Chu de Yopougon/ Sans salaire depuis plus un an

Le Chu de Yopougon ploie sous le poids de la dette aux dires de son Directeur (Ph : DR)

Les responsables et plus de 200 employés grognent

 -La Direction : « L’Etat nous doit près de 7 milliards Fcfa »

Les différents responsables des sociétés prestataires de service et plus de 200 employés travaillant au compte de ces entreprises au Chu (Centre hospitalier et universitaire) de Yopougon accusent plusieurs mois d’arriérés de salaires ; et pointent du doigt la Direction de cet établissement sanitaire de ne pas honorer ses engagements.

Du côté de la Direction qui doit exécuter les chèques auprès du trésor public pour paiement des entreprises, les premiers responsables parlent « de gros soucis financiers qu’éprouve l’Etat de Côte d’Ivoire depuis 2008 ».C’est dans cette confusion que le Chu est redevable de plusieurs mois de factures impayées aux entreprises telles que Wendel Sécurité, dont les agents assurent la sécurité, Eirec (Entreprise ivoirienne de restauration collective), Gossanchim pour ne citer que celles-là.  Ces sociétés prestataires de services emploient des agents dans la facturation, le conditionnement en passant par la production, la restauration et l’entretien. « Notre cas est très délicat dans la mesure où il nous faut de la liquidité chaque jour pour offrir des prestations de qualité », a soutenu Andrien Koko Koffi, chef d’exploitation de la société Eicer. Selon ses dires qui ont été soutenus par la directrice Mme Guema Véronique au téléphone, le Chu doit à leur entreprise plus de 18 mois de factures impayées. Dont une seule facture avoisine 20 millions de Fcfa. Aujourd’hui, la majorité des employés est obligée de squatter les murs du Chu faute de moyens. « Nous préférons dormir ici pour être à l’heure du petit-déjeuner parce que les moyens financiers manquent. Et puis, il faut servir tôt le matin les diabétiques qui sont sous traitement de l’insuline et les néphropathes (maladie des reins)». A ces entreprises et à un degré moindre, s’ajoutent celles de location de main d’œuvre à ce centre hospitalier composé de secrétaires, aides-soignantes, personnel brancardier, caissières etc. Il s’agit, entre autres, des entreprises comme Netci, Aneci, dont nous n’avons pu rencontrer ou joindre, l’un des responsables. Face à ce tableau financier peu reluisant, la grogne monte même si au niveau du service, la qualité et la ponctualité demeurent. Les appels incessants des employés de ces entreprises prestataires de services suivis de courriers que nous recevons à notre Rédaction achèvent de convaincre qu’il y a urgence. Approchée, la direction du Chu reconnaît qu’il y a urgence mais, « l’Etat doit environ 7 milliards FCFA en termes de trésorerie au Chu de Yopougon ». En effet, selon le directeur de l’administration des finances, Daniel Yéo, la ligne de paiement « en temps normal» est de 450 millions Fcfa de dotation budgétaire annuelle. Malheureusement, « ce n’est que 150 millions Fcfa que le Chu reçoit comme subvention annuelle de l’Etat », soit le tiers de la ligne de paiement normal. Conséquence, après avoir fait face aux salaires des agents de location de main d’œuvres, qui sont prioritaires selon l’argentier du Chu, dont le montant ne nous a pas été révélé, « la Direction se retrouve sans ressources ». La situation budgétaire liée  au paiement des chèques de ces entreprises laisse à désirer. Pour l’année 2009 par exemple, le point des passifs de Netci est de 97 476 148 Fcfa. « L’Etat, à travers l’inspecteur général des finances nous a demandé de faire le point des passifs de toutes les sociétés prestataires de services de 2006 à 2010 afin de mieux traiter le dossier », a indiqué André Yéo.  Par ailleurs, pour la seule année 2009, l’Etat est redevable de plus de 500 millions FCFA de passif au Chu, dont la majorité selon notre interlocuteur « ira à la location de la main d’œuvre ». « C’est pourquoi, il faut qu’à la signature des contrats avec les entreprises prestataires de services, l’Etat de Côte d’Ivoire s’assure que les sociétés avec qui il signe des engagement ont une surface financière suffisante », a conseillé le Directeur de l’administration des finances du Chu de Yopougon.

 La gratuité des soins, la goutte d’eau de plus…

 La goutte d’eau qui aura débordé le vase est la gratuité des soins initiée par l’Etat de Côte d’Ivoire dans le Programme présidentiel d’urgence (Ppu) dans le mois mai dernier. En effet, selon une source proche de la Direction, les ressources propres du Chu liées aux consultations et autres prestations, payées par les patients, ayant été interrompues, les passifs avec certaines entreprises vont crescendo. Dans les services de radiologie où le personnel soignant a besoin de scanner, de produits de contraste, les entreprises prestataires de services refusent de les livrer à crédit. Il en est de même, selon notre source, des prestations dans les laboratoires où les réactifs sont exigés. Idem  dans les blocs opératoires où le besoin de produits pour la stérilisation  est d’une triste réalité que vivent les patients et les chirurgiens. Finalement, les médicaments servis dans le cadre de la gratuité sont loin de répondre aux attentes des patients et du personnel soignant. Les ressources propres du Chu de Yopougon qui amortissent certaines dépenses, selon André Yéo, s’élèvent à environ 40 millions Fcfa par mois chaque année. Mais, depuis que la crise s’est exacerbée, elles (ressources) tournent autour de 30 à 35 millions Fcfa. Avec la gratuité des soins, c’est la totale. En définitive, la gratuité des soins se présente comme un autre problème à résoudre par  l’ensemble de la Direction, au lieu d’une solution.  

SERIBA KONE

seriba67@yahoo.fr

 

 

 

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