Fin d’une armée pro-Gbagbo ou pro-Ouattara. En attendant de donner le nom définitif aux Frci (Forces républicaines de Côte d’Ivoire), les jalons d’une Armée forte et républicaine viennent d’être posés à Grand-Bassam. 
Trois jours de réflexions à Grand-Bassam pour trouver la mouture d’une Armée digne d’une Côte d’Ivoire nouvelle. Du mercredi 22 au vendredi 24 juin 2011, de grandes décisions ont été prises. Reste à les mettre en pratique pour que les populations retrouvent la sérénité, la confiance (vis-à-vis de cette Armée ivoirienne) et la sécurité de leurs biens. 

Une Armée à un visage 
Déjà sur papier et de façon officielle, l'Armée ivoirienne disposait en 2010 d'un effectif de 60 000 militaires et 12 000 réservistes, les 15 000 gendarmes étant dorénavant rattachés au ministère de l'Intérieur. A ce jour, dans le contexte de la Crise ivoirienne de 2010-2011, l’effectif est longtemps resté difficile à déterminer. Par ailleurs, au sortir des travaux de Grand-Bassam, les choses se précisent : 11 000 soldats seront intégrés dans la nouvelle Armée, dont 2300 volontaires et 8 700 éléments issus de l`ex-rébellion, Fafn. 20 000 éléments parmi ces jeunes volontaires seront pris en compte dans un programme de réinsertion selon le ministre délégué à la Défense, Paul Koffi Koffi. Pour tourner définitivement la page d’une Armée qui aura souffert du diktat des politiques, les militaires ont proposé que l`essentiel des moyens consacrés à l`Armée soit affecté au fonctionnement (97,3%) au détriment de l`investissement (2,7%). Ils ont préconisé qu`à l`avenir, 30 % de l`allocation budgétaire soit affectée à l`investissement contre 70 % au paiement des salaires et autres. Mais, à combien peut-on évaluer cette nouvelle Armée qui doit « rentrer en casernes ?». Et de quelles casernes parlent les autorités compétentes ? Les conditions matérielles et financières sont-elles réunies pour que cette Armée retrouve la caserne qu’elle a désertée depuis 1999 ? Une chose est déjà claire, c’est qu’une nouvelle Armée va voir le jour en Côte d’Ivoire. Dans quelques jours ou semaines, chacun sera situé sur le nom et sa nouvelle organisation. 

Vers la fin d’une Armée à plusieurs visages ? 
Les vingt dernières années, l’Armée ivoirienne n’a pas joué pleinement le rôle qui était le sien. De 1999 à ce jour, elle a souvent donné un visage des plus hideux. Les politiciens se sont servis de cette Armée pour assouvir leurs besognes. Souvent, en violation flagrant de leur rôle républicain. Conséquence immédiate: convaincu que Laurent Gbagbo avait perdu la légitimité des urnes, il s’est assuré du soutien de l’Armée dont il demeurait toujours le chef suprême. Le 3 août 2010, il a d’abord promu des supérieurs et moins supérieurs de l’Armée qui rentraient dans son schéma. Cette promotion a été doublée de générosité renouvelée, le 7 décembre 2010 par « un joli cadeau en solde et une substantielle augmentation des dépenses militaires, qui représentaient déjà plus de 10% du budget de l’Etat », selon le panafricain « Jeune Afrique ». L’esprit républicain venait de foutre une fois de plus, le camp dans une situation militaro-politique déjà délétère dans laquelle aucun gradé n’avait droit à l’erreur. Le Général Philippe Mangou, Chef d’Etat-Major des ex-Forces de défense et de sécurité était pris entre deux feux. A savoir, sa vie, celle de sa progéniture et sa grande famille et, rester républicain (sans recevoir l’ordre de qui ce soit). Il a joué le jeu, bien que de sources bien introduites selon le journal panafricain, il ne « soit pas prêt pour le lancement d’une opération meurtrière », contre les forces du Général Soumaïla Bakayoko, Chef d’Etat-Major des Forces Armées des Forces Nouvelles. La suite, on la connait. Laurent Gbagbo a compté sur environs 4 000 éléments commandés par les Commandants des unités d’élite les plus fidèles. Notamment, les Généraux Dogbo Blé, patron de la Garde Républicaine et Guiai Bi Poin, chef du Cecos (Centre de commandement des opérations de sécurité). A l’opposé, il fallait que le Président Alassane fasse asseoir sa légitimité. Fort du soutien des ex-Fafn dont la branche politique, Guillaume Kigbafory Soro venait d’être doublement nommé, (Premier ministre et ministre de la Défense), le chef de l’Etat a pris l’ordonnance du 17 mars 2011 pour instituer les FRCI et mettre fin à l’appellation, Fds (Forces de défense et de sécurité). Une Armée dont il n’avait pas le contrôle malgré sa victoire des urnes reconnue par la Cei (Commission Electorale Indépendante) et la communauté internationale. Ce choix lui a valu la chute de son adversaire politique, Laurent Gbagbo le 11 avril 2011, après une guerre sans merci de deux semaines à Abidjan. La vraie offensive sur Abidjan ayant été lancée le 1er avril jusqu’à la chute de Laurent Gbagbo, le 11 avril. Après la guerre, la page de la reconstruction, de la réconciliation et surtout du développement pour une « nouvelle Côte d’Ivoire » est à l’ordre du jour. Et cela passe par une Armée respectueuse des lois républicaines. 

