Dans l’œil du léopard

Connu dans le milieu africaniste de France et d’Europe comme le loup blanc, Gaspard-Hubert Lonsi Koko vient de publier à L’Atelier de l’Egrégore, à la grande surprise de tout le monde, un roman policier intitulé Dans l’œil du léopard. Mais comme il l’a si bien expliqué dans une interview accordée à Roger Musandji, le patron du site Œil d’Afrique, la vie de l’auteur ressemble beaucoup à la Gazette d’hier et d’aujourd’hui dans la mesure où tout est dedans, et libre aux gens d’y puiser ce qui les intéresse. En effet, Lonsi Koko s’est toujours contenté d’entreprendre ce qui lui a plu, et continue de lui plaire, tout en sachant dissocier les occupations littéraires des préoccupations politiques et des activités professionnelles, et aussi de préserver son univers privé. Une seule certitude, il est un homme de grande culture à tendance humaniste.

Le synopsis

Dans l’œil du léopard, le lecteur apprend que les séides du maréchal zaïrois, le dictateur Mobutu Sese Seko, placèrent sous très haute surveillance la chambre occupée par maître Patrick de Lavigerie, un avocat français qui avait été kidnappé lors de son séjour à Kinshasa. Ainsi le célèbre détective, Cicéron Boku Ngoi, devrait-il le retrouver à la demande du Quai d’Orsay. Dans la capitale zaïroise, les instructions furent données de signaler la présence de tout ressortissant français qui descendrait, à l’avenir, à l’hôtel Intercontinental. Le directeur du complexe hôtelier perdrait son emploi, voire sa vie, au cas où il ne se conformerait pas aux directives et aux exigences d’agents des services de renseignements.

Le détective était, dorénavant, dans l’œil du léopard, d’autant plus qu’au Zaïre du maréchal Mobutu, surnommé le grand léopard, on ne badinait pas du tout avec ce qui concernait, de loin ou de près, la présidence de la République. Tout le monde, y compris les politiciens, était sous la botte de la Division spéciale présidentielle, de l’Agence nationale de documentation et du Centre national de recherches et d’investigations.

Kinshasa, la ville en érection

Dans cet ouvrage, on évolue dans une ville en pleine érection. On suit l’investigation du détective venu droit de Paris à travers le quartier de Matonge, une sorte de Pigalle à la kinoise ayant longtemps été considéré comme le fief des chanteurs Papa Wemba et le Commandant Dona Mobeti. On se laisse emporter par une subtile mélodie captivante, quasiment envoûtante, des Bobongo Stars, grâce à la voix ensorcelante de Bastia Nama Matingu et au son endiablé, tout à fait captivant, de la guitare de Shakara Mutela tout en regrattant l’absence du grand Michelino Mavatiku Visi. Effectivement, Mavatiku Visi aurait pu enrichir davantage, de quelques notes dont lui seul détenait le secret, la musique de cet orchestre au son envoûtant qui renvoyait à l’époque où la grande Cora Walton – connue sous l’appellation de Koko Taylor – faisait vibrer les tripes des Noirs dans la ville de Memphis dans d’État du Tennessee. On y apprend que le diable ne s’habillait pas seulement chez des grands couturiers européens, mais il portait aussi la casquette Stetson, mesurait 1,75 mètre et avait la peau noire.

En tout cas, le lecteur se trouve soudain confronté, à cause d’un panorama dans un coin du récit, au « blues de Kinshasa » pendant que, quelque part en enfer, Satan était très tourmenté.

Les pérégrinations de Cicéron Boku Ngoi dans un dancing où des filles presque nues, aux corps longilignes semblables à ceux des impalas, des travestis aux longues jambes, des anges archanges fourvoyés, et des chattes de luxe dansaient sensuellement sous le regard admiratif de quelques Européens, à la mine patibulaire, dont les crânes étaient rasés. On se serait cru en Allemagne, dans les années 1930, plus précisément au Himmel und Hölle (le Ciel et l’Enfer), un ancien cabaret berlinois qui était situé non loin de l’Église mémorial Kaiser-Wilhelm. Sous la plume de Gaspard-Hubert Lonsi Koko, Kinshasa ressemblait complètement à la ville de Berlin en pleine débauche, mœurs qui préparèrent la prise du pouvoir par Adolf Hitler et le Parti national-socialiste. À une différence près, en République du Zaïre, la dictature était déjà au pouvoir. Sauf si les nazis se trouvaient dans la capitale zaïroise pour apporter leur savoir-faire aux tortionnaires du maréchal Mobutu, ce dernier étant aussi appelé Mobutu SS. De plus, les clients européens qui fréquentaient ce dancing, dont les airs s’apparentaient à ceux des nazis, auraient très bien pu s’appeler Joseph Goebbels, Hermann Wilhelm Göring, Heinrich Himmler, ou Erwin Rommel. Leur ressemblance à des monstres comme Adolf Eichmann, Josef Mengele, Rodolph Hess, Martin Bormann, Klaus Barbie, Rudolf Franz Ferdinand Höss, Martin Bormann… ne pouvait que présager le durcissement du régime mobutiste.

Charlotte Mondo

© Agoravox 

Titre : Dans l’œil du léopard

Auteur : Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Editeur : L’Atelier de l’Egrégore

Genre : policier

Format : numérique (epub)

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