Les habitants de ce quartier, les personnes âgées en majorité, en souffrent. Les policiers profitent de la circonstance pour se faire de la manne sur les personnels.

 

Plus d’un an déjà que ça dure. Le temps est passé. Les blessures se sont cicatrisées. La mesure prise par les habitants de Deïdo, entérinée plus tard par les autorités administratives de la ville de Douala, demeure effective. Celle de la non-circulation des moto-taximen dans ce quartier. Une pilule difficile à avaler par des personnes d’un certain âge. « C’est très difficile pour nous mon fils. Je prenais la moto ici dès que je sortais de la maison. Maintenant, il faut marcher jusqu’au carrefour là, avec la chaleur et le soleil, pour chercher le taxi. Ce n’est pas facile à mon âge », explique veuve Eboumbou rencontrée au lieu dit hôtel Deïdo plage. Épuisée  elle scrute le chemin à parcourir à pied.

Cette mesure date depuis le 1er janvier 2012, pendant les émeutes éclatées ici après l’assassinat du jeune Eric Mone, habitant du quartier (voire papier ci-dessous). Plusieurs cases ont été enregistrées, des maisons et motos ont été incendiées. Malgré l’accalmie, l’interdiction n’a pas toujours été levée. Un fait incompréhensible selon Moukoko Ekwalla, habitant dudit secteur. « Je pensais que cette mesure devait durer juste le temps de trouver les auteurs de ce forfait. Rien n’a changé alors qu’on a avait déjà trouvé le meurtrier du jeune Monny qui était à l’origine de l’interdiction des motos. On devrait lever cette mesure. Même si personne n’en parle ouvertement, c’est pénible. Certains benskineurs faisaient du désordre avec leur engin mais ils étaient importants pour la population », pense ce sexagénaire avec nostalgie. Pour Hyacinthe Ebenye, débrouillarde, « il est impossible pour le taximan de venir vous laisser ici dans la nuit. Ce que faisaient les moto-taximen. On est obligé de descendre à pied avec tous les risques d’agressions que cela comporte. On doit revoir cette mesure ».

Argent de poche

Cette approbation par les autorités administratives  de la ville de Douala concernait uniquement les conducteurs de mototaxis. Comme dans les quartiers tels que Bonapriso, Bali et Bonanjo. Pour certains benskineurs, « Deïdo est devenu une république dans la république au point où, ce sont les habitants qui nous interdisent de circuler. Ils refusent l’accès des motos et sont les premiers à pleurer », dit Ludovic, benskineur. Mêmes les personnels, sont interpelés par des policiers qui, officiellement, n’assurent plus la surveillance. Ceux-ci arrivent à « la rue des stars » aux environs de 8h, interceptent les hommes qui vont au travail et récupèrent leur engin. Créant au passage de vives disputes. « Je ne suis pas benskineur. J’habite ici et je vais au boulot. Vérifiez mes papiers qui sont complets et laissez-moi partir. Je suis déjà en retard », souhaite, ce 16 janvier 2013, cet agent d’Aes Sonel. « Pas besoin, rétorque le policier. C’est une moto et c’est interdit de circulation. Si tu veux partir, fait un geste sinon, on la conduit au commissariat. Et là, tu payeras plus cher ». D’après les habitants du coin, ce temps d’arnaque est de deux heures maximum. « Dès qu’ils ont un peu d’argent de poche pour la journée, ils s’en vont et ne reviennent que lorsqu’ils sont foirés », explique une gérante de call-box. Leur activité ne prendra pas fin de si tôt. Car, la levée de l’interdiction n’est pas pour demain.

Frank William BATCHOU

 

Deïdo

A l’origine, une affaire de meurtre et de vol

Tout a commencé au petit matin du 31 décembre 2011. On apprend que des bandits à bord d’une moto ont assassiné le jeune Mene Eric, un jeune du quartier Deido. Difficile de certifier d’affirmer ou pas si les assassins étaient des moto-taximen. Ce drame a crée un regain d’hostilités entre les habitants de Deïdo et les conducteurs de mototaxis. Les « Deido boys » ayant juré de venger leur ami. Les premiers affrontements ont donc eu lieu toute la matinée du 31 décembre avant de s’estomper avec l’euphorie des fêtes de fin d’année. Mais le 3 janvier 2012, aux premières heures de la matinée, ce quartier populaire de Douala s’est à nouveau embrasé. Et pour cause : le vol du sac à main d’une habitante de Deido par des individus à bord d’une moto. Toute chose qui a suscité à nouveau le courroux des jeunes de Deïdo.

Ces derniers ont interdit la circulation des mototaxis dans le périmètre dudit quartier. Ils veillaient au grain pour l’application de cette décision, avec des unités de garde créées. Ceux des motos conducteurs qui s’entêtaient voyaient leur moto arrachée et brûlée. Avant les premières lueurs du jour, le bilan était lourd. De leur côté, les conducteurs de moto ne se sont pas fait prier. Ils ont organisé la riposte. Des colonnes sont parties des quartiers Grand moulin, Bependa et Bessengue pour infliger une « correction exemplaire » aux jeunes de Deido. Toutes les unités de police, de la gendarmerie et de corps spécialisés tels que l’Esir et la police anti-émeute ont été alertés. Cela n’a pas empêché la détermination des conducteurs de motos de mener leur assaut. Des affrontements ont eu lieu entre la police et les émeutiers à Mobil Bonakouamouang, feu rouge Bessengue, au carrefour école publique Deido, à l’axe lourd Bonateki. Les deux groupes de jeunes armés de gourdins, de lattes et de pierres, avec les hommes en tenue au milieu pour contrer, se sont affrontés. Le bilan est lourd. Plusieurs maisons et des commerces incendiés à Deido, des motos brulées, de nombreux blessés graves transportés dans les hôpitaux. On parle même de deux morts. Le quartier est resté sous haute surveillance policière, de jour comme de nuit, pendant plusieurs mois. La psychose s’étant emparée des habitants qui ne savent plus par ou le danger pouvait venir. Des tensions qu’il faudrait éviter dans le futur.

Frank William BATCHOU

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Commentaires

  • Je viens d'être victime d'un abut d'un autre genre ce dimanche 07/07/2013 à la montée du collège Alfred Saker, en partant du rond point DEIDO. En effet, un panneau à l'entrée de cette rue en venant d'Akwa Nord est on ne peut plus clair : "DEIDO ZONE INTERDITE AUX MOTOS TAXI" Le policier a commencé par me demander la preuve que je n'étais pas moto-taximan. Voyant ma carte professionnelle, il a méconnu l'existence du panneau limitant l'interdiction aux motos taxi. Au moment où je lance ce cris d'alerte, ma moto est en fourrière. Ils l'ont emportée avec tous le dossier complet, ne m'ayant remis aucune contravention. Rendez-vous m'a été pour aujourd'hui si je voulais un papier ou même recupérer ma moto, puisque l'administration à la fourrière ne fonctionne pas dimanche, m'ont-ils laissé entendre. Si je voulais ma moto tout de suite, je devais débourser la somme de 10 000 (dix mille) francs CFA, contre zero reçu...
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