Ce sourire qui s’envole...

Le témoignage affectif    a vite cédé la place aux larmes. Joie et peine se font des tacles. L’être cher finit par s’engouffrer dans le ventre creux de l’oiseau en acier appelé avion.

Le chômage fait les choses. Quand un problème de femme s’y mêle, ça devient    compliqué. Les deux jumelés te conduisent à faire des crises. Tout chez toi souffre. Même tes proches t’énervent. Le seul moyen de gérer le stress occasionné, c’est d’être mobile. Et la marche à    pied est mon unique moyen de déplacement. Je suis donc dans mes « waka » sans destination fixe ce vendredi 9 août 2013. De rue en rue, de quartier en quartier, je marche. Sans repos. Un    peu comme ce chien dont-on a coupé la queue. Voila pourquoi, certains m’ont surnommé le « Usain Bolt de la marche à pied » à Douala. Ça ne fait rien. J’accepte. Au bout de quelques    heures, j’entends seulement : crac ! Ma dernière chaussure de noël dernier vient de lâcher. La semelle s’est cassée. Merde ! Quand la malchance te suit, hein… Heureusement, je suis    à un endroit où je peux m’asseoir un instant. Heuch… ! C’est l’aéroport international de Douala.

Il n’y a presque pas de centimètre de libre ici. L’aérogare grouille de monde.    C’est ainsi tous les jours de la semaine. A la faveur de l’arrivée ou du départ d’un proche, l’aéroport devient un lieu des rêves et des espoirs.    J’espère réaliser le mien aujourd’hui ? Accolades, cris et bourrades s’entremêlent. Les flashes crépitent. Les petits badauds rôdent et demandent les euros aux « newcomers ». Dans    la foulée, quelques billets sont chipés des mains de l’un d’eux. Peut-être une façon de lui souhaiter la bienvenue au Cameroun. Malgré la chasse à l’homme entreprise par deux policier de    l’aéroport, le « frappeur » a réussi s’enfuir. On dirait une séquence de film policier sans caméra et réalisateur. Orrrrr ! Je me ballade dans le hall de l’aéroport. Et    soudainement, je m’arrête. Sur l’une des marches de l’escalier conduisant au balcon où l’on a une vue imprenable sur la plateforme aéroportuaire, elle est assise. Certainement qu’elle attend un    proche qui revient de l’étranger. Elle me regarde depuis quelques instants. Le sourire au coin.

Ce sourire est identique à celui de Nadia. Te rappelles-tu encore de cette    Nadia ? Non, non, non… ? Tu as la mémoire en poussière ou en fumée ? Ok. Nadia est la fille sexy qui m’a obligé, tendrement et poliment, à devenir pousseur à Abuja au    Nigeria. Cette fille de l’aéroport est belle comme un soleil en plein minuit. Pour ceux qui l’ont déjà vu. Je lui donnerai volontiers vingt-sept ans. Bon sang, c’est le genre    qu’on garde pour toujours. Pas seulement pour les vacances. Je dois l’épouse tout de suite. Pour la sauver des flammes de la solitude et du célibat. Elle mesure environ 1m70 avec des formes    voluptueuses. Le style qui pousse un prélat à mettre immédiatement un terme à sa promesse de chasteté. Elle est à peine maquillée et ses cheveux sont courts. Plus je m’approche d’elle, plus je    ressens des vibrations. Le genre qu’on ressent seulement devant de belles femmes. Elle se prénomme Marie Julie. Pour faire gentlemen, je l’ai appelé « Mary J » et elle a aimé. On a    discuté longuement et paisiblement. De tout et de rien. Et comme on dit chez moi, « le courant est vite et bien passé ».

21h 30. L’heure de toutes les douleurs. L’heure de la fin de mon espoir. De mon    rêve. Une voix de fée vient d’annoncer, au dessus de nos têtes, le début des embarcations de l’A 340 d’Air France. Mary J doit s’en aller. Et je l’ignorais totalement. Je veux la suivre. Mais    hélas ! Je n’ai aucun papier. Je me ressaisi. On se congratule, se sourit et s’embrasse. Un bisou à la joue droite et la voila qui s’éloigne. D’abord dans la zone d’embarcation. Ensuite,    dans le long tunnel conduisant à l’airbus. Voila comment ce sourire radieux s’envole lentement à partir de l’aéroport international de Douala. Un vent de mélancolie souffle sur moi. Il va jusqu’à    m’étreindre le cœur. Je sèche une larme qui dégouline sur ma joue. C’est rare ça ! le cœur a ses raisons que la morale ignore. Mon espoir vient de s’envoler. Mon rêve aussi. Vais-je encore    rencontrer Mary J ? Snif, snif, snif… !  

Frank William BATCHOU 

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