Colonialisme culturel et numérique

Je m'attarde cette semaine sur la résistance aux « prédateurs numériques » qui s’organise en Europe pour résister aux géants de l’Internet.

Face aux prédateurs numériques, une résistance européenne est-elle possible ? La présidente d’Arte, Véronique Cayla, n’a pas hésité à mettre les pieds dans le plat, lundi dernier, en appelant à « mettre un frein à la nouvelle colonisation numérique » des géants américains du Web comme Google, Amazon, Facebook ou Netflix. Leur point commun ? Ils captent à leur profit nos données personnelles à partir d’une offre de distribution de contenus très efficace, avec des algorithmes très pertinents, mais ils ne versent rien en retour pour aider à la création, à faire émerger des richesses artistiques. En gros, il s’agit de profiter d’une puissance technologique et mondialisée pour s’accaparer des films, des séries, des livres, en ne redistribuant qu’un maigre pécule aux pays et aux créateurs qui les ont fait naître. On comprend mieux pourquoi on parle alors de colonialisme.

 

Les formes de cet accaparement sont multiples : fiscal, publicitaire, identitaire. La plus lourde, c’est d’abord l’évasion de milliards d’euros dans des paradis fiscaux pour échapper à l’impôt. C’est ensuite le choix d’un pays européen pour contourner les obligations légales de redistribution aux créateurs.  Netflix, la plateforme de consommation de films ou de séries à la demande, qui sera lancé le 15 septembre en France, en Belgique et en Allemagne, a par exemple choisi d’établir son siège européen au Pays Bas. Elle va donc concurrencer Canal+ qui est aussi le grand argentier du cinéma français sans aider en rien les cinéastes.  Le service américain se contente de réaliser de rares séries européennes, comme celle de Dan Franck qui sera lancée en 2015 sur le milieu politico-mafieux de Marseille.

 

Alors que faire ? On peut comme Stéphane Richard, le patron d’Orange, refuser – au moins dans un premier temps -  d’être le « cheval de Troie » de Netflix . Ou comme les éditeurs de presse allemands engager des poursuites, restées sans suite,  contre Google. On peut aussi comme Hachette mobiliser les auteurs et les éditeurs contre Amazon qui impose ses conditions et assèche les libraires. Véronique Cayla propose elle, dans la foulée du président du CSA Olivier Schrameck, de faire une entorse au principe de la neutralité du Net en réservant le très haut débit qu’à ceux qui accepteront d’investir dans les œuvres européennes. Bref, elle suggère des péages culturels sur les autoroutes de l’information. La nouvelle ministre de la culture Fleur Pellerin, qui avait remplacé Aurélie Filippetti lorsqu’elle avait boudé l’inauguration du centre culturel Google à Paris, devra elle aussi se déterminer.


L’actu des médias, les médias dans l’actu : tel est le propos de la chronique d’Amaury de Rochegonde, rédacteur en chef adjoint à Stratégies, qui se propose de décrypter ce qui change les médias à l’ère numérique. Les évolutions technologiques, la crise des modèles classiques, les nouveaux vecteurs d'information... Tels sont quelques-uns des éléments qui seront explorés sur la planète média. Tout en couvrant les grands événements «médias» qui touchent la France. Une attention particulière sera accordée à l'actualité internationale des médias, notamment intéressant les pays du Sud. La chronique pourra revenir aussi avec un regard critique sur la façon dont les médias couvrent certains événements et sur la façon dont les médias sont eux-mêmes transformés par une actualité qui leur est propre.

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Amaury De Rochegonde
Journaliste, rédacteur en chef-adjoint à Stratégies, spécialités Médias et RH, chroniqueur @RFI

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