Des journaux riches pour les riches et une information gratuite et indigente pour les pauvres : c’était la thèse du journaliste Bernard Poulet dans La fin des journaux, un livre paru en 2009. Son idée était de dire que pour survivre, les quotidiens allaient être contraints d’augmenter fortement leur prix de vente au point de devenir inabordables pour les petites bourses.

 

Et c’est bien ce qu’on a l’impression de vivre avec un journal Le Monde qui passe ce samedi 4 janvier à 2 euros, soit le prix le plus cher jamais atteint par un quotidien français. Un quotidien qui ne valait encore qu’ 1 euro 50 en 2012 et 1 euro 20 il y a dix ans. Cette semaine, Libération en passant à 1 euro 70 et Le Parisien à  1 euro 10 ont également augmenté leur  prix de dix ou de cinq centimes. Le point commun entre ces journaux ? Ils sont tous en déficit en 2013: - 17 millions d'euros pour Le Parisien, - 2 millions pour Le Monde ou -1 million d’euros pour Libération qui songe même à baisser le salaire de ses journalistes.

 

Et ils perdent tous des lecteurs, avec une diffusion qui s’érode de 16% pour Libé, de 10% pour Le Parisien et de  5% pour Le Monde.

 

Lundi 6 janvier, le quotidien Les Echos est aussi passé de 1,80 euros à 2 euros, le prix record du Monde, tandis que Le Figaro atteint désormais 1,80 euro (+ 20 centimes) et L'Humanité 1,50 euro (+10 centimes).

Frappés de plein fouet par la crise de la presse écrite, tous les éditeurs justifient ces hausses de prix par la volonté d'investir dans une information de qualité et l'innovation. Pourtant, les quotidiens déclinent sans parvenir à redresser la barre à travers leurs investissements dans le numérique.

Pourquoi alors augmenter le prix de vente, ce qui ne peut que fragiliser le lectorat ? Et bien d’abord, parce que l’audience se fait de moins en en moins sur le papier, ou les plus fidèles demeurent, et de plus en plus sur le numérique, même si les revenus qui y sont associés ne représentent que 10% de ceux du papier dans un journal comme Le Monde.

Moins soutenus par la pub, les quotidiens tendent à être de plus en plus chers à l’instar du New York Times, qui vaut 2 dollars 50 ou du Süddeutsche Zeitung qui atteint 2 euros 20. Le risque ? Pas si énorme si des abonnés suivent sur les nouvelles offres numériques.

En 2012, une étude du cabinet allemand Simon Kucher & Partners a montré que des quotidiens anglais comme The Times, The Independent ou The Guardian, qui ont augmenté de près de moitié leur prix entre 2007 et 2010 (de 43% à 54%), ont perdu un peu en diffusion (-19 à -25%) mais aussi renforcé leur revenu issu du lectorat de 17 à 13% (Lire à ce sujet Why newspapers must raise their price, sur le Monday Note). En France, un éditeur a déclaré à l'AFP qu'une hausse est "le meilleur investissement que peuvent faire les journaux: vous pouvez augmenter de 10 ou 20% votre prix pour une perte de 3 à 4% de lecteurs".

De quoi réinvestir dans le numérique au lieu de s’épuiser à maintenir ses prix.

 

La sensibilité au prix facial est plus forte pour les tabloïds ou les quotidiens populaires et régionaux. Pour les grands journaux de référence, il faut veiller à apporter une offre riche et de qualité (ce qui est loin d'être toujours le cas en France), mais un tarif élevé n’est pas marginal : on déshabitue à lecture du papier les étudiants et on renonce à toucher les moins aisés. 

Le Times of India, journal  anglophone le plus lu au monde, a fait le pari inverse. En se vendant volontairement bas à trois roupies, soit 4 centimes d’euros, il se diffuse chaque jour à près de 4 millions d’exemplaires et continue de progresser  en audience et en publicité (avec des méthodes qui ne s'embarrassent pas d'une muraille de Chine entre rédaction et régie publicitaire). Pour des millions d’Indiens, il vaut mieux déplier un journal pour montrer son accession à la classe moyenne que de pianoter sur un téléphone mobile : ça se voit mieux !

L’actu des médias, les médias dans l’actu : tel est le propos de la chronique d’Amaury de Rochegonde, rédacteur en chef adjoint à Stratégies, qui se propose de décrypter ce qui change les médias à l’ère numérique. Les évolutions technologiques, la crise des modèles classiques, les nouveaux vecteurs d'information... Tels sont quelques-uns des éléments qui seront explorés sur la planète média. Tout en couvrant les grands événements «médias» qui touchent la France. Une attention particulière sera accordée à l'actualité internationale des médias, notamment intéressant les pays du Sud. La chronique pourra revenir aussi avec un regard critique sur la façon dont les médias couvrent certains évènements et sur la façon dont les médias sont eux-mêmes transformés par une actualité qui leur est propre.

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Balises : Le Monde, Le Parisien, Libération, Suddeustche Zeitung, Times of India, de Rochegonde

Commentaire de serge katembera rhukuzage le 6 janvier 2014 à 15:18

Un sujet complexe évidemment, mais je me demande si le cas du Times of India est un modèle à suivre, car imprimer 4 voir 5 millions d'exemplaires par jour, c'est aussi poluer l'environnement avec du papier qui n'est peut Être pas récyclable... enfin, je me le demande...

Pour le cas du Monde.fr, nous qui sommes à l'étranger aimons lire les infos du site qui sont de très bonnes qualité (culture, technologie et les blogs).

Si le papier va mal, je me demande si le site ne va pas au mieux... :) 

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