Comprendre Nuit Debout

illustration tirée du Tumblr Mouvement de libération graphique et artistique #NuitDebout 

Depuis le jeudi 31 mars, la place de la République à Paris donne lieu à un rendez-vous quotidien et protéiforme : Nuit Debout. Parti de la manifestation contre la Loi Travail, ce mouvement de révolte échappe aux définitions traditionnelles. Qu’est-ce que Nuit Debout ?

Assimilé au mouvement espagnol des Indignés ou à Occupy Wall Street aux Etats-Unis, Nuit Debout déjoue les tentatives de définitions traditionnelles. Raphaël Krafft s’est rendu sur place, à République, afin de comprendre ce qu’est ce rassemblement :

Initié le jeudi 31 mars, jour de la manifestation contre la Loi Travail, Nuit Debout a depuis mué en une révolte politique plus globale, essaimant dans plusieurs villes françaises. Dans la foulée de la fronde des YouTubeurs avec #OnVautMieuxQueCa, et du succès de Merci Patron ! au cinéma, la loi portée par la ministre du travail El Khomri est venue catalyser le discrédit de la classe politique française et le mécontentement vis-à-vis de l’action gouvernementale.

bandeau d'accueil sur le site de Nuit Debout

  • Les coulisses d’un mouvement

Nuit Debout n’est pas pour autant un mouvement spontané. Dans les coulisses du mouvement, on trouve François Ruffin, fondateur et rédacteur en chef du journal Fakir, et réalisateur de Merci Patron !, ainsi que l’économiste Frédéric Lordon, qui a signé, le 29 mars 2016 dans Le Monde Diplomatique, une tribune intitulée « #NuitDebout : nous ne revendiquons rien ».

discours de François Ruffin à Nuit Debout, le 31 mars 2016

Nuit Debout a été storytellé, c’est-à-dire pensé pour susciter l’émotion et l’adhésion populaire. Parmi ses inspirations, figurent des références récentes telles que l’essai de Stéphane Hessel Indignez-vous !, ou L’insurrection qui vient, anonymement publié en 2007. Nuit Debout emprunte aussi des symboles révolutionnaires, puisque le mouvement dispose de son propre calendrier. Les manifestants comptent les jours en restant au mois de mars : ainsi, le samedi 16 avril équivaut, pour Nuit Debout, au 47 mars. De même, rares sont les manifestants qui se présentent avec leur nom de famille.

  •  Un défi médiatique

Au-delà de la révolte et de ses enjeux, Nuit Debout représente aussi un défi médiatique. Avec la volonté de porter une voix différente de celle présentée dans les médias traditionnels, et de la faire entendre ailleurs que sur les places principales des villes françaises qui ont rejoint le mouvement depuis, Nuit Debout a très vite constitué ses propres médias. Peu après les premiers flux Periscope de Rémy Buisine, qui ont réuni jusqu’à 81 000 personnes en simultané, Radio Debout est née dans la nuit du 6 avril. Depuis, elle émet chaque jour de 18h à minuit, quand le courant le permet. Le 7 avril, c’est TV Debout qui s’installe et commence à diffuser, sur YouTube.

logo de Radio Debout

Faits avec les “moyens du bord” et la bonne volonté des personnes présentes, ces médias vivent du temps de ses bénévoles, aux côtés d’un Media Center chargé d’organiser des stratégies de mobilisation et d’essaimage du mouvement sur la toile.

Emma, activiste espagnole des Indignés, explique ainsi être arrivée à Paris le 20 mars pour aider à l’organisation du mouvement en développant ce Media Center international, à l’origine du compte Twitter et de la page Facebook de Nuit Debout. L’enjeu du Media Center est de dessiner une trame narrative, un discours pour essayer d’arriver plus loin avec le message de Nuit Debout. Selon elle, Convergence des luttes n’appelle pas un citoyen qui n’est pas politisé ou mobilisé. Si le citoyen ne fait pas partie d’une lutte, il lui est difficile de s’identifier à cet appel. Le storytelling s’appuie donc sur le climat de peur [de la France suite aux attentats de janvier et novembre 2015] pour essayer d’amener vers l’espoir, l’amour, l’envie de se rencontrer, de partager, de débattre et de se repolitiser”. Le nom du mouvement a d’ailleurs fait l’objet de délibérations au sein de Convergence des luttes, le collectif à l’origine de Nuit Debout. Entre « Nuit Rouge », jugé trop connoté, et « Rêve Générale », déjà trop usé, Nuit Debout a finalement été choisi, peut-être parce qu’il permet une diffusion virale et de multiples déclinaisons.

Nuit Debout rassemble ainsi de nombreuses volontés, toujours dans un souci de de s’organiser de manière horizontale, sans hiérarchie établie. Le mouvement allie des échanges et discussions dans les multiples commissions et lors de l’assemblée générale aux outils numériques, avec notamment l’élaboration d’un wiki et l’utilisation de Telegram, une application de messagerie instantanée.

 

cartographie de la structure organisationnelle | photographie de Raphaël Krafft

Ce défi médiatique s’impose aussi aux journalistes chargés de couvrir Nuit Debout, mouvement multiforme et par conséquent difficile à identifier. En même temps qu’ils doivent interroger les enjeux soulevés par Nuit Debout, les journalistes informent sur ce mouvement typique du XXIème siècle, dont l’indépendance, l’indétermination, l’absence de leaders et l’auto-gestion se dégagent comme les maîtres mots. Notre reporter, Raphaël Krafft, est ainsi devenu un “observateur participant” quand il a pris l’antenne de Radio Debout un soir.

M'envoyer un e-mail lorsque des personnes publient un commentaire –

Mathias Virilli - journaliste made in Atelier des médias

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Récemment sur l'atelier

Atelier des Médias - RFI via Facebook

Une appli audio pour découvrir les identités multiples de la capitale…

Atelier des Médias - RFI via Facebook

#Tuto Comment créer un bot Twitter simplement via Numerama ⍔…

Atelier des Médias - RFI via Facebook

#Turquie 🇹🇷️ Un parquet d’Istanbul a émis jeudi 10 août des mandats…

Atelier des Médias - RFI via Facebook

#Facebook intègre bientôt des messages d'élus dans le feed de ses…

Plus...