Surveillance des données et respect de la vie privée : Edward Snowden s’adresse pour la première fois à la France

Vidéo-conférence d’Eward Snowden interrogé par Nicolas Demorand à la Gaîté Lyrique à Paris (Manon Mella)

Le 10 décembre Amnesty International a organisé un évènement à la Gaîté Lyrique de Paris à l’occasion de sa campagne “10 jours pour signer”. Une campagne destinée à sensibiliser et à mobiliser les citoyens en faveur des personnes dont les droits fondamentaux sont bafoués partout dans le monde.
Une importante partie de la journée était consacrée à la thématique de la “surveillance des données et du respect de la vie privée”.
Edward Snowden, connu pour avoir révélé les détails de programmes de surveillance de masse (américains et britanniques) a participé au débat en direct par vidéo-conférence. Interrogé par Nicolas Demorand, il est revenu sur ce qu’ont changé ses révélations dans le rapport que nous avons avec la protection de notre vie privée et l’idée que nous nous faisons de la surveillance de masse.
Une intervention qui s’est suivie d’une table-ronde animée par Ziad Maalouf et Damien Leloup (Le Monde). Les invités du débat : Edwy Plenel, Dominique Guibert, Christiane Feral-Schuhl et Sherif Elsayed-Ali.

Edward Snowden en vidéo-conférence

Qui est Edward Snowden ? 

C’était la première fois qu’il parlait à la France.
Edward Snowden s’est exprimé au sujet de la surveillance de masse et du respect de la vie privée depuis Moscou (Russie) où il a obtenu l’asile. Lorsque le visage d’Edward Snowden apparaît sur l’écran géant, ce sont des applaudissements aux airs de remerciements qui répondent...
L’ancien employé de la CIA et de la NSA a évoqué les conséquences de ses révélations dans l’opinion publique. Il est aussi revenu sur le dernier rapport du Sénat américain sur la pratique de la torture par la CIA, puis a évoqué la situation de la France sur la surveillance des données.
Une intervention publique forte qui illustre la volonté pour Edward Snowden de faire entendre sa voix. (A noter qu’il a donné plusieurs autres vidéos-conférence avant celle-ci pour d’autres pays comme la Suède ou la Belgique)

Edward Snowden : “La situation a empiré mais au cours de la décennie à venir (...) les gens ne vont plus accepter que tout ce qu’ils font soit surveillé”

  • Les conséquences des révélations d’E.Snowden

Lorsque Edward Snowden a révélé les informations sur la surveillance de masse, il ne voulait pas “changer le monde et le fonctionnement de son gouvernement, mais leur montrer qu’ ils étaient censés nous représenter, pas nous espionner.”

Mais selon l’ancien collaborateur de la NSA, depuis que ses révélations ont vu le jour, “la situation a empiré”.
Cependant il y a eu une prise de conscience chez les citoyens sur ces questions : “Bien qu'on continue avec ces systèmes de surveillance, aujourd'hui on voit qu’ils sont questionnées, critiquées” rajoute E.Snowden.
Une prise de conscience encourageante pour le lanceur d’alerte qui explique : “quand les gens commencent à comprendre l’impact de cet espionnage, on peut envisager un début d’évolution politique”. L’homme a appelé les médias et les lanceurs d’alerte à la responsabilité : “Notre rôle, via les plateformes en ligne, est d’expliquer et de montrer le coût de ces programmes pour notre société”.

  • Retour sur le rapport du Sénat américain à propos de la pratique de la torture à la CIA

Mardi 9 décembre le Sénat américain a publié un rapport accablant sur la pratique de la torture à la CIA dans les années 2000 (vous pouvez le lire ici, en anglais).
“Le public savait depuis des années que la CIA avait torturé des détenus, dans des prisons secrètes hors du territoire américain. Les simulacres de noyade, d’exécution, les détentions dans des cages, les privations de sommeil…” (source : RFI )

Lors de la vidéo-conférence, Edward Snowden s’est exprimé à propos de ce rapport et a dénoncé des “crimes inexcusables” :

“J'ai travaillé à la CIA pendant les années où il y avait de la torture” (...) L'enquête du Sénat est extraordinaire mais j'ai été profondément attristé de la découvrir" (...) "La torture ne peut pas être justifiée sur la base des législations internationales, et pourtant, nous avons essayé de passer outre les principes établis à la suite des procès de Nuremberg. (...) Qu'est-ce que cela signifie pour l'avenir de notre propre société ?"

  • En France, “Orange fournit des télécommunications de ses clients à la DGSE”

Lorsque Nicolas Demorand demande à Edward Snowden des informations sur la surveillance de masse en France, ce dernier répond : “Ce que je peux dire c’est que la surveillance de masse se produit dans tous les pays qui ont les moyens d’avoir des agences de renseignements. Orange fournit des télécommunications de leurs clients à la DGSE sans que le public le sache. C’est très dangereux”.
Pour l’ancien employé de la CIA et de la NSA, la France n’a pas assez engagé la conversation à ce sujet.

  • Quel futur pour Snowden ?

Lorsqu’on lui parle d’avenir Edward Snowden répond : “J'aimerai rentrer chez moi aux États Unis”.
Aujourd’hui il ne le peut pas encore. La Russie l’accueille en ce moment et pour au moins 3 ans sur son territoire. En Europe et en particulier en France, plusieurs personnes militent pour que l’asile politique soit accordé à Edward Snowden, mais les gouvernements s’y opposent pour l’instant.
E.Snowden conclut : “Il faut absolument des protections pour les lanceurs d’alerte”.
Pour information, Edward Snowden vient de recevoir le “Prix Nobel alternatif” décerné par le Parlement suédois.

Envoyez-moi un e-mail lorsque des commentaires sont laissés –

Journaliste en contrat pro à l'Atelier des Médias de RFI
Twitter: @manonmella

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Commentaires

  • This reply was deleted.
    • Il y aura une vidéo avec quelques passages de la table ronde
This reply was deleted.

Articles mis en avant

Récemment sur l'atelier

mapote gaye posted blog posts
4 févr.
Mélissa Barra posted a blog post
La Côte d’Ivoire veut s’attaquer aux dysfonctionnements que connaît l’enseignement supérieur public…
18 janv.
Plus...