Les habitants de la capitale économique du Cameroun vivent depuis le début de l’année la douloureuse expérience des délestages. Le désagrément n’est pas nouveau. Depuis plus d’une décennie, le début de la saison sèche rime avec des perturbations sur le réseau électrique. Dépités mais désormais habitués à ces coupures électriques, la population est bien loin des réactions violentes d’il ya dix ans. Les critiques acerbes à l’égard d’AES sonel, la société nationale d’électricité ont laissé la place à une résignation qui cache mal l’incompréhension de l’opinion publique face à ce problème pourtant devenu au fil du temps la priorité numéro un du gouvernement. Qu’on en juge : parmi les grands chantiers lancés par le gouvernement l’année dernière figure la construction de deux importants barrages hydroélectriques à Lom Pangar et Memve’ele. A ceux-ci, il faut ajouter une brochette de projets visant à accroître la production électrique. Seulement, cet effort tout azimut des pouvoirs publics ne peut faire oublier le fiasco industriel des dernières années.
Il faut remonter à la période coloniale pour voir l’ébauche d’une stratégie industrielle dans la production électrique. Au parc des centrales thermiques déjà fort coûteux à entretenir, va ainsi s’ajouter le barrage d’Edéa construit sur le fleuve Sanaga. Le Cameroun commençait ainsi la mise en valeur de son extraordinaire potentiel hydroélectrique estimé à 12000 Mw par an. Plus tard, devaient sortir de terre les barrages de Song Loulou et de Lagdo. Le choix assumé de l’Etat de privilégier une source d’énergie bon marché allégeait d’autant plus sa facture énergétique. Envié pour sa relative indépendance dans ce secteur clé, le pays a raté bien des virages. Alors que la croissance de la demande en électricité est estimée à 5% par an, l’immobilisme et l’absence d’un véritable pilote, et de choix clairs dans le secteur ont fini par plonger le pays dans le noir. La mise en concession de l’opérateur historique au début de la décennie 2000, solution présentée alors par le gouvernement et les institutions de Bretton Wood comme un véritable remède miracle n’a fait, aux dires de certains experts qu’aggraver le problème. Pour Pierre M. cadre retraité du Ministère des mines de l’eau et de l’énergie dans les années 90, « on a aveuglément respecté ce que nous disait le FMI et la Banque mondiale. Mais voilà, les conseillers ne sont pas les payeurs. ». Il est difficile d’estimer le manque à gagner pour l’économie du pays occasionné par ces coupures intempestives d’énergie électrique. Mais des sources bien informées affirment que cette incertitude a été rédhibitoire pour bien d’investisseurs étrangers et menace de tuer dans l’œuf le fragile tissu économique principalement constitué de PME. Fossi A., gérant d’une boulangerie au quartier Village à la périphérie de la ville vit désormais dans la crainte des coupures : « Depuis le début du mois, travailler est devenu impossible. Dans quelques jours ce sera la fin du mois et il faudra payer les salaires, on va trouver l’argent où ? »
Pour pallier au plus urgent et apaiser l’impatience de la population et des opérateurs économiques, de nombreuses centrales thermiques ont essaimé dans les grandes villes. Le report fin 2012 de la mise en service de la toute dernière construite par KPDC, une filiale d’AES sonel dans la ville de Kribi met encore plus à mal la crédibilité des pouvoirs publics. Dans un pays où aux dires du gouvernement, seules 3000 des 17104 localités sont électrifiées et où le taux d’accès à l’électricité oscille entre 10 et 40% de la population[1], le constat de l’échec des politiques publiques dans ce secteur devient accablant. La multitude des intervenants dans le secteur diluerait encore plus les responsabilités. Le mille feuilles constitué d’organismes publiques et d’entreprises parapubliques et privés rend encore plus incertaine la capacité du gouvernement à prendre à corps le problème.
En attendant que la situation revienne à la normale, lampes à pétrole, bougies et groupes électrogènes –pour les plus fortunés - se vendent comme des petits pains dans les marchés. La gouaille des camerounais s’est entre temps saisie du dossier ; il se dit ces jours dans les bars et les lieux où le petit peuple fait et refait le monde que même les palais de la république seraient cette fois-ci touchés par les coupures à répétition. Cette blague permettra sans doute à ceux qui la racontent de supporter le noir jusqu’au mois de février, date d’une possible normalisation sur le réseau électrique.
Paul TSAYEM
© Nouvelle Route
Commentaire de Tsayem Juanita le 25 janvier 2013 à 17:47 Situation dramatique que nous vivons tous! esperons qu'ils ne couperons pas le courant avant que je n'ai fini d'écrire mon commentaire...
Commentaire de aurore cadeus le 26 janvier 2013 à 20:02 c'est pas tellement différent dans mon pays, je vis à haiti, dans la capitale port-au-prince, chez vous, le gouvernement semble avoir une certaine volonté d'améliorer les choses mais ici, ce n'est pas leur problème.
Commentaire de lucy kamga le 23 février 2013 à 15:34 courage mes soeurs!
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