Cérémonies sans frontières

Une cérémonie alliant la rigidité militaire et la parade exotiquerejouée tous les soirs depuis 1949, soit deux ans après la séparation del’Inde et du Pakistan, met en scène les gardes de Wagah border, lafrontière qui sépare les deux pays ennemis.
La fermeture quotidienne du « mur de Berlin en Asie », « mur » qui coupela Grand Trunk Road et sépare les territoires indiens du bourbierpakistanais, donne lieu à cette cérémonie nationaliste à la chorégraphiebien étudiée. Cette tradition étant devenue l’attraction majeure de larégion du Punjab (elle attire des milliers de Pakistanais par semaine),les acteurs ne laissent rien au hasard. Oubliés l’austérité protocolairedes frontières les plus fermées du monde, le no man’s land empêchanttout échange entre les deux parties et le rapide coup de siffletsignifiant la fin des passages frontaliers.



Depuis plusieurs années, les deux pays ont décidé de faire de ce point d’entrée et de sortie un haut lieu touristique. Des tribunes ont étéinstallées pour contenir les foules et les Occidentaux (absents duregard dans le reste du Pakistan, ils sont ici étonnement très bienreprésentés) sont placés au premier rang. Miracle d’une frontière quidevient invisible. Pendant quelques minutes, les règles s’assouplissent :les femmes et les hommes sont parfois assis côte à côte et les voilesne couvrent pas l’ensemble des têtes. Les rangs s’agitent, et pour tous,enfin, le rideau tombe. Lorsqu’ils entrent en scène, les gardesavancent d’une marche rapide et font claquer leurs talonnettes. «Pakistan zindabaad ! » (Longue vie au Pakistan !), crie un vieux barbuaccroché à son drapeau pakistanais qui tient le rôle de chauffeur de «salle ». La foule ne se fait pas prier pour scander le slogan. Chacun deleur côté de la frontière, les gardes tapent du pied, font desdémonstrations de levée de jambe, vont et viennent à toute vitesse,gonflent souvent le poitrail, balaient du revers de la main la poussièreinvisible qu’il pourrait y avoir sur leurs épaulettes. Le spectacledure plus d’une heure et fait se lever la foule. Enfin, un dernierregard entre gardes ennemis et deux mains, une pakistanaise et uneindienne, sortent rapidement de leurs fourreaux pour se serrer. Lesdrapeaux sont baissés. On ferme la porte, fin de partie. A demain.



De l’avis des Pakistanais, les gardes Indiens sont de petits soldats moustachus sans envergure. En revanche, leurs propres troupes seraient composéesde forts et grands barbus, fiers représentants de « la plus grandeforce militaire du monde musulman ». Les Pakistanais pensent que leurssoldats offrent un spectacle d’une plus grande qualité. A quelquesmètres à peine, les Indiens sont eux aussi persuadés d’être les plusforts et la foule crie tout autant. Le nationalisme est intense. Uneseule ombre au tableau de ces belles démonstrations de force : lesgardes des deux pays. Avant le spectacle, réunis au milieu de lafrontière, ils se tapent presque sur la cuisse en se racontant desblagues alors qu’ils se jaugeront ensuite et se montreront une trèsgrande hostilité…



Au premier regard, la frontière est l’expression même du conflit indo-pakistanais. Wagah est pourtant un rare lieu de dialogue et derencontres entre les représentants des deux Etats. Les cérémoniesmilitaires et nationalistes- c’est un comble- humanisent la frontière.En 2003, l’actrice indienne Urmila dû traverser Wagah border pour serendre à Lahore. Elle fut accueillie par des artistes pakistanais telsque le chanteur Shafqat Amanat Ali Khan. Son arrivée fit la une desjournaux.
Envoyez-moi un e-mail lorsque des commentaires sont laissés –

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Commentaires

  • Vraiment un sujet intéressant. Merci Lou et continuez à publier vos contenus ici
This reply was deleted.

Récemment sur l'atelier

Houda Belabd posted a photo
Le bosqueño est un fromage gaditano au rhum vieilli. Lors de la dernière édition des World Cheese A…
Dimanche
Houda Belabd posted a photo
Photo: droits réservés.Situé dans la municipalité d’Olvera dans la province de Cadix en Andalousie,…
22 juin
Houda Belabd posted photos
6 juin
Houda Belabd posted a photo
En ce mois de mai où le moindre mètre carré ensoleillé est cherché à la loupe, flâner dans les vest…
4 juin
Plus...