Plusieurs journalistes ivoiriens proches de l'ancien chef de l'Etat, Laurent Gbagbo, sont traqués par des partisans d'Alassane Ouattara et ont dû entrer en clandestinité par crainte d'être victimes de règlements de comptes, a appris Reporters sans frontières auprès des intéressés et de plusieurs sources concordantes.

"Nous sommes très inquiets et mettons en garde les nouvelles autorités contre une situation qui pourrait leur échapper mais dont elles seraient tenues responsables. La volonté de certains partisans du nouveau Président de faire la chasse aux journalistes du camp adverse pour se venger est simplement inacceptable et indigne. Nous appelons le président Ouattara à demander publiquement à ses partisans de renoncer à cette volonté de vengeance et de respecter la pluralité des opinions", a déclaré Jean-François Julliard, secrétaire général de l'organisation.

 

Victimes d'une chasse à l'homme

 

Pendant les quatre mois de crise traversés par la Côte d'Ivoire, les journalistes ivoiriens, toutes tendances confondues, ont subi menaces, intimidations, et entraves à l'exercice de leur métier. Mais depuis une semaine, des partisans d'Alassane Ouattara ont lancé une véritable chasse à l'homme visant spécifiquement les journalistes pro-Gbagbo.

Selon les informations recueillies par Reporters sans frontières, une liste de huit journalistes "à abattre" circulerait actuellement dans Abidjan. Sont touchés des employés du quotidien d'Etat Fraternité Matin, plusieurs journalistes de la Radio-Télévision Ivoirienne (RTI), et plusieurs de la presse dite "bleue", notoirement pro-Gbagbo. Ces journalistes traqués ont préféré entrer dans la clandestinité. Certains membres du Conseil national de la presse (CNP), dont la dernière équipe était très proche de Laurent Gbagbo, les ont imité.

 

Le gouvernement d'Alassane Ouattara entend poursuivre des journalistes

 

Le gouvernement d'Alassane Ouattara a annoncé son intention de poursuivre certains journalistes en justice pour leur rôle dans la propagande en faveur de l'ancien pouvoir. Si l'intention de sanctionner ceux qui se sont rendus coupables de dérives graves est louable, Reporters sans frontières s'interroge sur les critères qui permettront de déterminer qui doit être poursuivi.

Le monitoring des médias effectué par l'organisation pendant la campagne électorale d'octobre et novembre 2010, ainsi que l'observation minutieuse de la presse ivoirienne tout au long des quatre mois suivants, révèlent que presque tous les médias ont commis des dérapages. Le Conseil national de la presse encore présidé par Eugène Dié Kacou les avait d'ailleurs, à l'époque, tous sanctionnés, qu'il soient proches de Laurent Gbagbo ou d'Alassane Ouattara. Pendant la campagne électorale, Reporters sans frontières avait stigmatisé les dérives de Notre Voie (pro-Gbagbo) autant que celles que du Nouveau Réveil (pro-Bédié) ou du Patriote (pro-Ouattara). Nous ne tolérerons pas que tous les médias proches des nouvelles autorités échappent aux remises en cause et aux poursuites judiciaires. 

"L'intention du gouvernement doit être uniquement guidée par une volonté de justice et ne doit pas aboutir à des règlements de comptes. S'il est effectivement nécessaire de sanctionner des personnes qui ont pu, à la RTI notamment, être coupables d'appels à la haine, il serait dangereux de procéder à une purge ayant toutes les apparences de la vengeance. Les nouvelles autorités doivent éviter de reproduire les travers observés dans le passé consistant à opprimer la presse d'opposition et à tolérer les écarts de la presse qui leur est favorable", a affirmé Reporters sans frontières.

 

Pas encore de retour en kiosques pour la presse "bleue"

 

Le Patriote a été le premier quotidien ivoirien à faire sa réapparition, en étant largement distribué dès le vendredi 15 avril 2011. Lundi 18 avril, plusieurs quotidiens avaient également fait leur retour dans les kiosques : le journal d'Etat Fraternité Matin, plusieurs journaux pro-Ouattara (Nord-SudLe Mandat), et enfin des titres indépendants, (L'Intelligent d'AbidjanL'Inter).

En revanche, les sièges des quotidiens Notre Voie et Le Temps, fleurons de la presse "bleue", pro-Gbagbo, ont été attaqués et saccagés. Le matériel de production a été détruit. Les domiciles de certains journalistes de ces deux titres ont été visités. Conséquence : toujours pas de retour en kiosques possible pour ces deux quotidiens.

 

Source RSF
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Commentaires

  • Triste que des victimes supposées ou réelles de l'ancien régime s'en prennent physiquement au journalistes qui étaient au service du président déchu ! Il est bien vrai que ces derniers ont joué un rôle sinistrement déterminant dans la boucherie humaine qui a endeuillé les familles de tous les camps en diffusant des appels à la haine tribale et au chauvinisme ! Certains avaient même cru à la métempsycose de la lugubrement fameuse « Radio des Mille Collines « Un instrument financé par tous les contribuables a été, hélas, confisqué et utilisé pour diviser les citoyens.

    Cet élan hystérique de ces victimes qui ne peut qu'entraver le processus de replâtrage d'une nation étalée sur la paillasse de l'agonie devrait être condamné voire réprimé et la laisser la justice en place de se saisir du brûlant dossier de implications des uns et des autres dans le pogrom que nous tous déplorons amèrement ! Nous espérons que tous aurons droit à un procès équitable !

  • Triste que des victimes supposées ou réelles de l'ancien régime s'en prennent physiquement au journalistes qui étaient au service du président déchu ! Il est bien vrai que ces derniers ont joué un rôle sinistrement déterminant dans la boucherie humaine qui a endeuillé les familles de tous les camps en diffusant des appels à la haine tribale et au chauvinisme ! Certains avaient même cru à la métempsycose de la lugubrement fameuse « Radio des Mille Collines « Un instrument financé par tous les contribuables a été, hélas, confisqué et utilisé pour diviser les citoyens.

    Cet élan hystérique de ces victimes qui ne peut qu'entraver le processus de replâtrage d'une nation étalée sur la paillasse de l'agonie devrait être condamné voire réprimé et la laisser la justice en place de se saisir du brûlant dossier de implications des uns et des autres dans le pogrom que nous tous déplorons amèrement ! Nous espérons que tous aurons droit à un procès équitable !

     

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