Transform Africa Summit (Crédit photo: Rwanda Government)

 

Les villes intelligentes sont encore une perspective lointaine en Afrique. Mais le joker pourrait se trouver dans les "villages intelligents" que le Rwanda essaye de mettre en place.

 

"Un village", m'a expliqué Jean-Philbert Nsengimana, ministre de la Jeunesse et des TIC "c'est des habitants, des écoles, des centres de santé, des marchés, des petits commerces, des services administratifs etc… Nous voulons rendre intelligentes toutes ces activités." Et trouver un modèle simple reproductible dans tout le pays. Pour se faire une idée concrète de ce dont il s’agit, il suggère d’imaginer une administration locale entièrement digitalisée. Un village où tous les citoyens ont un téléphone intelligent et savent se servir des TIC. Ils reçoivent services et renseignements sur leur téléphone. Ils évaluent la qualité de leurs dirigeants en utilisant le même appareil. Les citoyens utilisent leurs téléphones pour payer les produits sur le marché local, recevoir leur pension ou se faire payer quand ils vendent du lait ou du maïs.

Dans une telle vision, "tous les enfants des écoles ont un laptop", les professeurs téléchargent les meilleurs programmes. Les centres de santé offrent des soins de qualité grâce à la télémédecine.

 

Le Rwanda va tellement vite dans son projet d'informatisation qu'il vient de réviser à la hausse ses objectifs pour 2020. Par exemple, la durée de vie moyenne devrait être alors de 66 ans alors qu'ils avaient prévue en 2000, au moment de lancer leur plan, qu'elle serait de 55 ans. Il faut dire que leur croissance est de 8,2% par an et pourrait dépasser les 11% dans les années à venir.

 

La difficulté de pousser les TIC au niveau des villages est affaire de réalisation. Or, "le gouvernement se contentera de fournir l'environnement et l'élément de base qui est la connectivité", m'a expliqué le ministre. Ainsi, pour déployer une infrastructure 4G-LTE qui permettra l'accès à l'internet à 95% de la population dans trois ans il a passé un accord avec une entreprise coréenne. La fibre optique est déjà installée dans tous les districts (qui correspondent à nos départements). Mais il faut encore assurer "le dernier kilomètre" celui qui, permettra à chaque village de se connecter. Restera ensuite à convaincre les entreprises privées de participer à l'installation d'écoles intelligentes et de services de e-santé. "La demande existe, estime le ministre, mais elle n’est pas encore comprise par le secteur privé." Il y a donc du travail à faire.

 

Le plus gros problème est le manque d'électricité. Alors qu'aujourd'hui à peine 16% des ménages y ont accès, l'objectif est de faire monter le taux à 70% en 2018. C’est à dire dans cinq ans. Des centrales (dont une géothermique) sont prévues. Mais pour que la distribution soit plus efficace il faut aussi encourager les regroupements. C'est ainsi que l'urbanisation n'est encore que de 18%, elle devrait atteindre 35% en 2020.

 

Mais alors, l'objectif est-il l'urbanisation ou la création de villages intelligents ?

Les deux. Et ce qui me semble intéressant c’est de les penser ensemble. Même si le concept de village intelligent n'est pas très répandu j'en ai trouvé des traces en Malaisie, au Sri Lanka et en Italie. Mon impression est qu’il pourrait se révéler utile dans les réflexions sur les villes. C’est en tous cas ce que souligne Alline Kabbatende, une consultante Rwandaise que le projet IBM d'installation d'infrastructure à Nairobi, capitale du Kenya, rend "un peu jalouse". Mais, ajoute-t-elle, "J'aime le concept de Smart Village du Rwanda car, outre sa reproductibilité, il cherche à répondre à la question de la migration urbaine en faisant que les services viennent aux gens, et non l'inverse.
Idéalement, cela devrait réduire la pression sur les villes en faisant que centres ruraux autant qu'urbains fonctionnent et améliorent, l'un comme l'autre, la qualité de vie."

 

En résumé donc, la notion de village intelligent permet d’amener les services partout où il y a des gens ce qui évite à ces derniers de venir s’installer dans les villes. C’est utile quand on a l’infrastructure, ce qui devrait être bientôt le cas du Rwanda. Je trouve que cela devrait intéresser l’Inde, la Chine et même l’Europe qui souffre de la désertification de ses campagnes.

 

 

Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. C'est notre vigie à l'affût des nouveautés, des frémissements, des évolutions de nos usages qui indiquent que les médias (au sens large) sont en train de changer d'ère. Vous pouvez également suivre Francis sur son blog Winch5. Depuis 2013, Francis publie également des chroniques dans La Tribune et l'Opinion.

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