COP21 : journalisme scientifique vs presse d'opinion

À un mois de la COP21, les médias échauffent l’opinion en exacerbant l’antagonisme entre les climatologues qui imputent le dérèglement climatique à l'activité industrielle et les «climato-sceptiques», qui nient la validité de cette thèse. Conçue par la rédaction de Science Actualités comme un documentaire interactif, l’exposition «Climat 360°», actuellement à la Cité des Sciences à Paris, donne accès au public à l’ensemble des données du dossier. 

COP21 et climat polémique dans les médias 

L'intensification des émissions de gaz à effet de serre est-elle la principale responsable du réchauffement accéléré de la planète ? Tandis-que la question divise toujours les experts, la presse française généraliste d'information semble s'éprendre d'une soudaine passion pour les enjeux climatiques. Depuis la création en 1988 du GIEC, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat chargé de rédiger des rapports sur l’état de la science sur ce sujet et d’évaluer les risques d’un changement climatique futur, l’ONU organise sommets sur sommets : Rio de Janeiro, en 1992 , Kyoto en 1997….la presse couvre, mais reste gelée.

Début octobre, soit moins de deux mois avant la COP21, qui se tiendra du 30 novembre au 11 décembre à Paris, la mise à pieds de Philippe Verdier, chef du service météo de France 2, ouvertement «climato-sceptique» (un peu trop, aux yeux de la chaîne publique ?), a changé l’atmosphère. Depuis que Mr Météo est vent debout contre «les scientifiques manipulés, politisés» et qu’il tempête sur tous les plateaux contre une «machine de guerre destinée à nous maintenir dans la peur», même «Les Grandes Gueules» sur RMC et «Les Grosses Têtes» de RTL, s’invitent au débat sur le dérèglement climatique… sans s’encombrer toutefois de rigueur scientifique, puisque les polémique portent sur la réputation des uns ou des autres, les cabales de lobbys et les rivalités d’égos. Le tout dans un climat exécrable.

De l’autre côté, la tendance qui consiste à réduire les «climato-sceptiques» à des révisionnistes prêts à faire sauter la planète obstrue l’échange scientifique. Sans le vouloir, les médias et blogs qui dénient tout crédit aux «climato-sceptiques», dont certains sont pourtant des universitaires, enferment la thèse qu’ils croient défendre dans l’étroitesse du dogme. Dans "Climat, une bonne dose antiseptique", Libération décode un par une à une les principales assertions des "climato-sceptiques" en leur opposant des données et des raisonnements scientifiques, mais ne peut s'empêcher un ton sarcastique. Renvoyés dos à dos, sources issues de l’“Establishement” et théories “anti-COP21” apparaissent tels deux blocs de glace impossibles à faire fondre.

Quand des journalistes convient à une enquête scientifique

Plutôt que de nier une négation («Non, ce n’est pas vrai que ce n’est pas l’effet de serre qui cause en partie le réchauffement.»), mieux vaut expliquer un ensemble de phénomènes. Telle est la démarche épistémologique à laquelle se tient la Cité des sciences et de l’industrie à Paris, en proposant, jusqu’au 16 mars 2016, une exposition intitulée « Climat l’expo à 360° ».

Le parcours «enquête scientifique» a été conçu et réalisé par la rédaction de Science Actualités, le magazine de la cité des sciences, avec le concours de l’AJSPI (l’Association des journalistes scientifiques de la presse d’information). Ce documentaire interactif géant vise à donner au grand public l’accès aux dernières actualités et flux de données relatives aux questions géopolitiques, économiques, énergétiques, environnementales, technologiques et scientifiques liées au changement climatique.

«Dans un contexte souvent anxiogène où les informations affluent de toutes parts, l’approche journalistique adoptée par l’exposition a pour objectif d’offrir aux visiteurs des points de repère fiables, recoupés et sourcés, suite à une enquête indépendante.», font valoir les responsables de l’exposition.

