Centrafrique : l'opération Sangaris menacée

Sans remettre en question les avancées de l'opération Sangaris en Centrafrique, les révélations concernant des abus sexuels perpétrés par des soldats français sur des enfants jettent l'opprobre sur la présence tricolore dans son ancienne colonie. Dans le viseur, notamment : le devenir, incertain, de l'opération militaire.
La chasse aux sorcières est ouverte au sein de l'armée française, depuis que quatorze de ses soldats sont accusés d'avoir abusé sexuellement d'enfants centrafricains entre décembre 2013 et juin 2014. Le scandale a éclaté mercredi 29 avril dans les colonnes du quotidien britannique The Guardian, révélant l'existence d'un rapport onusien intitulé « Abus sexuels sur des enfants par les forces armées internationales ». Présente en République centrafricaine depuis novembre 2013 dans le cadre de l'opération Sangaris, l'armée française assure qu'elle va coopérer et tout mettre en œuvre pour identifier les soldats incriminés. Cette affaire, par ailleurs délicate à élucider, questionne nécessairement sur l'avenir de la mission française en Centrafrique.
« Une forme de trahison par rapport à la mission confiée à Sangaris » (Jean-Yves Le Drian)
Avant cela, la révélation du Guardian n'est pas exempte de toute interrogation. L'incertitude plane, notamment quant à l'ambition d'Anders Kompass, directeur des opérations de terrain au Haut-Commissariat des Nations unies (ONU) pour les droits humains, en révélant l'existence du rapport. Celui-ci avait été transmis à la justice française par le fonctionnaire de l'ONU en juillet 2014, après avoir estimé que l'organisation tardait à agir. L'article du quotidien britannique a forcé l'ONU a clarifier quelque peu la situation : oui, une enquête sur d'éventuels viols sur mineurs a bien été diligentée au printemps 2014 ; non, les enquêteurs onusiens ne peuvent être accusés d'un quelconque manque de réactivité. Anders Kompass a quant à lui été placé en « congé administratif avec plein salaire » indique-t-on du côté de l'ONU.
Une chose est sûre : la divulgation du rapport fait tache. D'après le Guardian, les neuf mois d'enquête révèlent que les soldats incriminés ont abusé de jeunes garçons « affamés et sans abri » en échange de nourriture ou d'argent. Tandis que les accusations ne fournissent aucun nom, des recoupements permettent de soupçonner quatorze soldats français, dont « très peu » ont été identifiés d'après une source judiciaire. Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian – au courant de cette affaire depuis l'été 2014 –, n'hésite pas à parler de « dégoût » et même d' « une forme de trahison par rapport à la mission confiée à l'opération Sangaris ».
L'ombre du colonialisme plane sur l'armée française
Ce proche de François Hollande assure militer pour que la vérité soit faite dans cette affaire ; raison pour laquelle il a transmis le dossier à la justice dès qu'il en a eu connaissance. « L'enquête devait quitter l'institution militaire et revenir à la justice », plaide le ministre de la Défense. Pourtant, le dossier aura des répercutions certaines sur l'opération militaire Sangaris, sans que ses réussites soient toutefois remises en cause. Mais la France, dont la présence était déjà perçue par certains comme malvenue, par ce scandale ternit encore un peu plus son image, d'après Antoine Glaser, spécialiste de l'Afrique. C'est pourquoi Paris « veut passer la main » selon lui, pour ne « pas apparaître en première ligne dans le conflit centrafricain ».
Seulement, l'Etat français est totalement isolé dans ce conflit. Tandis que l'opération Sangaris devait contenir la guerre civile entre chrétiens et musulmans pour mener le pays vers la transition démocratique – des élections sont prévues au mois d'août –, la France a du mal à transmettre le témoin aux institutions centrafricaines. Et il est, selon Antoine Glaser, exclu d'attendre une quelconque aide de la part des membres de l'Union européenne : non seulement la France s'est immiscée dans le conflit centrafricain de son plein gré, mais les Etats membres ne veulent pas se mouiller dans les affaires de viols révélées. Avant l'occurrence de ces dernières, il convient de rappeler que le bilan extérieur de la France, d'un point de vue militaire, était objectivement bon. François Hollande devra au minimum mettre en pratique ses déclarations concernant les « punitions exemplaires » s'il souhaite sauver les apparences.
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