Comme annoncé dans cette note imagée de juillet, je reviens sur LE sujet du moment dans les médias : Twitter. Comme bien d'autres services en ligne de la furia 2.0, je suis frappé et constate in situ l'obligation que devient peu à peu ce site de micro bloguing. Plusieurs attitudes se combinent en effet dans sa pratique, n'allant pas de soi : frénésie de communication, envie de crier son existence au monde, besoin de lien social, besoin de notoriété, recherche de buzz, parallélisme des taches, etc.

Et dans cette dictature du "moi je", obligé de se déclarer pour exister, pour paraître moderne, pour rester dans le coup, il y a peu de place en vérité pour l'intérêt de s'informer, de partager, d'échanger, qui me semblent presque secondaires. Bien sûr tout le monde, tous les "twitteriens" zélés, vous diront le contraire. Mais je ne pense pas qu'on soit encore entré dans cette "phase 2", si elle devait venir un jour, qui (re)mettrait Twitter à une place bien précise dans un dispositif d'information enrichi, actuel mais aussi serein et logique.Il me semble que Twitter combine et exagère certaines formes de pratiques numériques et dérives médiatiques contemporaines, des plus problématiques :- le flicage via messageries : déjà testé sur des messageries instantanées à caractère "pro", Twitter donne un peu cette impression. Une preuve concrète? J'avais un peu baissé le rythme de mes tweets cet été, quand le tweet d'un ami est venu me le souligner en manière de question "tu deviens quoi?", ou plutôt "t'es pas mort?". Twitter, monitoring central de nos vies et de notre production éditoriale?- l'enquête RH : comme en leur temps avec les blogs, puis Facebook, Twitter est scruté par les recruteurs et responsables RH. Dès lors comment y être sincère si l'on se sait lu et observé en permanence? Comment être détendu et inscrit dans l'échange et le partage? Comment ne pas trop en faire aussi? Mon confrère Jérôme Saiz me remonte en commentaire sur FB, la remarque suivante : "Je me souviens de ce directeur sécu d'une grande banque en UK qui me disait "Nous allons systématiquement jeter un oeil au profil FB des candidats et émettons un avis négatif pour ceux qui racontent leur vie dans un profil ouvert, parce que s'ils ont aussi peu de pudeur dans le cadre de leur vie perso, qu'est-ce que ça sera pour leur vie pro ?"...". Twitter scruté donc, mais au final... peu utilisé pour réellement recruter, en France du moins. Ce que note, chiffres à l'appui Le Monde Informatique, le 24/9.- le zapping névrotique : repérer un contenu intéressant et le linker, c'est bien; mais 2 c'est mieux, et 3, et 4, etc. Si Twitter donne en effet une limite de 140 signes à la rédaction du tweet, peut être devrait-il en donner une dans le nombre de tweets produits à la journée, ou à l'heure, voire au quart d'heure? Certains Twitter addicts en souffriraient, comme l'américain Robert Scoble, que j'ai connu sur les conférences LeWeb de Loïc Lemeur. Ce blogueur professionnel et spécialiste high tech y évolue avec le chiffre record de 22.299 (courant août 2009) "tweets", c'est à dire messages publiés. Une unité de mesure a même été créée avec lui, le "milliscoble", basée sur une production quotidienne de plus de 20 tweets!- la fixette du bon mot : la concision du texte, amène à un marketing de l'accroche, assez proche de celui de la titraille en presse écrite. Faut être percutant, offensif, avec humour si possible et sens de la formule. Le lien internet devient donc presque un prétexte, un élément "qu'il faut bien lire" in fine, qui fait décors, qui rassure sans plus. Combien de personnes cliquent sur les liens et lisent les pages en totalité avant de les retweeter? Un sondage qui mériterait le détour...- la schizophrénie tolérée : beaucoup de communicants et journalistes tweetent... mais combien en informent leur média d'appartenance? combien de sites de presse réfléchissent (ou pas) à intégrer, utiliser et coordonner les tweets de leurs journalistes? Tweeter est un parallélisme à toute autre production éditoriale (articles, blogs...) et non une complémentarité. Tweeter est souvent renvoyé à un acte individuel par facilité (on ne comprend pas à quoi ça sert) alors qu'on se plaint justement de l'individualisme et du nombrilisme de cet outil!