A l'occasion d'un débat sur le journalisme d'investigation organisé à la Bourse du travail de Paris jeudi 16 juin, l'écrivain et journaliste Denis Robert revient sur la décision judiciaire et n'exclut pas de refaire des enquêtes. L'ancien de Libération a été blanchi en Février dernier par la Cour de Cassation dans l'affaire Clearstream. La banque de compensation l'avait attaqué pour diffamation pour un documentaire diffusé sur Canal+ en mars 2001, intitulé "Les dissimulateurs", ainsi que pour deux de ses ouvrages, "Révélation$" et "La Boîte noire" . Il revient sur la décision judiciaire et donne sa conception du journalisme d'investigation.


En 2008, vous avez déclaré sur votre blog que vous jetiez l'éponge, est-ce que la décision de la cour de cassation vous a redonné l'envie de faire de l'investigation?

 

Le fait de ne pas avoir la décision ne m'empêchait pas de faire de l'investigation mais là je m'octroie une période de latence où je fais d'autres activités. Si je retombe sur un sujet qui' m'intéresse, effectivement je m'y remettrai. C'est vrai que la décision de la Cour de Cassation ouvre les vannes de la liberté de la presse. Elle fait jurisprudence. Grâce à ce combat judiciaire, je pense que que j'ai apporté un peu d'oxygène à tout le monde, y compris à moi même si je m'y remets. 

 

Est-ce que cette décision judiciaire va améliorer la confiance des lecteurs envers les journalistes?

 

C'est surtout la qualité du travail des journalistes qui compte et pas forcément la décision de la Cour de Cassation. Je sais néanmoins que cette victoire a fait plaisir à beaucoup de monde. 

 

Cela peut-il faire naître des vocations?

 

Je sais que pour beaucoup de jeunes journalistes, je représente quelque chose. J'ai beaucoup de retours et je suis régulièrement sollicité. C'est un réel plaisir et c'est en même temps écrasant. Je n'ai pas le profil classique du journaliste médiatique. Je suis l'antijournaliste d'investigation comme on les voit, qui montrent leur tronche à la télévision ou qui vont donner des leçons à tout le monde. 

 

Est-ce que vous avez-reçu des pressions pour la réedition de vos ouvrages?

 

Non, la Cour de Cassation nous donne la possibilité de ressortir les livres. Il n'y a aucune pression à avoir et Clearstream ne peut plus rien faire. C'est ça qui est formidable dans cette histoire.

 

Quelle est votre définition du journalisme d'investigation ?


Pour moi, il n'existe pas vraiment. Je ne me suis jamais considéré comme un journaliste d'investigation mais un journaliste avant tout. Un journaliste est une personne qui cherche, qui est curieux et essaye d'être le plus honnête possible. C'est l'univers médiatique qui s'est autoqualifié d'investigation mais pour moi ça veut rien dire. 

 

Quelles sont les limites du journalisme d'enquête?


Les limites résident peut-être dans la diffamation. Là, il y avait un excès. Je pense que l'on peut peut faire de la bonne investigation sans diffamer et parfois il pourrait y'avoir de la "diffamation utile". Quand on enquête dans un univers difficile face à des multinationales et des puissances d'argent, on peut parfois commettre une erreur, avoir un propos diffamatoire. A un moment donné dans Clearstream, j'ai été condamné par un proche de l'ex-PDG de Cleastream André Lussi pour avoir prononcé le mot "clique" J'ai utilisé "Lussi et sa clique" et cela a été considéré comme diffamatoire. Si j'avais utilisé l'expression "Lussi et son groupe", je n'aurai pas été condamné. Il peut y'avoir des détails comme cela mais parfois, il faut provoquer des diffamations pour faire valoir ses droits. Je me souviens de l'affaire Boucheron à Angoulême où Dominici distribuait des tracts dans les boîtes aux lettres et il a finalement réussi à faire tomber Jean-Michel Boucheron, l'ancien maire d'Angoulême. 

 

Pensez-vous que l'enquête journalistique est un genre en perte de vitesse en France? 


C'est le journalisme qui est en perte de vitesse en France, c'est pas l'investigation. 

 

Pensez-vous que votre travail va changer les choses? 


Au niveau de la liberté de la presse, cette affaire a évidemment changé les choses. Même mes détracteurs reconnaissent que la liberté de la presse a gagné du terrain grâce à la jurisprudence Clearstream/Denis Robert. 

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