Le phénomène de la dépigmentation, devenu au Togo, la nouvelle mode à partir des années 80, touche aujourd’hui bon nombre de femmes de toutes les couches sociales. Dans les boutiques, sur les étalages des marchés, les produits cosmétiques pullulent. Les candidates à la dépigmentation y font recours. Certaines vont même plus loin et adoptent  les produits toxiques et cancérigènes comme l’eau de javel et la solution de lavage des pellicules photo pour accélérer le processus. Qu’est ce qui pousse réellement nos femmes à s’adonner à cette pratique ?  Découvrons-le plutôt.

 « L’homme noir est fasciné par la peau blanche et cette situation le pousse à tout faire pour ressembler au blanc » écrivait il y a plus de 50ans,  l’écrivain antillais Franz Fanon, dans son ouvrage intitulé ’’Peaux noires, masques blancs’’. Eh ! Oui, dans l’inconscient collectif des Africains, cette affirmation semble mériter sa place. La peau blanche, aujourd’hui dans nos pays, est synonyme de grandeur d’esprit, de richesse et de beauté. Malgré les indépendances, les Africains ont encore le complexe d’infériorité face à l’ancien maître blanc. Au Togo, il suffit qu’un enfant, qu’il soit fille ou garçon, ait un teint un peu clair pour qu’on l’appelle « Da Yovo », la blanche ou « Fo Yovo », le blanc. Cette fascination pour la peau blanche pousse certaines femmes à se dépigmenter. En dehors de cela, la raison fondamentale de ce phénomène est la séduction, plaire aux hommes. «  Le teint clair attire », affirment bon nombre des femmes. Pour Amélé, une jeune fille de 25 ans qui se dépigmente depuis 3ans,  « J’utilise les produits éclaircissants, parce que c’est ce que les hommes aiment. Les femmes au teint clair sont considérées comme les plus belles. Je sais ce dont je parle. Par exemple, quand je suis avec des amies teint noir et les hommes nous abordent, c’est à moi qu’ils s’adressent premièrement » déclare-t-elle avec fierté.

Attirer l’attention des hommes qui n’ont d’yeux que pour les femmes au teint clair, tel est le motif le plus souvent évoqué par les Togolaises comme  Amélé, adeptes de la dépigmentation.  Ainsi,  dans leur  quête des hommes, Les femmes africaines veulent mettre toutes les chances de leur côté en utilisant différentes gammes de produits cosmétiques. Certaines vont même adopter des produits toxiques et cancérigènes comme l’eau de javel et la solution de lavage des pellicules photo pour accélérer le processus.
Par contre, d’autres  s’adonnent à la dépigmentation par suivisme. C’est parce que leurs amies et rivales en font, ou les médias passent en boucle la publicité pour ces produits,   elles se sont lancées dans la course au teint le plus clair. Selon, Emilie, elle a commencé l’utilisation de ces produits éclaircissants à cause de ses camarades qui sont devenues « très belles » en l’espace de quelques mois. Elle a adopté une gamme de lait et de savons pour lesquels on fait souvent la pub sur une chaîne de télé.

Cependant, il faut souligner que beaucoup finissent par être déçues, parce que les résultats sont souvent au-delà des attentes. Certaines parties du corps virent rapidement au clair sous l’effet de ces produits. Mais, au niveau des coudes, des genoux et des orteils « c’est toujours le noir foncé ». Alors, nos « Da Yovo » ont le teint en deux tons ou en coca-cola. Certaines se brûlent la peau à force d’appliquer ces produits à fort taux d’hydroquinone. «  Regardez ce que je suis devenue. C’est moi-même qui l’ai cherché. J’ai la peau brûlée. Je ne porte plus que des habits qui me couvrent tout le corps et dans la journée j’ai des bouffées de chaleur. Au début, je croyais me rendre belle, or plutôt je détruisais ma peau. Si je savais, j’allais garder ma peau naturelle », témoigne  avec regret Mme Nima, la cinquantaine et revendeuse au grand marché de Lomé. Avant d’ajouter en interpellant les autres femmes ou filles à une prise de conscience du danger qu’elles courent : « Si mes petites sœurs peuvent comprendre les risques qu’elles courent et cesser l’utilisation de ces acides, ce serait  bien. On se détruit seulement, croyant qu’on est à la mode » 
En effet, bon nombre de femmes qui se dépigmentent, ne savent pas les risques qu’elles courent.  Les risques de ce phénomène sont nombreux. Selon un médecin dermatologue «  La mélanine qui protège la peau se dégrade, le système immunitaire s’affaiblit et les cicatrisations de la peau deviennent difficiles ».

La dépigmentation de la peau est aujourd’hui un problème de santé publique. Les femmes et les jeunes filles doivent en prendre conscience. Elles détruisent leurs peaux naturelles.  Retenons que la peau noire est la plus belle.

Rolande AZIAKA

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