La force de ce dispositif est d’avoir soigneusement évité le récit téléologique de type «La grande histoire de la fonte des glaces », non seulement propice à la polémique, mais qui de surcroît aurait inexorablement versé en images d’Épinal ou en conseils de vieux sages. L’approche journalistique prémunit contre tout scénario catastrophiste. Le but de l’exposition documentaire est moins de montrer des effets que de produire des résultats.

Science Actualités met ainsi à la disposition du visiteur toutes les «pièces du dossier» pour l’amener à dresser par lui-même un état des connaissances sur la base d’infographies originales, de reportages, d’interviews. A parcourir, notamment : un film d'animation de data visualisation,  qui donne accès à une sélection de données récentes sur les questions géopolitiques, économiques, énergétiques, environnementales, technologiques et scientifiques, le webdoc La glace et le ciel, qui retrace la vie du glaciologue Claude Lorius, le premier à avoir « lu » le climat en forant dans les profondeurs de l’Antarctique.

A chacun de faire l’effort de reconstituer le puzzle, à la manière d’un chercheur, pour comprendre comment l’intensification de l’effet de serre – la concentration en gaz carbonique est passée de 280 parties par million en 1870 à 388 ppm en 2009 - est le principal responsable du réchauffement de la planète. L’hypothèse d’un rôle majeur du soleil dans l’évolution climatique des 50 dernières années – marquée par un réchauffement planétaire, la hausse du niveau marin, la fonte des glaciers continentaux – ne peut être soutenue dans l’état actuel des connaissances sur la physique du climat, prouve encore l’exposition.

A l’issue du parcours, le visiteur est invité à faire le point sur ce qu’il a retenu en participant à un quizz autour de quatre entrées : Le diagnostic du réchauffement et les premiers impacts ; Les causes du réchauffement et la responsabilité humaine ; Les scénarios d’émissions de gaz à effet de serre et d’évolution du climat ; La quête de solutions face au défi climatique de la planète. Pour autant, il ne ressort pas avec un kit de réponses "certifiées scientifiques" sous le bras. Bien plutôt, il se trouve en mesure de prendre part à une problématique qui est loin d’être solutionné, comme on peut le voir à travers ces huit films d’interviews croisées où 21 experts s'expriment sur le sujet : Valérie Masson-Delmotte, conseillère scientifique de l’exposition, Laurence Tubiana, Nicolas Hulot, Jean–Louis Etienne, la navigatrice Catherine Chabaud …Le propre de la science n’est-il pas d’apporter des réponses qui ouvrent sur la possibilité de se questionner toujours à nouveau ? 

La médiatisation de la COP21 permet de mesurer tout l'intérêt de la presse spécialisée — en l'occurrence, la presse scientifique — qui nous rappelle que la démarche du journaliste et celle du scientifique sont communes. Tous deux fuient le bruit des opinions, préférant forer dans la profondeur des faits. 

 

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Journaliste médias à Intégrales Mag et à Socialter en même temps ; sème aussi des chroniques, notamment à Sud Radio (Le Brunch Médias) ; intervenante au Celsa "nouveaux médias".
Twitter : @ClaraSchmelck
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Commentaires

  • un article intéressant quand on relit le billet.pourquoi pas se cultiver!!!

  • ici le rôle des media est d,informer le plus grand nombre de personnes.les scientifiques et les journalistes doivent conjuguer leurs efforts pour informer le public.les opinions ont besoin d,être connues et informées sur le climat.c,est le rôle des media.du 30 novembre au 12 décembre,chacun doit savoir quelque chose sur le climat.les pays du sud vont être a l,écoute.

  • un article for utile encore plus quand on vit en Afrique.Làou ou les dirigeants ne semblent pas plus inquiets que ça.Ont-ils torts ?ont-ils raison?difficile de le dire.En dehors de la presse occidentale,c'est presqu'impossible de disposer de documents objectifs pour se faire sa propre opinion.

  • slt,j'adore l'ingénieuse initiative, c'est super important!!!

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