- l'autorité accélérée : au sein du 2.0, il n'y a pas meilleur sujet que d'expertiser et théoriser sur Twitter! (auto-baffe: ce que je fais moi-même en ce moment, ndlr). Mais un expert de l'ère twiterrienne, ça se fait très vite! Hier absent de Twitter, aujourd'hui inscrit, demain expert qualifié! Le phénomène est notable chez les spécialistes média au sein des grands networks dits classiques, certains ayant loupé le coche et tentant de le rattraper vite fait en cette rentrée 2009. Exemple, avec le journaliste David Abiker à France Infos : dans un de ses tweets récents il raconte sans rire "Vandel (Philippe, ndlr) me demande une demo de twitter, il en entend causer partout, il avait jamais vu la manip'. Now il sait. http://twitpic.com/ix9w0". David n'étant lui-même sur Twitter que depuis... juin dernier, et pas dans un usage déchaîné de la chose; qui forme un autre expert média largué sur le sujet. Belle complémentarité! Et peut-être après demain animeront-ils l'un ou l'autre une conférence "Twitter et les médias, la révolution en marche", seront-ils invités sur un plateau télé, ou formeront-ils d'autres gens sur cette application...D'un mot, il semble bien que Twitter concentre, résume, symbolise les paradoxes des médias dans leur entier, face aux nouvelles technologies et le web 2.0. Tardifs à comprendre, lents à réagir, désordonnés dans l'acquisition, excessifs dans la transmission. C'est pour cela qu'il est urgent de reposer cette application et d'autres, au sein d'une redéfinition complète des métiers au sein des médias : les outils, le terrain de jeu, l'objectif. En fait organiser de vraies "assises", au sens d'une refondation concrète et matérielle, truelle et ciment à la mains. Le genre de défi qu'exige la situation actuelle complètement folle...
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Commentaires

  • 1 - Flicage, un peu dur même si en effet ça existe. Ou blagues : "jai cru que l'avion s'était crashé : tu n'as pas twitté pendant 3 jours !"
    2 - Encore faut-il que le recruteur connaisse le pseudo twitter du candidat, ce qui est moins évident que sur Facebook en raison de l'homonymie, du peu d'informations dans les biographies et des pseudonymes qui fleurissent. Mais bien sûr, certaines personnes mettent un lien vers leur profil depuis leur blog.
    3 - RAS.
    4 - Humour, concision, certes, mais aussi tags. Je ne retwitte jamais, je twitte tout court et reformule, nuance, ou interroge, voire commente ou met en exergue un autre élément qui me paraît plus pertinent ou important. En revanche je mentionne l'auteur ou le poteau indicateur (via). Pour les liens, je ne twitte jamais quelque chose que je n'ai pas lu : après tout, ce que je twitte, c'est quelque chose que j'endosse. Or je ne signe pas n'importe quoi. Mais j'ai vu effectivement des gens me retwitter à une vitesse trop rapide pour avoir matériellement pu prendre connaissance du contenu du lien. J'ai plusieurs débuts d'explication : ils me considèrent comme une source suffisamment fiable, ils veulent se faire remarquer ou bien ils pressentent le "buzz" et veulent se faire retwitter dans leur propre réseau.
    5 - Une vraie bonne question : twitter est-il un acte solitaire ou un acte solidaire ? Partager au nom de plusieurs, pour le compte d'une marque ? Ou pour sa seule et propre réputation ?
    6 - David Abiker connaissait Twitter avant d'avoir un compte "visible", comme Jérôme Colombain qui avait un autre compte non identifiable dans un premier temps, histoire de tester et voir l'usage sans être harcelé de suite. Twitter en sujet TV dans une émission consacrée : j'ai peur, on aura droit à un florilège de banalités ou d'approximations. Pourtant, réfléchissons : comment expliquer de manière pégagogique les usages et enjeux, les subtilités et les faiblesses e Twitter à des personnes qui sont loin de cet petit monde. Je n'ai pas de réponse simple.
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