La démocratie se définit comme une doctrine d'après laquelle la souveraineté doit appartenir à l'ensemble des citoyens, au peuple, à qui l’on donne la capacité d’exercer cette souveraineté. La démocratie place l'origine du pouvoir politique dans la volonté collective des citoyens, car elle repose sur le respect de la liberté et de l'égalité de ceux-ci.

     La désobéissance civile, quant à elle est une forme d'action non-violente qui s'est développée au cours du XX° siècle à partir d'expériences de luttes socio-politiques telles que celles de Gandhi ou de Martin Luther King, et de l'œuvre de penseurs comme Henri David Thoreau. De nombreuses expériences sur les différents continents, notamment en Afrique, ont repris à leur compte cette stratégie. Il s’agit d’actes de désobéissance à une loi ou un règlement en vigueur, accomplis volontairement et à visage découvert, le plus souvent collectivement, dans le but de faire pression sur une autorité constituée afin de faire changer le règlement en question. La désobéissance civile s’affirme aussi comme une désobéissance non-violente, en ce qu’elle participe d’une stratégie de non-coopération à une injustice établie

    En ce sens, la désobéissance civile est devenue depuis un certain moment, une technique de lutte ou de revendication en Afrique. Ainsi est-il que les africains voient en elle, l’un des procédés les plus efficaces pour atteindre leurs fins, surtout lorsque cette désobéissance civile se passe dans les Etats dits démocratiques. Dès lors, la désobéissance civile peut-elle avoir libre cours dans la démocratie Africaine ? On ne saurait répondre à une telle intérrogation de manière totale et achévée. La démocratie africaine semble exister d'apparence, lorsque l'on sait qu'elle fonctionne selon l'aspiration selon du peuple, et que sa validation dépend des leaders politiques dudit espace.

     La désobéissance civile est une légitimité connue de tous, y compris par les gouvernants politiques. En effet, Le désobéissant use généralement de moyens pacifiques. La désobéissance civile vise à appeler aux débats publics et, pour ce faire, elle en appelle à "la conscience endormie" de la majorité plutôt qu'à l'action violente (désobéissance civile civilisée). C'est l'un des traits qui la distingue de la révolution, qui pour arriver à ses fins peut, potentiellement, en appeler à la force. La désobéissance civile vise donc l’intérêt de toute la communauté, en ce qu’elle peut être considérée comme un antidote contre la mise en place des lois allant à l’encontre des citoyens. Une telle action, permet la perpétuelle révision au niveau des décisions ou lois de l’Etat et favorise à la même occasion la bonne marche ou restauration de la démocratie en Afrique.

     En outre, l'opposition à la loi qui est inhérente à la désobéissance civile se fait dans une paradoxale fidélité à une loi considérée supérieure, il n'y a donc pas de violence dans l'esprit de la désobéissance civile. Celle-ci étant plutôt le fait de l'État, le seul qui dispose d'une « violence légitime » selon Max Weber, cette violence pouvant être physique mais aussi "symbolique" c'est-à-dire psychique, voire souvent économique. C’est dire que le désobéissant reconnait non seulement la suprématie de l’Etat mais aussi les lois et règlements établis par celui-ci. Cependant le problème se situe au niveau de l’imposition ou l’adoption de certaines décisions peu favorables à la population.

     Faut-il noter, à l’instar de cela, que la désobéissance civile n’est point un ennemi de la démocratie, au contraire elle lui vient en appoint, surtout quand il est question de la notification des dérapages de celle-ci. Plusieurs gouvernants des Etats démocratiques africains s’inspirent à la vérité de la désobéissance civile pour faire leur bilan, et si possible apporter des rectifications propres à leurs stratégies de gouvernance. Le Sénégal et le Ghana en sont de belles illustrations. Dans ces pays, les manifestations pacifiques (désobéissance civile civilisée) se déroulent en de bons termes.

 

     nonobstant, quelques Etats africains sont démeurés indifférents à l'acceptation de la désobéissance civile, comme moyen de prostation populaire. Cela se justifie par le fait que l'on s’inquiète de cette  notion à laquelle seraient rattachées les idées de révolution, de rébellion, de guerre civile, de coup d’État, de crise, de conflit, et de déchirure du tissu social. Effectivement, l’expérience historique générale et celle de l’Afrique en particulier montrent qu’à ces différentes notions sont souvent associés des massacres, des bains de sang. 

      C’est ce qui motive les prises de position et d’inspiration pacifiste-légitimiste. Une telle critique du droit de résistance et de la désobéissance civile renvoie aux analyses anciennes de Thomas Hobbes, d’Emmanuel Kant, ou d’autres philosophes politiques modernes comme Fichte et Hegel.

      Fichte notamment a considéré la résistance comme un crime immédiat contre l’État, qui se distingue selon lui du crime médiat contre l’État. Hegel a son tour exigé une obéissance inconditionnelle à la collectivité politique. Si l’on devait « durcir » cette interprétation de la désobéissance, on aboutirait à l’idée que les Africains n’ont tout simplement pas le droit d’opposer une résistance aux gouvernements ou « représentants », même si leurs actions violent visiblement les règles juridiques, freinent et handicapent de façon significative la démocratisation.

            De ces affirmations précédentes, l’on pourra retenir que les africains ont besoin de la désobéissance civile, mais toutefois civilisée, pour apporter des changements à leur situation de vie. Malheureusement, nombre d'entre eux n’ont pas une connaissance appropriée de ce principe de revendication. Ainsi est-il que ceux-ci l'exerce selon une partialité, ou de manière peu désorganisée, de sorte à créer des troubles sociaux. C’est de ce fait, que les Etats africains en appellent généralement à la force « légitime » à travers les ARE ou forces de l’ordre. Cela en ce sens que l’enjeu demeure la protection des biens matériels et sociaux, puis la préservation de la démocratie et du pouvoir politique.

                                                                          

 

 

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SACKO LOSSENI, ENSEIGNANT TITULAIRE D'ETAT
THESE 1 DOCTORAT, LITTERATURE HISPANO-AFRICAINE
UAO/BOUAKE
Adresse: sackolosseni795@gmail.com

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