeur?
  • Je te répond sur ton blog.

    Je trouve très intéressant que tu cite l'article du Monde, pour ma part j'ai retenu :
    "On peut aussi considérer que l'internaute qui a écrit le commentaire est éditeur, ce qui ferait de Libération dans ce cas précis un hébergeur. Un hébergeur n'est responsable des contenus hébergés que s'il refuse des les enlever", note Me Barbry."

    En modérant à priori Libération ou d'autre site se transforment en éditeur. Comme un directeur de publication est responsable des écrit qu'il envoi sous-presse en signant un BAT.

    Il y eu des nombreux commentaires et discutions à ce sujet dans toute sorte d'affaire dont celle d'un agrégateur éditorialisé fuzz (un sujet totalement différent des commentaires)L'avocat de fuzz avait assimilé cependant flux et commentaires et conseille de ne pas " passer en modération a priori des liens ou des commentaires, puisque dans ce contexte, la personne endosse la responsabilité de ce qui est publié. Il faut à tout prix s'accrocher au statut d'hébergeur, car sinon où s'arrête-on : le blogueur devient responsable des milliards de pages publiées sur internet ?"

    Commentaire contrastés chez Eolas à l'époque
  • Mon commentaire à ton billet!
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