Changez le système!

Ce slogan, abondamment brandi par des activistes à Paris et ailleurs dans le monde, avant et pendant la COP 21, traduit un des principaux enjeux qui sous-tendent la question climatique, celui du système humain tel qu’il est organisé, tel qu’il conçoit l’environnement et tel qu’il se conçoit par rapport à lui. Si le changement climatique est attribué à l’industrialisation massive du monde grâce aux énergies fossiles, sa persistance, son aggravation et les difficultés à y mettre fin sont dues à des incohérences politiques. Le système politico-économique qui s’est mis en place depuis des décennies dans la plupart des pays du monde, est réfractaire sinon lent au changement, préférant s’enfermer dans une course au développement qui ignore la nature. Seule l’imminence du danger le fait réagir, ce qui ne permet que la mise en place de solutions temporaires. La question qui se pose avec acuité est désormais la suivante : maintenant que nous comprenons mieux les enjeux aussi bien pour notre génération que pour les suivantes, sommes-nous disposés à redéfinir le modèle de développement que nous croyions définitifs et qui est une des causes évidentes du changement climatique ? La question se pose avec plus de pertinence encore pour les pays en développement, notamment ceux d’Afrique qui n’ont pour modèle que ceux qui se sont développés en polluant.

Le système à revoir

Depuis des siècles, les hommes ont vécu dans un système qui fait d’eux les maîtres de la nature, concevant leur bonheur en dehors de celle-ci. De fait, la course au bonheur est souvent confondue avec la course aux possessions. Cette façon de vivre et de voir les choses a eu peu d’inconvénients  tant qu’un grand dommage n’est pas causé à la nature. Mais depuis l’ère industrielle, avec la capacité d’exploiter les énergies fossiles, les dommages causés à l’environnement et notamment à l’atmosphère sont devenus innombrables. Un des plus importants est le rejet massif de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, déréglant le cycle naturel du carbone et modifiant le climat de la planète. Le monde industriel a dès lors fortement influencé certaines sociétés, se liant avec le politique, rendant tout changement de ce système sinon difficile, du moins impossible. La capacité de lobbying de ce monde qui s’est enrichi autour des énergies est d’ailleurs inégalée.

C’est dans ce système que beaucoup de pays se sont développés, selon la conception actuelle du développement. Il est difficile pour des hommes de sortir d’une zone de confort pour agir en faveur d’un futur qui autrement serait dangereux, car la pensée de court terme est encore malheureusement la règle. Dans l’organisation politique que se sont donnés les hommes dans beaucoup de pays, on décide rarement au-delà des 5 prochaines années. Ainsi, il n’est pas rare qu’un pays choisisse, pour des raisons purement financières et de court terme, d’exploiter encore plus de d’énergies fossiles et de polluer encore plus au lieu d’investir dans les énergies renouvelables que la science rend possibles aujourd’hui.

L’Equateur, en proposant de laisser du pétrole dans le sous-sol d’une réserve contre une compensation financière, n’a récolté qu’une somme insignifiante, alors que dans le même temps des montants mirobolants étaient injectés dans les banques qui sont une des clés de voûte du système. Ceci confirme que les hommes, du moins ceux qui tiennent les leviers de la société, sont plus enclins à régler les problèmes de court terme qu’à planifier sur le long terme. D’ailleurs l’Equateur a finalement autorisé le forage dans le Parc de Iasuni.

En Afrique, la société est de plus en plus tournée vers l’occident, rêvant d’un développement et d’un confort que les médias et notamment la télévision on rendu familiers. Malgré le potentiel d’énergie renouvelable que recèle le continent, il paraît toujours plus facile de tomber dans la tentation des énergies fossiles, comme un raccourci pour atteindre le développement. Et comme l’Afrique, avec ses 54 pays, est responsable de moins de 5% des émissions de CO2, il est facile aussi de penser qu’on a le droit de polluer puisque certains le font depuis plus de deux siècles.

Bref, la résolution du problème du changement climatique est rendue complexe par la pensée de court terme qui domine essentiellement nos sociétés, les rivalités économiques, le poids de l’industrie des énergies fossiles…

Que signifierait un changement de système dans le cadre de l’Accord de Paris ?

L’Accord de Paris tombe dans un monde où il est plus facile de distribuer des promesses et des engagements que de poser les actes allant dans le sens de ces engagements. Etant donné que les pays ambitionnent de limiter le réchauffement sous les 2°C et évoquent même l’objectif de 1,5°C, cet accord doit signifier avant tout que les Etats se décident courageusement à enfin revoir les paradigmes de l’économie qui nous ont conduits là où nous en sommes, à modifier la conception qui veut que la seule voie du développement passe par la destruction passe par la destruction de notre berceau commun.