Le feu couve sous les cendres encore ardentes ! 
La grande muette déjà mal en point des ses éléments incontrôlés a du mal à joindre les deux bouts, après la casse de la Maca (Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan). L’évasion des bandits de grand chemin de cette geôle ont fini par aiguiser les appétits. Certains d’entre eux, qui se sont fait enrôler pour la plupart, ont repris leurs sales besognes. Conséquence, certains domiciles des populations sont attaqués en pleine journée à visage découvert, à l’arme de guerre. Combien sont-ils ? Difficile de déterminer le nombre. Cependant, l’ordre et la discipline ont foutu le camp. Chaque chef de guerre des différents quartiers du District d’Abidjan se réclame du grade de Commandant. Un grade acquis pour certains, sortis de la bande armée de l’offensive sur Abidjan du 1er avril 2011. La grande muette est aujourd’hui, la plus bavarde. Qui fait quoi ? Certains postes de polices et de gendarmeries sont encore occupés par ces Commandants. Malgré les appels incessants et les descentes surprises des ministres en charge de la sécurité, la situation va de mal en pis. Au-delà des déclarations souvent tapageuses et insurrectionnelles, en moins de deux semaines, ce sont des échanges de tirs à l’arme de guerre qui ont encore tonné dans la commune de Yopougon. Pour des faits le moins banals. Ironie du sort, le dernier affrontement du mercredi 22 juin, survenu entre les gendarmes de l`Escadron de Yopougon-Toits-rouges, et les éléments les militaires, basés dans les locaux du commissariat du 19è Arrondissement, situé à environ 300 à 200 mètres du camp de Gendarmerie dans ce même quartier, s’est déroulé au moment où s’est ouvert à Grand-Bassam le séminaire atelier sur le thème : « Quelle Armée pour la Côte d’Ivoire nouvelle ?». Un thème qui traduit aisément le malaise au sein de l’Armée ivoirienne. Toute chose qui conforte à dire que le feu couve sous des centres encore très ardentes. 

Hier, anges aujourd’hui, démons ? 
Les FRCI (Forces Républicaines de Côte d’Ivoire) qui ont été appelées de tous les vœux des Ivoiriens pour les défaire des griffes des miliciens et mercenaires à la solde du régime déchu ne sont plus choyées. Tant, certains de leurs éléments ont fini par poser des actes souvent ignobles que variés. Vols de véhicules, perquisitions, règlements de compte (entend on dire par endroit), racket sur des personnes etc. ont fini par perdre l’estime et la confiance que les populations ont eu en eux à leur arrivée. Du coup, leur crédit s’est transformé en méfiance. Là où l’Armée républicaine est appelée à garantir la sécurité des personnes et des biens sur tout le territoire ivoirien, c’est plutôt l’insécurité qui est servi. Les ministres de la Défense, Guillaume Soro, par ailleurs, Premier ministre et celui de l’Intérieur, Hamed Bakayoko ont du pain sur la planche. Comment ramener la confiance entre les populations et leur Armée en général, ainsi que la police et la gendarmerie en particulier ? Seule la résolution de ce problème sortira les corps habillés grandis de cette guerre au cours de laquelle, ils ont eu le soutien de tous. 

                                                                                                                            Réalisé par: Sériba Koné

                                                                                                                                     seriba67@yahoo.fr

 

 

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