Les récents événements politiques en Egypte ont entraîné diverses réactions de la part des chefs d'Etat du monde entier. Parmi ceux-ci, Barack Obama, président des Etats-Unis d'Amérique, n'a que très rarement pris position vers l'une ou l'autre des coalitions qui se sont disputées le pouvoir dans le pays durant ce derniers mois.

Mais le 24 septembre 2013, le Président Obama a finalement tenu un discours fort adressé au président déchu Mohammed Morsi. Un discours qu'il a prononcé devant l'Assemblée générale de l'ONU, ce qui le rend d'autant plus formel et important. La Maison Blanche a formellement soutenu le gouvernement de transition qui s'est installé après la révolution populaire.

Des critiques à Morsi, mais pas seulement

Barack Obama a tenu à exprimer de vives critiques à l'encontre de l'ancien président égyptien Mohamed Morsi que le Président américain estime avoir été incapable de gouverner et de tenir ensemble les différentes forces politiques présentes dans le pays.

Obama est aussi allé plus loin dans sa critique et, pour la première fois encore, il a reconnu que la destitution de Mohammed Morsi a été la traduction d'une volonté populaire de changement, et ce même si le président déchu avait été démocratiquement élu à la tête du pays. Une première et un pas important dans les relations américano-égyptiennes, les Etats-Unis ayant toujours présenté la destitution de Mohamed Morsi comme un coup d'état de l'armée.

Mais lors de cette allocution le Président Obama a aussi critiqué, bien qu'en moindre mesure, le nouveau pouvoir en place en Egypte. Le gouvernement de transition est accusé d'avoir pris des mesures drastiques, immédiates et surtout allant à l'encontre de la démocratie. Comme par exemple les restrictions au niveau des médias et de la société.

Il semble donc que les Etats-Unis ne soient ni complètement en faveur ni complètement contre le nouveau pouvoir en place dans le pays, ce qui paraît quelque peu paradoxal ou tout au moins incohérent. Mais en réalité cela traduit deux facettes de la relation entre l'Egypte et la Maison Blanche.

La démocratie d'un côté, les intérêts stratégiques de l'autre

Washington a toujours été, et sera probablement toujours, le grand défenseur de la démocratie dans le monde. L'armée américaine a « porté » la démocratie dans de nombreux pays, avec plus ou moins de succès, et le pouvoir au peuple est toujours la justification principale de toutes les actions militaires et politiques de la Maison Blanche.

Ainsi, la destitution d'un président légitimement élu par le peuple ne pouvait pas être cautionnée par les Etats-Unis, tout au moins au tout début. D'une part personne ne savait s'il s'agissait d'un véritable coup d'Etat ou d'une révolution populaire, d'autre part personne ne pouvait savoir si la destitution forcée de Mohamed Morsi n'allait pas faire naître une dictature en bonne et due forme.

Ainsi, sans prendre une position agressive, le gouvernement américain avait annoncé fin juillet qu'il n'allait plus livrer les 4 chasseurs F16 prévus pour l'armée égyptienne. De plus, le 15 août a été annoncée la suspension des manœuvres militaires bisannuelles prévues en septembre entre les deux armées. Une manière de se détacher et de montrer un désaccord de fond avec les événements en cours.

Mais un tel détachement a aussi un impact sur les autres relations entre les deux pays et les Etats-Unis se sont rapidement rendus compte que le nouveau pouvoir en place avait le soutien de plusieurs pays puissants tels que les pays du Golfe qui ont accordé 12 milliards d'euros d'aides au Caire. Il a donc fallu que Washigton se plie à la force du nouveau pouvoir en place.

Car l'Egypte est un pays stratégique, notamment concernant les relations avec le Moyen-Orient et, surtout, la lutte contre le terrorisme. Un allié de taille pour les Etats-Unis duquel ils ne peuvent pas être privés. Sans compter qu'historiquement ce furent les Etats-Unis, alors présidés par le président Jimmy Carter, qui ont permis la signature des accords de Camp David, en 1978. Un traité historique pour la paix au Proche-Orient que ni les Etats-Unis ni l'Egypte ne peuvent ignorer.

C'est pour calmer donc la tension entre les deux pays, que Barack Obama a soutenu publiquement, mais avec réserve, le nouveau gouvernement égyptien de transition. L'administration américaine au aussi débloqué, après l'avoir suspendue temporairement, la dernière tranche d'aide financière annuelle de 585 millions de dollars destinée à l'armée égyptienne.

Ainsi faisant, les Etats-Unis peuvent espérer gagner les faveurs du nouveau gouvernement et, surtout, du futur gouvernement une fois la période de transition terminée, tout en n'étant pas incohérents avec leur cheval de bataille qu'est la démocratie et en ne soutenant pas un coup d'Etat.

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