En politique, il est fréquent que des pays aient les meilleurs textes de lois sans être les meilleurs élèves à l’école de la démocratie. Ce qui fait penser que le plus dur n’était pas de négocier ou de signer un accord ambitieux, mais de le mettre en application. En ce qui concerne l’Accord de Paris, la mise en application n’implique pas seulement l’adoption des pratiques et des technologies les mieux avancées dans les secteurs très polluants que sont l’énergie, les transports, le bâtiment et l’agriculture. Elle ne se résume pas non plus à des effets d’annonce destinés aux oreilles des bailleurs de fonds. Non décidément, la mise en œuvre de l’Accord de Paris se verra avant tout à travers les changements structurels que le système politique, social et économique va subir. On ne peut en effet continuer de faire les mêmes choses, avec le même paradigme de départ-celui du profit avant la nature- et espérer des résultats différents sur le long terme.

Ainsi, pour que l’Accord de Paris soit bénéfique sur le long terme, nous considérons que des changements essentiels doivent intervenir dans les secteurs de la gouvernance et de l’éducation. Car en supposant même que les meilleures technologies et pratiques soient partagées partout dans le monde pour lutter contre les changements climatiques, il restera toujours le rôle, sinon le poids important des acteurs économiques, principalement attirés par le profit. Le risque est grand que la capacité croissante à lutter contre un changement climatique soit détournée au profit des chiffres de croissance et des bilans financiers.

Espoir et paradoxe

De nos jours, les technologies existent, de bonnes pratiques sont assez diffusées, à tel point que l’on se demande assez aisément pourquoi les pays polluent autant. Si les énergies renouvelables sont autant de motifs d’espoir et une bonne partie de la solution à la question climatique, pourquoi ne les adopte-t-on pas et qu’on en finisse ? Parce que le système a été réfractaire, effrayé par les incertitudes du changement, trop codé pour ne penser que sur le court terme.

Mais en même temps, puisqu’on ne peut pas changer de planète, la seule possibilité serait que le système embrasse ces solutions. Si le monde économique, notamment celui des énergies fossiles a longtemps été un frein, il pourrait être désormais une partie de la réponse. C’est d’ailleurs pour l’avoir compris –nous le supposons- que les organisateurs de la COP 21 ont invité des centaines de chefs d’entreprise, afin de leur expliquer le rôle important qu’ils ont à jouer dans la réponse au défi climatique. S’ils acceptaient ce rôle, un des défauts du système –la recherche du profit-pourrait se transformer en avantage. Car il se trouve que le secteur des énergies renouvelables et des moyens de transport propres est de plus en plus porteur et pourrait attirer donc beaucoup d’investisseurs dont la priorité initiale est de se faire de l’argent. C’est là où la logique économique et la logique environnementale pourraient se rejoindre. Mais la conciliation de ces deux logiques, si elle doit avoir lieu, doit se faire dans des canevas bien déterminés, afin que les besoins de long terme de l’humanité ne soient pas noyés par des besoins financiers de court terme.

De plus, cela doit se faire dans une démarche bien planifiée aussi bien à l’échelle internationale qu’à celle des nations et des communautés locales, une démarche dont la destination est l’objectif de limiter le réchauffement en dessous de 2°C, si ce n’est carrément en dessous de 1.5°C. Il ne s’agira pas d’installer une éolienne par-ci, un panneau solaire par-là et de commencer par des faire des publicités à la télévision pour se donner une conscience environnementale. C’est un mouvement qui doit être motivé par le sentiment de la menace qui pèse à long terme sur la planète.

Et pour finir

Comme disait Einstein, « les importants problèmes que nous rencontrons ne peuvent être résolus au même niveau de pensée auxquels nous étions quand nous les avons créés ». C’est donc un appel à un changement de notre mode de pensée dont découle en partie notre organisation politique, économique et sociale. Un changement de l’homme comme cela s’est passé il y a des millénaires à chaque fois qu’on a eu besoin de s’adapter au milieu pour continuer d’exister. Aujourd’hui des solutions émergent de partout grâce à la puissance de la technologie et à l’inventivité de l’esprit humain. Nous supposons que c’est notre instinct de conservation qui prend le dessus, comme cela aurait dû être le cas depuis des années.

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Commentaires

  • vous avez fait un expose juste.les 195 pays pendant 12 jours ont essaye de trouver une solution au problème de climat sur la planète.c,est a chaque pays de régler a son niveau la situation climatique.il est vrai que le états unis,l,inde et la chine sont des grands pollueurs de la planète que doit on faire.que signifierait un changement un système dans l,accord de paris.vous avez répondu a l,attente des observateurs.le problème se situe sur le plan mondial.l, accord de paris est une boussole pour chaque pays.votre analyse est juste ,il faut tenir compte de nos besoins.

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