En mémoire d’un crime

Dimanche 2 novembre, nous célébrerons la « Journée internationale de lutte contre l’impunité des crimes commis contre les journalistes ». A l’occasion de l’anniversaire de la mort de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon, RFI, France 24 et Monte Carlo Doualiya se mobilisent. Avec un fil rouge : « Que serait un monde sans info ? »

C’est en effet le 2 novembre, jour anniversaire de l’assassinat des deux journalistes de RFI au Mali, que l’ONU a choisi pour lutter contre l’impunité envers ceux qui tuent des journalistes. Ce n’est évidemment pas un hasard puisque c’est la France qui a obtenu qu’une journée soit créée à la mémoire de nos deux reporters assassinés, crime pour lequel une enquête est toujours en cours. Que serait un monde sans info ? C’est la question que chacun d’entre nous est invité à se poser alors que le nombre de journalistes tués dans l’exercice de leurs  fonctions s’élève à près de 800 ces dix dernières années, selon Reporters sans frontières. On pense bien sûr aux journalistes irakiens ou occidentaux décapités par Daesh mais l’on peut aussi parler, rien qu’en octobre, d’Antonio Gamboa Urias, directeur de la revue Nueva Prensa, enlevé et assassiné au Nord du Mexique. Ou encore de Philémon Gira, journaliste et caméraman de la Radio télévision nationale Congolaise qui a été victime d’une attaque par balle à Goma, en RDC. Depuis le début de l’année, on compte 57 tués parmi les journalistes.

Un bilan triste, macabre et qui se traduit par des territoires désertés par l’information quand il devient très difficile pour un journaliste, sauf à risquer sa vie, de faire son métier. C’est ce que l’on voit dans cet immense djihadistan dont l’agence France Presse ne peut plus rendre compte que depuis Damas ou Beyrouth en vérifiant des vidéos amateurs ou des images de propagande de l’Etat islamique. En Syrie, dans les zones non tenues par l'armée de Bachar-El-Assad, les reporters ne doivent pas seulement être protégés des bombardements et des tirs croisés : ils sont devenus une cible. Il sont traqués et enlevés dans le but de les monnayer avec leurs gouvernements ou, pire, de les assassiner devant une caméra dans une mise en scène saisissante pour impressionner l'opinion occidentale. Mais ce monde sans info, il tente aussi d’exister dans des régions où la violence et la mort sont à ce point banalisées - comme au Nord Kivu - qu’il est à la fois dangereux et presque vain, pour un reporter, de s’y rendre.

Et pourtant, le crime contre les journalistes, même s'il reste impuni dans neuf cas sur dix, ne se banalise pas. Reporters sans frontières vient de créer un site, fightimpunity.org. A travers dix exemples de crimes dont les auteurs n'ont pas été arrêtés ni condamnés, comme celui du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer en Côte d’ivoire il y a dix ans, l’association incite les internautes à faire pression sur les autorités en utilisant l’adresse mail ou le compte twitter du chef d’Etat concerné, en l’occurrence Alassane Ouattara. Cette journée rappelle aussi aux Etats leur obligation de protéger les journalistes et de lutter contre l’impunité. RSF va plus loin en demandant la nomination d’un conseiller spécial auprès du secrétaire général des nations Unis et la qualification de « crime de guerre » le fait de s’attaquer à des journalistes. Il n’est pas absurde d’imaginer qu’un jour, les commanditaires de ces crimes seront traduits devant une Cour pénale internationale.


L’actu des médias, les médias dans l’actu : tel est le propos de la chronique d’Amaury de Rochegonde, rédacteur en chef adjoint à Stratégies, qui se propose de décrypter ce qui change les médias à l’ère numérique. Les évolutions technologiques, la crise des modèles classiques, les nouveaux vecteurs d'information... Tels sont quelques-uns des éléments qui seront explorés sur la planète média. Tout en couvrant les grands événements «médias» qui touchent la France. Une attention particulière sera accordée à l'actualité internationale des médias, notamment intéressant les pays du Sud. La chronique pourra revenir aussi avec un regard critique sur la façon dont les médias couvrent certains événements et sur la façon dont les médias sont eux-mêmes transformés par une actualité qui leur est propre.

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Amaury De Rochegonde
Journaliste, rédacteur en chef-adjoint à Stratégies, spécialités Médias et RH, chroniqueur @RFI

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