Depuis la fermeture de mon compte Facebook, Twitter est devenu mon espace de prédilection pour l'expression semi privée. J'y passe moins de temps mais les discussions sont plus pertinentes et on va droit au but car avec 140 caractères, il n'y a pas de quoi faire la genèse de l'empire mandingue. Ce que j'aime également sur Twitter, c'est la possibilité de cerner rapidement l'actualité dans toute sa diversité. D'un simple coup d'œil, les Trends nous informe que c'est aujourd'hui la journée du Nutella (oui, ça existe!), que le président Chavez est mort ou que Confessions Intimes passe en ce moment en France. Tout cela avant même d'avoir lu la moindre dépêche. Les trends, une sélection de sujets populaires, indiquent de quoi parle la société et dernièrement, le hashtag #CIE apparait de façon récurrente dans le micro-environnement du Twitter ivoirien.

La CIE est la Compagnie Ivoirienne d'Electricité. Entreprise privée appartenant au groupe français Bouygues, elle est en charge de la production, la commercialisation et la distribution de l'électricité sur le territoire ivoirien et dans la région ouest-africaine. La compagnie existe depuis 1990 et est sous contrat avec l'état ivoirien jusqu'en 2020.

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En octobre 2012, soucieuse de redorer son blason terni par des années de délestages et des factures astronomiques, la CIE a lancé une campagne publicitaire baptisée "Dans Le Courant de Votre Vie". Une belle campagne du reste et qui tombait au bon moment, les abidjanais leur vouant un profond désamour. Confrontés à des coupures quotidiennes, la réaction ne s'est pas fait attendre entre dérision et parodie d'un message très loin - trop loin - de la vérité des faits. Dans un style propre à eux, les jeunes ivoiriens sont allés jusqu'à créer un super-vilain: Délestron, qui frappe chaque quartier la nuit venue, les..délestant du courant électrique sans que les super héros de la publicité CIE ne puissent y faire quelque chose.

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En écrivant, je ris encore de ce tweet annoncant la nomination de Délestron comme gouverneur du district d'Abidjan mais le sujet est très sérieux. L'accès à l'électricité est une des bases sinon LA base de tout développement économique. C'est pour cette raison qu'il fait partie des critères pour le classement Doing Business. Si après 50 ans d'indépendance, la condition première pour l'industrialisation d'un pays fait défaut, les discours-programmes ne servent qu'à emballer les galettes. Pourtant, c'est bien ça le problème: 32 pays africains sur 48 étudiés souffrent d'un déficit énorme d’alimentation en énergie. Selon Christine Heuraux, directrice chez EDF et auteur de "L'électricité au coeur des défis africains", la capacité sub-saharienne est de 74 Gigawatts. 74 GW Pour 860 millions d'africains, une production moindre que celle de l'Espagne (45 millions d'habitants).

Pour répondre à la demande croissante de l'Afrique, il faudrait que la capacité de production augmente de 10% chaque année. A ce stade, la croissance est de seulement 3% et pire, le peu qui est produit coûte deux fois plus cher que dans toutes les autres régions en voie de développement sur la planète. Vous avez mal à la tête? Ce n'est pas encore la fin. L'Afrique n'exploite que 5% de son potentiel hydroélectrique, source énergétique propre, renouvellable et ayant la caractéristique d'être la moins chère. Au Congo, sur un seul site, on trouve un potentiel deux fois supérieur au plus grand barrage du monde! Il est temps de prendre un cachet d'aspirine.

Revenons à la Côte d'Ivoire. Devant le mécontentement général et suite à une interpellation publique du président Alassane Ouattara, le ministre des mines et de l'énergie Adama Toungara a cru bon de dire "Il n'y a pas de délestage". Voyons donc! Les pouvoirs publics nient encore le problème. Le but de cet article n'est pas de disputer les explications du ministre. Chacun se fera son idée en lisant l'article mais une chose est sûre, que ce soit des feux d'artifices ou des monuments super éclairés, les subterfuges ne font pas long feu face au désarroi des populations blasées. A. N, une jeune diplômée rentrant en Côte d'Ivoire pour se reposer et sonder le marché de l'emploi n'en revient toujours pas...

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