Du bonheur d'être enseignante de Français...

    En tant qu'enseignants, il faut dire que nous avons déjà tout vu, du cancre heureux qui, depuis le fond de la salle de classe, s'amuse à saper notre autorité, jusqu'à l'adolescente en pleine crise (De quoi? Devinez!!!) qui nous lance à la figure que notre statut ne vaut pas son blackberry tout neuf offert par son papa chéri....

Bon, bref. J'avais le choix. Faire l'inventaire de mes rancœurs d'enseignante et régler accessoirement son compte au système éducatif Camerounais, ou digérer en palabrant sur la question des copies de mes élèves dans la matière que j'enseigne, le Français.

Ce qu'il y a de bien quand tu enseignes cette matière, c'est que forcément, tu deviens tolérant. Soit, tu noies d'encre rouge les copies des élèves pour bien leur montrer l'étendue de leur inculture, soit tu installes dans ton cerveau une application pour retenir juste les mots clés afin d'éviter le déluge de zéros. J'ai appelé ça: SNO (Système de notation optimiste).

Après, tu as ceux qui se paient ta tête. Au bout de huit pages de dissertation, tu finis par comprendre trois choses: 1- Le gamin n'a assisté à aucun de tes cours 2- Le gamin se fiche d'avoir une bonne note ou pas, l'essentiel est de remplir le contrat social passé avec ses parents 3- Le gamin a réussi à filtrer les classes de cette façon depuis la maternelle. Après, quand à savoir ce qui est le plus effrayant...

Enfin, tu as les libres penseurs. Rois des néologismes, ceux qui te font parcourir les pages du Larousse au point d'en devenir folle. Perdre son latin ici n'est plus une expression dénuée de sens, c'est que les gamins te poussent vraiment au suicide intellectuel: au bout de deux mots du genre "démarration" ou "abréviage", tu te poses des questions sur tes propres connaissances!

Parfois, heureusement, une lumière émerge du tas de copies dont la seule vue pourrait te faire renoncer à enseigner. Une lumière qui te dit qu'elle a assisté à au moins un de tes cours, qui ne confond pas "lire un livre" avec "lire des posts sur facebook", bref, une lumière qui te rappelle qu'au fond, tu aimais bien ça au début, enseigner.

C'est cette lumière là qui te permet 'avancer, ensuite. C'est cette lumière que le Littératour veut suivre. Des perles qui émergent de cette forêt ténébreuse qui recouvre désormais nos établissements.

Un collègue m'a dit un jour que la médiocrité des systèmes éducatifs était le fait d'une grève silencieuse élaborée par les enseignants à cause des conditions de vie misérables dans lesquelles la société les plongeait. Mais je crois, parce que j'en ai fait l'expérience, qu'il suffit pour chaque enseignant d'un élève consciencieux et passionné, pour raviver la flamme...

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