Crash de l'A320 : de l'infobésité à l'infobsurdité

Le crash aérien survenu mardi 24 mars dans les Alpes-de-Haute-Provence est un des plus meurtriers sur le sol français depuis l’après-guerre. Et le récit qui est en train d’en être restitué peut être l’un des plus absurdes

Il suffisait mardi soir de lire les journaux français, allemands et espagnols pour s’apercevoir que ce qu'on pourrait appeler l’info-bsurdité s’est développée telle une forme stupéfiante et stupéfaite de l’infobésité.

Le jour même du drame, l’on apprenait pêle-mêle que l’accident était l’effet de la volonté du copilote du vol Barcelone-Dusselorf. Andreas Lubitz, 28 ans, était originaire de Montabaur, avait 630 heures de vol avec la Lufthansa, et, comme le révèle son compte Facebook, il était fan du disc jockey David Guetta.

Les débris d’informations et les bribes d’observation arriveront ainsi au compte-goutte sur les sites et chaînes d’information européennes, cela de manière anarchique et sans que ne soient nettement distinctes l’enquête juridique de l’histoire personnelle du copilote inculpé post mortem.

Pour ce qui est du récit factuel, c’est un journal non européen, le New York Times, qui a été le premier à le restituer en révélant qu’un des pilote était resté enfermé hors du cockpit lors de toute la descente de l’appareil.

D’après l’enquête judiciaire, le copilote aurait en effet actionné le bouton commandant la perte d’altitude. La «volonté de détruire l’avion» par le copilote est l’hypothèse que le procureur a logiquement retenu. Rapidement, les télévisions écartent l’hypothèse de l’attentat et s’interdisent toute analogie avec le 11 septembre. Les chaînes, fréquemment accusées de failles déontologiques, manifestement, veulent éviter de se voir accuser d’avoir tiré des conclusions hâtives qui seraient lourdes de conséquences.

Lubie Lubitz

Dans ce laps de temps, Facebook s’est immiscé dans l’intrigue patho-psychologique. Le compte d’Andreas Lubitz a changé au moins trois fois au cours de la journée de jeudi, rapportait le quotidien espagnol El Pais ce 27 mars. Apparaissant tantôt en garçon sportif et passionné d’aviation, en psychopathe discret ou encore en « héros de l’Etat Islamique », Lubitz sème l’étonnement des internautes. Quel compte appartient au réel Lubitz, quelles pages sont fantasmatiques ? Une enquête dans l’enquête devrait s’ouvrir.

Sans attendre que les enquêteurs et les secouristes aient retrouvé la seconde boite noire, Paris-Match consacre un long papier à la personnalité du copilote allemand, en basant son récit sur des éléments tirés du réseau social. Le quotidien «Bild» s’obnubile à son tour de la psychologie de l’élément perturbateur identifié, en rapportant qu’Andreas Lubitz était un sujet fréquemment en proie à des crises de panique, et qu’ il avait même été jugé inapte à voler au cours de sa formation à la Lufthansa. Die Zeit, quant à lui, étend le récit en contractant le suspens : les enquêteurs auraient retrouvé, chez le défunt pilote, un exemplaire déchiré d’un documentant portant mention d’une maladie, dont le nom ne sera pourtant dévoilé que « dans des jours prochains ». 

A mesure des révélations chancelantes sur la supposée fragilité psychologique d'Andreas Lubitz, les experts ès depression ont poussé comme des chanterelles de printemps sur les plateaux  européens de télévision. Or, hypertrophier les dispositions psychiques du co-pilote, revient à reléguer à l'arrière plan des éléments importants de l'enquête. Conséquence : à se concentrer quasiment exclusivement sur l'auteur du geste, on ne voit plus bien le déroulement de l'accident ni l'ensemble des causes qui a eu pour effet le crash. On n'en comprend ni le pourquoi, ni même le comment

Pourtant, L'avantage de lire une information dans un journal plutôt que sur une plate-forme sociale , c'est d'y trouver un événement restitué de manière cohérente, quand bien même la suite des faits qui en sont à l'origine n'apparait pas ordonnée, mais anarchique et mystérieuse au point d'être absurde. 

Le crash de l’airbus 320 dépasse décidément l’entendement,comme le jugeait Angela Merkel lorsqu’elle était venue se recueillir sur les lieux accompagnée du président français François Hollande et du Premier ministre espagnol Mariano Rajoy.

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Journaliste médias à Intégrales Mag et à Socialter en même temps ; sème aussi des chroniques, notamment à Sud Radio (Le Brunch Médias) ; intervenante au Celsa "nouveaux médias".
Twitter : @ClaraSchmelck
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