Crédit photo : Angela n. (FlickR)

Le commerce des cuisines ambulantes ne s'est jamais aussi bien porté qu'aujourd'hui. En Californie, Twitter a totalement bouleversé le secteur de la restauration. 

Dans une ville comme San Francisco où trop de gens déjeunent dehors sans avoir le temps de préparer leur gamelle, nombre d’entre eux s’alimentent auprès de camions restaurants prosaïquement baptisés « food trucks ».

Leur multiplication et la qualité de leurs produits (certains se disent « gourmets ») est considérée comme une menace par les restaurants qui ont obtenu une réglementation sévère et un prix dissuasif pour l’acquisition des licences.

Comme toujours, la réponse a été l’économie informelle et l’apparition de camions sans permis contraints à dégager chaque fois que les inspecteurs montraient le bout de leur nez.

Mais ça, c’était avant Twitter qui a tout chamboulé. Vous voulez savoir comment ?

 

  • Dans un premier temps, les informels se sont servis de Twitter pour avertir leurs clients des endroits où ils se trouvaient à mesure qu’ils se déplaçaient.
  • Dans un deuxième temps, les propriétaires de licence, qui voyaient leur clientèle s’effilocher, se sont mis à utiliser les comptes de leurs concurrents comme base de données de particuliers auxquels proposer leur service

Grâce à cela, le commerce des cuisines ambulantes ne s’est jamais aussi bien porté. Les sites et blogs permettant de les trouver ne manquent pas, tels FriskyFoodTrucks ou Best Food Trucks Bay Area. Même Yelp, le service de classement des restaurants met à disposition une sélection des meilleurs camions de San Francisco.

Des implications qui vont plus loin que ce nous pourrions imaginer

  • Il y a même un livre sur la gestion de ces cuisines ambulantes, qui voit dans cette mode une « connection culturelle ».

  • Et, bien entendu, les propriétaires de camions commencent à ouvrir des restaurants.

  • Les « Food Trucks » sont une nouvelle tendance de la pause déjeuner en France que l’on peut, avec Pouet-Pouet.com, localiser en temps réel.

Un chercheur du Massachussetts Institute of Technology appelé Sepandar Kamvar, y voit un processus dans lequel Twitter et les réseaux sociaux contribuent à « refaçonner la vie » dans la ville.

Il s’est même donné pour tâche de cartographier cette évolution pour nous permettre de la suivre.

La morale de cette histoire est qu’une technologie qui n’a rien à voir avec une activité industrielle ou commerciale donnée – en l’occurrence la restauration - peut bouleverser plusieurs couches d’entreprises établies. Et comme une fois le tourbillon lancé, nul ne sait où il s’arrêtera, il faut donc s’y mettre vite pour comprendre en participant. Avant qu’il ne soit trop tard.

La morale de cette morale est que, si le software organise la vie et modifie nos villes, certains comme Mark Andreessen disent qu’il « mange le monde ». Nous devons lutter pour des cuisines ouvertes, nous faire marmitons chaque fois que possible, et accommoder les sauces à notre convenance.En clair : suivons les technologies et apprenons même à en créer de nouvelles.


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Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. C'est notre vigie à l'affût des nouveautés, des frémissements, des évolutions de nos usages qui indiquent que les médias (au sens large) sont en train de changer d'ère. Depuis 2013, Francis publie également des chroniques dans La Tribune et l'Opinion.

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